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PortraitJacques Vergès, «l'avocat du diable» est mort

Jacques Vergès, un des avocats les plus controversés et redoutés du barreau de Paris, est mort jeudi d'un arrêt cardiaque à l'âge de 88 ans. Retour sur sa carrière.

«Me Jacques Vergès est mort d'un arrêt cardiaque vers 20 heures dans la chambre de Voltaire, précisément quai Voltaire à Paris, alors qu'il s'apprêtait à dîner avec ses proches. Un lieu idéal pour le dernier coup de théâtre que devait être la mort de cet acteur-né», car «à l'instar de Voltaire, il cultivait l'art de la révolte et de la volte-face permanentes», selon un communiqué des éditions Pierre-Guillaume de Roux, qui avaient publié ses mémoires en février («De mon propre aveu - Souvenir et rêveries»).

Le président du Conseil national des barreaux, Christian Charrière-Bournazel, a raconté qu'«il avait fait une chute il y a quelques mois, et du coup il était très amaigri, marchait très lentement. Il avait des difficultés à parler mais intellectuellement, il était intact. On savait que c'était ses derniers jours mais on ne pensait pas que ça viendrait aussi vite».

Causes indéfendables

Ce pénaliste narcissique et médiatique a eu une vie de personnage de roman: résistant, encarté au PCF qu'il quitte en 1957 car «trop tiède» sur l'Algérie, militant anti-colonialiste - il épousera d'ailleurs Djamila Bouhired, héroïne de l'indépendance et poseuse de bombes du FLN algérien, condamnée à mort mais finalement graciée -, il s'était imposé comme le défenseur de personnalités condamnées par l'Histoire au motif que, selon lui, «les poseurs de bombes sont des poseurs de questions».

Un documentaire qui lui était consacré l'avait appelé «l’avocat de la terreur». De petite taille, rond, le visage lisse et ironique, arborant fines lunettes rondes et coupe en brosse, cet amateur de cigares (des Robusto) était proche de personnalités politiques du monde entier mais aussi de militants de l'ombre, tels les membres de l'internationale terroriste des années 70 et 80, le «révolutionnaire» vénézuélien Carlos, l'activiste libanais Georges Ibrahim Abdallah, le criminel de guerre nazi Klaus Barbie, le dictateur yougoslave Slobodan Milosevic ou l'ancien dirigeant Khmer rouge Kieu Samphan.

Saddam indéfendable?

A la question «comment peut-on être l'avocat de Saddam Hussein?» posée par le quotidien France Soir en 2004, il avait répondu: «Défendre Saddam n'est pas une cause perdue. C'est défendre (le président américain George W.) Bush qui est une cause perdue».

De nombreux avocats français ont témoigné de leur admiration à l'égard de ce «géant» du barreau, comme Isabelle Coutant-Peyre, avocate de Carlos, qui a débuté en 1981 à son côté. «Cela a été une chance incroyable», a-t-elle déclaré, «il avait une vision politique exemplaire du métier d'avocat et une expérience unique dans les grandes luttes du XXe siècle».

Mystérieuse disparition

«Quand il défendait Klaus Barbie, j'étais du côté des parties civiles. J'étais du bon côté, il était du mauvais, mais c'est ce qui fait la démocratie», a réagi l'avocat et député Front National (extrême droite) Gilbert Collard.

En 1970, Me Vergès avait disparu pendant huit ans, laissant depuis planer le mystère. Etait-il aux côtés de Palestiniens? Dans le Congo post-Lumumba? Au Cambodge de Pol Pot? Il s'est borné à évoquer de "grandes vacances très à l'est de la France".

(AFP)

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