Procès: «J'avais peur de perdre Ashleigh»
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Procès«J'avais peur de perdre Ashleigh»

Le cuisinier alcoolique qui avait mortellement étranglé sa compagne de 25 ans à Morges (VD) s’est retrouvé pour la première fois face aux parents de sa victime.

par
Benjamin Pillard
La victime, Ashleigh, 25 ans.

La victime, Ashleigh, 25 ans.

Le Matin/DR

«Je pourrais comprendre mais je… je ne… je ne pardonnerai jamais…» Bien qu’en sanglots, Roland Jenny a fini par trouver la force de prononcer, hier au Tribunal de Nyon (VD), les mots qui permettent d’aller de l’avant. Aller de l’avant dans le deuil contre nature que ce Vaudois de 57 ans et son épouse infirmière vivent depuis le 4 novembre 2014. Ce pluvieux et macabre mardi d’automne où le corps de leur fille Ashleigh, 25 ans, avait été découvert en état de décomposition avancée, sur le lit de son petit appartement de la vieille ville de Morges, gardé par sa chienne border collie «Roxy». Une semaine après sa mort. Et deux semaines et demie avant l’arrestation de Fabrice*, le cuisinier alcoolique d’origine mauricienne (alors âgé de 31 ans) avec lequel cette jeune serveuse devenue étudiante vivait presque au quotidien depuis quatre mois. Le temps que l’autopsie confirme que le décès était d’origine criminelle: par strangulation, des deux mains du trentenaire.

«J’ai été trop lâche pour aller me dénoncer à la police», a déclaré Fabrice, la raie de cheveux impeccablement coiffée sur le côté, en réponse aux questions de la Cour criminelle. D’une voix à peine audible, le trentenaire a déclaré que s’il s’était rendu chez Ashleigh dans la nuit du 27 au 28 octobre 2014, c’était non seulement pour «récupérer ses affaires» (que la jeune femme avait déposées devant la porte de l’appartement, l’enjoignant par SMS de «l’oublier»), mais aussi pour avoir «des explications au sujet des mensonges». A savoir le fait que la sommelière a été surprise au restaurant le soir même en compagnie de son ex-copain, alors qu’elle avait indiqué au cuisinier avoir rendez-vous avec une amie. Et sur le fait qu’Ashleigh ait assuré devant l’ex en question qu’elle n’était plus en couple avec Fabrice, alors que les deux jeunes Vaudois venaient de «renouer» après quelques jours de «pause».

«Narcissique et paranoïaque»

«C’est quoi le problème, monsieur?» lui a lancé Me Patrick Mangold, avocat des parents Jenny. «La jalousie…» a lâché Fabrice, «narcissique et paranoïaque», à en croire l’expert-psychiatre. «La peur de la perdre, répondra-t-il plus tard à la présidente du tribunal. Je ne voulais pas que ça se termine.»

«Ma fille avait refusé de venir à la maison…» s’est désolé Roland Jenny, dépêché à Morges le soir du drame vers 22 h, sur demande expresse d’Ashleigh. Deux heures plus tard, c’est à Fabrice que le quinquagénaire, inquiet, avait proposé un transport jusque chez sa mère (après avoir pris la peine de boire un verre dans un pub avec le cuisinier pour tenter de le raisonner). Nouveau refus. «Je n’avais pas saisi toute la gravité de la situation…»

Le procès se poursuit aujourd’hui avec le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries.

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