28.11.2016 à 18:31

SuisseJ&J devra payer le prix fort pour convaincre Actelion

Le géant américain de la santé devra user de bien des moyens pour réussir son opération.

Photo d'illustration.

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Keystone

Un montant de 26 milliards de dollars est articulé.

Les deux groupes ont confirmé vendredi être en discussion préliminaire à la suite d'informations faisant mention d'une éventuelle offre publique d'achat (OPA) de J&J. Le spécialiste rhénan des maladies pulmonaires est considéré comme une cible, en raison de son portefeuille de médicaments aux marges élevées.

Les analystes estiment que J&J pourrait proposer jusqu'à 250 francs par action, ce qui valoriserait Actelion à environ 26 milliards de dollars (26,1 milliards de francs), soit une prime de 6 milliards par rapport à sa valeur boursière. Cette prime ne prend pas en compte le bond de 17% de l'action vendredi.

Le titre Actelion a encore pris 2,98% à 190 francs lundi à la Bourse suisse lundi à la clôture, de loin la meilleure performance de l'indice SMI qui a abandonné 0,74%.

Après avoir repoussé des approches supposées du britannique Shire en 2015 et du fonds spéculatif américain Elliott Advisors en 2011, Jean-Paul Clozel a affirmé à maintes reprises son désir de rester indépendant.

Selon ce cardiologue français, les trois principaux médicaments du groupe contre l'hypertension artérielle pulmonaire (PAH) et le portefeuille de traitements en cours de développement sont suffisants pour assurer l'avenir de la société.

Discours de fermeté

Ce discours de fermeté ajouté au montant élevé des dernières transactions dans le secteur vont faire grimper le prix d'acquisition d'Actelion, estiment les analystes.

«Des accords similaires se sont conclus avec une prime de 40% et nous voyons 240 francs par action comme un montant minimum», calcule Peter Welford, analyste chez Jefferies. Les analystes de Bryan Garnier évoquent de leur côté un montant pouvant atteindre 250 francs par action.

Dans les dernières transactions du secteur, Pfizer a fini par débourser 14 milliards de dollars pour le spécialiste du traitement du cancer Medivation, le double du prix prévu. Le groupe pharmaceutique bâlois Roche a payé 8,3 milliards de dollars en 2014 pour InterMune, soit une prime de 63%.

Jean-Paul Clozel et son épouse Martine Clozel, qui est pédiatre et responsable scientifique d'Actelion, détiennent 5% de la biotechnologique créée en 1997.

Selon Peter Welford, leurs relations étroites avec la base d'actionnaires suisses d'Actelion donnent à penser que le couple pourra mobiliser rapidement des soutiens dans l'éventualité d'une offre qui serait jugée insuffisante. Si J&J échoue à conclure, un concurrent tel que Sanofi pourrait entrer en scène, ajoutent les analystes.

Le portefeuille de PAH d'Actelion est potentiellement complémentaire avec les activités sur les maladies rares de la filiale américaine Genzyme du laboratoire français, font-ils valoir. Sanofi, qui a perdu la bataille du rachat de Medivation, est à la recherche d'autres cibles, expliquent-ils.

Nouveaux traitements

Le Tracleer, «blockbuster» historique d'Actelion contre l'hypertension artérielle pulmonaire, a vu son brevet tomber dans le domaine public l'an dernier mais deux nouveaux médicaments du groupe contre la PAH, l'Opsumit et l'Uptravi, devraient prendre le relais.

Les ventes annuelles de l'Opsumit devraient atteindre 1,9 milliard de francs d'ici à 2020, selon des estimations recueillies par Reuters. L'Uptravi pourrait de son côté générer un chiffre d'affaires de plus de 2,5 milliards.

Jean-Paul Clozel prévoit d'utiliser cet argent pour financer son portefeuille de traitements en phase finale, qui comprend notamment des médicaments pour traiter les diarrhées provoquées la bactérie clostridium difficile, ainsi que le ponesimod contre la sclérose en plaques.

Depuis 2012 et l'approche d'Elliott Management, qui évoquait alors un objectif de 70 francs pour le titre, le cours de Bourse d'Actelion a été multiplié par six pour atteindre près de 190 francs.

Certains analystes pensent toutefois qu'il est possible que Jean-Paul Clozel se montre plus réceptif, l'âge de la retraite approchant (l'homme a 61 ans), à l'idée de laisser les rênes de la société à un autre.

Selon ces analystes, la clé serait de conserver la présence du groupe à Bâle, bien que la biotechnologique y joue les seconds rôles comparé aux géants que sont Roche et Novartis.

(ats)

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