Pénurie d’électricité: Jacques Bourgeois: «On peut dormir sur nos deux oreilles»

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Pénurie d’électricitéJacques Bourgeois: «On peut dormir sur nos deux oreilles»

Avec la douceur, les menaces de coupures ou de rationnement pour cet hiver se sont bien éloignées. Le président de la Commission de l’énergie au National est serein.

par
Eric Felley
Jacques Bourgeois

Jacques Bourgeois

20 Minuten/Monika Flückiger

Un grand merci aux températures clémentes de cet hiver. Les ménages et les entreprises suisses ne seront très probablement pas confrontés à des mesures de rationnement, voire des coupures de courant durant l’hiver en cours. Depuis l’été, ces perspectives ont pourtant mobilisé comme jamais le monde politique, le Conseil fédéral et son administration. Tandis que les particuliers ont vu leurs factures d’électricité gonfler pour 2023.

Jacques Bourgeois, président de la Commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie (CEATE) se dit «serein»: «Avec la réserve hydraulique que nous avons mise en place, les stocks de gaz, les huit centrales de réserve de Birr (AG) en construction et les groupes électrogènes, je pense que pour cet hiver nous pouvons dormir sur nos deux oreilles». Et de rappeler que la Confédération a dépensé «pas loin du milliard de francs» pour assurer l’approvisionnement durant cet hiver critique.

Le prix de l’électricité redevenu normal

Le prix de l’électricité a également retrouvé un niveau normal après le pic de la fin août. Selon le «dashboard» de l’Office fédéral de l’énergie, le 1er janvier, le prix du MWh est tombé 7 euros sur le marché spot en Suisse. C’est plus 100 fois moins que le prix observé le 30 août à 725 euros. «Le prix de l’électricité, constate Jacques Bourgeois, a été tiré vers le haut par la flambée du prix du gaz à des niveaux stratosphériques. Actuellement l’offre est très abondante sur le marché et la demande faible, particulièrement à cause de la douceur printanière que nous connaissons».

Le prix du gaz reste cependant élevé, six fois plus qu’il y a une année. Mais au plus fort de la crise il est monté jusqu’à 27 fois plus! Pour l’instant, selon les prévisions de MétéoSuisse, aucun grand froid n’est à l’horizon jusqu’à la mi-janvier. Même si la fin du mois et le mois de février devraient retrouver des frimas polaires, les réserves prévues par la Confédération devraient permettre de les traverser bien au chaud.

Se défaire des 40% de gaz russe

Si l’on peut dire que l’on est tiré d’affaire pour cette fois, le problème va se reporter à l’hiver prochain: «Nous devons trouver des solutions pour compenser les 40% de dépendance au gaz russe», insiste Jacques Bourgeois. Pour le président de la CEATE, cette crise énergétique, sur fond de guerre en Ukraine, a chamboulé le calendrier des projets énergétiques de la Confédération: «Nous avons mis sur pied le contre-projet à l’initiative sur le Glaciers (attaqué par un référendum de l’UDC), des lois favorisant le photovoltaïque en altitude ou l’installation des éoliennes, ou encore défini 15 projets hydrauliques prioritaires. Et nous devons terminer pour la session de printemps la loi sur l’approvisionnement en électricité».

Le Parlement a encore beaucoup de travail autour des questions énergétiques: «C’est un défi majeur, observe Jacques Bourgeois, d’autant que nous devons travailler en même temps à la décarbonation de nos énergies et mettre à l’arrêt nos centrales nucléaires le moment venu. Nous devons aussi créer une meilleure synergie entre la production et la distribution. Sur les 620 sociétés de distribution que l’on trouve en Suisse, la plupart n’ont pas de production propre. Dans l’ensemble, il faut sécuriser l’approvisionnement et stabiliser les prix».

Si les prix du marché de l’électricité retrouvent une certaine normalité, cette crise de l’énergie 2022 laisse une trace durable dans le porte-monnaie des consommateurs pour 2023.

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