Interview - «J’ai dû prendre mon quota de Suisses dans Kaamelott»
Publié

Interview«J’ai dû prendre mon quota de Suisses dans Kaamelott»

Alexandre Astier nous parle du film plus grand, plus beau, plus sonore que la série et qui sort enfin le 21 juillet. Il envoie du bois et y rajoute même un Helvète.

par
Michel Pralong
Alexandre Astier fait sa version du retour du roi dans ce premier volet cinématographique de «Kaamelott».

Alexandre Astier fait sa version du retour du roi dans ce premier volet cinématographique de «Kaamelott».

Ascot Elite

Douze ans. Il aura fallu attendre douze ans pour retrouver toute la bande de bras cassés de l’univers de la série «Kaamelott». Mais voilà, c’est fait, Alexandre Astier a réussi à porter son univers sur grand écran dans un film qui s’inscrit 10 ans après la conclusion du Livre VI. Il a pris le temps d’une séance par Zoom pour nous en parler.

Durant tout ce temps, avez-vous toujours gardé l’espoir de pouvoir sortir ce film?

Alexandre Astier Il y a eu un tas de choses qui ont bloqué la concrétisation de ce projet, mais je ne me suis jamais vraiment découragé.

Oui, mais quand enfin tout est prêt ou presque, avec une sortie initialement prévue en 2020, voilà que survient la pandémie. Vous n’avez pas cru à une malédiction des dieux, comme quand Arthur convoite la femme d’un autre chevalier?

(Rires) C’est peut-être ça. Évidemment, ce n’était pas drôle, mais d’un autre côté, cela m’a permis de peaufiner certaines choses, de passer plus de temps au montage.

Vous voulez dire que le film qui sort mercredi n’est pas le même qui celui qui serait sorti l’an dernier?

Non, la première version était un peu plus longue. J’ai resserré le montage, mis plus de rythme.

Du temps a passé depuis la fin de la série, mais ce n’est pas grave puisqu’en fait le film est raccord et tout le monde a pris un petit coup de vieux.

En effet, dans le film, autant de temps s’est écoulé que dans la vie. Je n’avais pas envie de rajeunir ou de vieillir artificiellement des gens. Cela fait donc dix ans que le roi a laissé son trône à Lancelot puis a disparu. Il va réapparaître alors que son royaume est dirigé par un tyran, mais lui n’a pas du tout l’intention de reprendre le pouvoir. Il n’est pas revenu avec cette idée en tête. Pourtant, les opprimés et ceux qui résistent n’attendent que cela.

«Kaamelott» au cinéma, par rapport à la télévision, cela vous permet quoi? D’avoir des décors plus exotiques, de plus beaux costumes, de pouvoir composer une musique plus grandiose?

Oui, tout cela et de raconter une aventure plus épique, aussi. On est sur grand écran, il faut qu’on y voie tout ce qu’on met dedans. Déjà les décors, effectivement: on a pu voyager pour ce film, donner une couleur à chaque endroit différent où se déroule l’histoire. La comédie bénéficie beaucoup de cette ampleur. Les personnages qui ont une faiblesse, quand ils vivent dans un monde plus grand, ils gagnent en épaisseur. Le début du film est exotique, nous avons notamment tourné à Oman. Eh bien cet exotisme rejaillit sur l’équipe, sur le jeu des acteurs. Ceux qui ont pu la chance d’aller mettre les pieds dans le désert, c’est quelque chose et cela se voit à l’écran qu’ils y étaient vraiment.

La série, vous la tourniez où?

Essentiellement à Lyon, je suis Lyonnais. L’avantage par rapport à Paris et qu’on est beaucoup plus vite dans la nature, en forêt, en montagne. Il y a le parc naturel du Pilat, par exemple. Mais même pour la série, alors qu’on avait moins de temps, que les scènes y duraient peut-être moins longtemps, j’ai toujours essayé de sortir, de trouver le bon décor. Les intérieurs aussi, d’ailleurs, je les soignais. Plus le décor est crédible, réaliste, plus on croit à la comédie qui s’y déroule.

Et quels costumes! Celui de serpent de Lancelot et ceux des Burgondes, ma parole, toutes ces couleurs, on dirait les joyeux Turlurons de «Tintin et les Picaros».

