Le «proto» en vogue chez les jeunes : «J’ai dû ouvrir sa bouche pour qu’elle vomisse parce qu’elle s’étouffait»

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Le «proto» en vogue chez les jeunes  «J’ai dû ouvrir sa bouche pour qu’elle vomisse parce qu’elle s’étouffait»

Le protoxyde d’azote, ou gaz hilarant, est prisé des étudiants et jeunes adultes pour ses effets psychoactifs courts. Mais son usage peut avoir des conséquences médicales et psychologiques. 

Melina, 21 ans, a découvert le «proto» en soirée électro ; Héloïse, à 18 ans, en soirée de médecine. Le protoxyde d’azote – ou gaz hilarant – est aujourd’hui consommé dans un cadre festif et social par de nombreux jeunes Français qui en sous-estiment souvent les risques.

«On en voit de plus en plus en consultation»

«J’ai toujours le sentiment que je gère le truc», dit à l’AFP Melina (prénom modifié), étudiante en pharmacie qui a découvert le produit il y a un an. Elle assure ne jamais en consommer plus de dix cartouches en une soirée et espacer ses prises mais reconnaît avoir dû un jour secourir une amie, «complètement révulsée», alors qu’elles venaient toutes deux d’inhaler du «proto». «J’ai dû la forcer à ouvrir la bouche pour qu’elle vomisse parce qu’elle s’étouffait à moitié», raconte-t-elle.

Utilisé comme analgésique en médecine, mais aussi dans les siphons de cuisine, ce gaz est prisé pour ses effets psychoactifs courts – de l’ordre de trois à quatre minutes -, lorsqu’il est inhalé, le plus souvent via des ballons de baudruche gonflés par des capsules ou des bonbonnes. «On en voit de plus en plus en consultation», explique à l’AFP Hélène Donadieu Rigole, cheffe du service addictologie à l’hôpital de Montpellier (Sud).

AFP

En 2021, 5,5 % des élèves de classe de 3e (âgés environ de 14 ans) disent avoir déjà consommé du «proto», les garçons deux fois plus souvent que les filles, selon l’enquête EnCLASS de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT), qui montre des chiffres largement supérieurs pour l’alcool, le tabac ou le cannabis. «Chez les étudiants, plus âgés, il est fréquent de retrouver du «proto» en soirée. Il y a le plus souvent un usage récréatif et, malheureusement, chez certaines personnes un usage problématique avec des conséquences médicales et psychologiques», ajoute l’addictologue.

Les risques encourus peuvent être l’asphyxie, la perte de connaissance, des brûlures mais aussi, en cas d’usage répété et/ou à fortes doses, de sévères troubles neurologiques, hématologiques, psychiatriques et cardiaques, avertit la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Une loi de mai 2021 interdit la vente de protoxyde d’azote aux mineurs et sa commercialisation dans les débits de boissons et tabac. Mais le «proto» s’achète en grande quantité et à bas coût sur des sites de revente et des comptes Snapchat – aux pseudos suivis d’un émoticône de ballon rouge – qui proposent des livraisons à domicile, même de nuit.

L’influence des amis et réseaux 

Sur les réseaux sociaux, les ballons s’affichent dans les «stories» Instagram des amis, ou à la bouche d’influenceurs, de footballeurs ou de rappeurs. Or, «les pairs jouent un rôle central dans l’émergence et l’entretien de [la] curiosité» d’expérimenter le produit, car «ils décrivent positivement les effets du gaz au novice et insistent sur son caractère supposément inoffensif en cas d’appréhension», constate l’OFDT, dans un récent rapport.

«Quand j’ai vu ma meilleure amie en prendre, elle qui ne boit pas et n’est pas du genre à faire des bêtises, je me suis dit : «si elle peut tester, moi ça va rien me faire non plus»», confie Héloïse (prénom modifié), tout juste majeure lorsqu’elle a commencé à prendre régulièrement du «proto» avec d’autres étudiants en médecine. «J’ai arrêté parce que je trouvais que c’était un peu trop une consommation sociale», déclare l’étudiante. Mais en conseillant sur les gestes à adopter pour minimiser les risques (s’assoir, ne pas associer les substances...), «les pairs jouent aussi un rôle de régulation, de surveillance», tempère Clément Gérome de l’OFDT.

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(AFP)

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