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Témoignage«J'ai prié pour rester en vie»

Poignardée à quatre reprises par son pote de 16 ans, ivre et drogué à Clarens (VD), la victime raconte l'horrible soirée.

par
Anne-Florence Pasquier
Sur son corps, la victime porte les stigmates des quatre coups de couteau, à la gorge, au flanc droit, au foie et à la cuisse.

Sur son corps, la victime porte les stigmates des quatre coups de couteau, à la gorge, au flanc droit, au foie et à la cuisse.

Sébastien Féval

«Je ne lui pardonnerai jamais. Je ne veux plus le voir. Même son visage sur une photo, je ne peux plus», confie Romain*, 19 ans, les yeux dans le vide, encore choqué par ce qui s'est passé. Voilà une semaine, jour pour jour, que S., son pote de 16 ans, celui avec qui il aimait délirer, l'a poignardé à quatre reprises, un couteau dans chaque main, en dessous de la salle omnisports de Clarens (VD).

Quelques centimètres de plus et c'était la mort. Miraculé, Romain a tenu à témoigner. S'il préfère garder l'anonymat, il souhaite «qu'on se rappelle de cette histoire, que les gens sachent et que ça ne se reproduise plus». Couché dans son lit, il souffre de ses blessures et a de la peine à respirer. «Rien que d'y repenser, ça me stresse. C'était comme dans un film.» Après une soirée à Montreux, la bande d'amis rentre sur Clarens. «On avait rendez-vous à la salle omnisports avec deux filles. On traîne souvent là-bas. Elles devaient encore raccompagner S. et un autre de ses copains avant de nous voir. Finalement, ils sont aussi venus», se souvient-il.

Un couteau dans chaque main

«J'ai embêté le pote de S. par une tape dans le dos, on s'est empoigné, comme on fait, pour rigoler. Là, S. s'est excité. Il avait bu et fumé. Ça a été très vite, je lui ai dit de se calmer, que je déconnais. Et là, il m'a insulté et m'a planté. Je n'ai pas tout de suite senti le coup. J'ai voulu me défendre. Et en quelques secondes, je ne pouvais plus respirer. Je suis tombé à terre. Il avait un couteau dans chaque main. J'ai fermé les yeux et j'ai prié pour rester en vie. C'est la fin, j'ai pensé. Soudain, il a réalisé ce qu'il faisait. J'entendais sa voix. Reste avec moi, mec. Je pissais le sang. Puis, j'ai perdu connaissance.» Après plusieurs heures dans le coma, Romain se réveille à l'hôpital, un poumon perforé, mais ses jours ne sont pas en danger. «J'ai vécu le pire moment de ma vie. J'ai cru mourir.»

L'enquête suit son cours et la police cantonale vaudoise n'a pas souhaité communiquer d'informations supplémentaires. Romain n'arrive toujours pas à expliquer le geste de S.: «Je n'aurais jamais cru ça de lui, qu'il puisse me faire ça. Il a voulu m'enlever la vie avec deux couteaux, dont un papillon et l'autre avec une lame de 15 centimètres, vous vous rendez compte?» lâche-t-il, encore traumatisé. «Mais je suis fort, j'ai toujours été fort. Je vais surmonter ça.»

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