Valeria Golino: «J'étais tellement dans le rôle que je ne voyais plus»
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Valeria Golino«J'étais tellement dans le rôle que je ne voyais plus»

L'Italienne joue une aveugle dans «Emma», de Silvio Soldini.

par
Marine Guillain

À 52 ans, Valeria Golino présentera son deuxième long-métrage à Cannes. Mais d’abord, elle arrive sur nos écrans ce mercredi avec «Emma», une romance sensible dans laquelle un publicitaire cynique tombe sous le charme d’une aveugle optimiste. Coup de fil à l’actrice.

Qu’est-ce qui vous a attirée dans le scénario d’«Emma»?

Un très beau rôle féminin. Et sa difficulté: jouer quelqu’un qui ne voit pas, c’est un défi, car généralement un acteur utilise les yeux pour exprimer les émotions. Là il fallait trouver d’autres manières.

Justement, comment joue-t-on un personnage aveugle?

Je me suis préparée pendant deux mois. J’ai rencontré une communauté d’aveugles à Rome, ils m’ont laissée les voir chez eux, dans la rue, au travail… J’ai eu un coach habitué à les aider dans la jungle de la ville. J’ai aussi passé des journées chez moi dans le noir avec un bandeau sur les yeux. C’est une expérience très puissante, très douloureuse aussi, de comprendre le courage dont il faut faire preuve chaque jour lorsqu’on ne voit pas.

Vous avez donc les yeux ouverts et faites semblant de ne pas voir?

Exactement, sinon ce n’est pas possible. Mais parfois j’étais tellement dans le personnage que je ne voyais plus!

Emma est une femme forte, débrouillarde, optimiste: était-il important pour vous de montrer cet aspect?

Oui, être aveugle ne veut pas dire qu’on est différent des autres. Emma a tous les défauts et les qualités que quelqu’un d’autre peut avoir. C’est sa normalité qui est intéressante.

«Emma» et «Rain Man», qui vous a révélée en 1988, mettent en lumière le handicap: est-ce que vous voyez un lien entre eux?

Non, ce sont des histoires différentes pour moi. Mais «Rain Man» reste un film auquel je suis très liée.

Vous étiez d’ailleurs à Lausanne il y a trois semaines pour le présenter dans le cadre du nouveau festival de Vincent Perez, Rencontres 7e art…

Oui, c’était très émouvant d’être là avec le réalisateur Barry Levinson. Trente ans après, c’est incroyable! On a vieilli, mais le film a encore sa puissance, il reste très moderne.

Étiez-vous déjà venue en Suisse?

Oui, mais pas à Lausanne. C’est tellement beau! Pour nous les Italiens, la Suisse est un symbole de bien-être, et je l’ai ressenti ici.

Le Festival de Cannes a dévoilé sa sélection la semaine passée et votre deuxième long-métrage, «Euphoria», sera présenté à Un certain regard. De quoi ça parle?

C’est l’histoire de deux frères très différents qui se rencontrent et passent deux mois ensemble.

Vous y dirigez votre ex-mari Riccardo Scamarcio: c’est plus ou moins facile avec lui qu’avec un autre acteur?

C’est plus facile car je le connais très bien et je sais ce qui me plaît de lui, ce que je veux lui demander. Pour l’autorité par contre, c’est plus difficile à l’affirmer avec quelqu’un qui vous connaît bien!

Est-il exact que vous avez travaillé dans environ 80 films sur toute votre carrière?

Oui, même un peu plus je crois!

Ça semble être un rythme intensif… Non?

Il y a des périodes plus calmes, mais c’est vrai que j’ai beaucoup travaillé dans ma vie et ces derniers temps c’était intense. Il faut que je m’arrête un peu. Cet été je ferai comme les enfants: un mois et demi de vacances à la mer sans que personne ne sache où je suis!

Vous avez tourné dans des films italiens, français, américains… Ces trois styles de cinéma, sont-ils très différents?

Le cinéma reste le cinéma, on essaie de raconter une histoire et au moment où il faut jouer, c’est la même chose partout. Mais il y a des différences de mentalités et de moyens: l’argent que j’utilise pour mon film italien en entier serait utilisé sur deux jours de travail dans un film américain.

Quel est le film, ou la scène de film, dont on vous reparle le plus souvent?

C’est «Respiro». On avait gagné la semaine de la critique à Cannes en 2002, ça a été un grand succès et je sens qu’il est resté dans le cœur de beaucoup de gens.

Lorsqu’un collègue a su que nous allions vous interviewer, il a dit: «Ah, la scène de l’œuf au plat et du bacon qui cuisent sur le ventre de Valeria Golino dans «Hot Shots!»...

Ah oui c’est vrai (Rires)! Je ne sais pas si je suis contente, mais c’est vrai que c’est une des scènes cultes de ma carrière!

La bande-annonce d'«Emma»:

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