Content qu’ils vous plaisent. Et pour les Saxons, c’est un mélange de Horse-Guards et de punks, puisque j’ai pris exprès des Britanniques pour les jouer.

1 / 3
Lancelot dans son costume reptilien.

Lancelot dans son costume reptilien.

Facebook/Alexandre Astier
Les habits des Burgondes sont très colorés.

Les habits des Burgondes sont très colorés.

Facebook/Alexandre Astier
Sting, parfait pour incarner le chef des Saxons punks.

Sting, parfait pour incarner le chef des Saxons punks.

Facebook/Alexandre Astier

Et pas n’importe qui, Jehnny Beth, la chanteuse de Savages, et Sting. Comment avez-vous convaincu ce dernier, il connaissait la série?

Pas du tout. En fait, je voulais que mes Saxons aient donc un côté punk-pop. Je voulais non seulement des Britanniques, mais venant du monde du rock. Le cinéma britannique a bien réussi à intégrer ses stars musicales, les frontières entre genres sont plus facilement franchissables chez eux, contrairement à la France. Pour le chef des Saxons, j’ai vite pensé à Sting, mais j’étais sûr que je ne l’aurais pas. On lui a tout de même posé la question et… il a dit oui. Je peux vous dire qu’il s’est impliqué, il a beaucoup travaillé ses répliques. Quand son personnage négocie serré, que ce soit avec Lancelot ou avec Arthur, Sting savait parfaitement de quoi il parlait et cela se sent.

Dans votre casting, (où l’on retrouve presque tous ceux qui étaient là dans la série), si j’ai bien fait mes comptes, il y a tout de même quatre Suisses. Vous les aimez bien?

Quatre, attendez… C’est pas marqué sur leur front non plus. Souvent, en France, on ignore si un comédien est suisse. Alors oui, il y a Pascal Vincent, c’est sûr; Jean-Charles Simon, qui est nouveau dans l’aventure, et les deux autres…

Étienne Fague et Carlos Brandt. Bon, je spoile un peu, mais pour voir l’un des quatre, il faut rester jusqu’à la fin du générique, façon «X-Men».

Exact. Mais je vais vous avouer un truc. En fait, c’est comme à Hollywood: pour respecter la diversité, on m’impose des quotas et pour les Suisses, c’est quatre, voilà, j’avais pas le choix.

Que vous devez payer plus cher, évidemment!

Même pas! Plus sérieusement, pour en revenir à mes liens avec la Suisse, où j’ai aussi tourné mon film avec Isabelle Adjani, «David et Madame Hansen», pour un Lyonnais, c’est l’exotisme le plus proche. Nous sommes dépaysés à quelques kilomètres de chez nous.

1 / 4
Les quatre Suisses, Pascal Vincent qui joue Urgan, l’homme Goujon.

Les quatre Suisses, Pascal Vincent qui joue Urgan, l’homme Goujon.

Calt
Étienne Fague est Lionel de Gaunes, le frère de Bohort.

Étienne Fague est Lionel de Gaunes, le frère de Bohort.

Ascot Elite
Carlo Brandt est l’inquiétant Méléagant.

Carlo Brandt est l’inquiétant Méléagant.

Calt

Les incroyables dialogues qui font la grande force de la série sont évidemment tout aussi savoureux dans le film, mais les donniez-vous aussi aux acteurs à la dernière minute, comme avant?

C’est ma méthode. Je les retravaille jusqu’au dernier instant et durant la nuit qui précède le tournage. Les comédiens n’ont pas besoin de connaître l’entier du train pour être dans leur rôle. Après, c’est écrit sur mesure, pour chacun. On est bien quand on travaille pour l’acteur, après on se retrouve autour de son talent.

La série «Kaamelott» nous a permis de découvrir de magnifiques acteurs, auxquels se sont ensuite jointes des vedettes. Mais comment expliquez-vous que, à part Audrey Fleurot (dame du Lac qui fait une entrée fracassante dans le film) et votre père, Lionnel Astier, père de la reine dans la série, on ait revu si peu d’entre eux au cinéma et à la télévision?

C’est vrai, je suis d’accord avec vous, on ne les voit pas assez. Je ne sais pas. Peut-être parce que moi j’écris exprès pour eux et que les autres réalisateurs ne le font pas. Ou alors, ils sont trop estampillés «Kaamelott», c’est possible.

Le film sort avec un an de retard, ce délai supplémentaire a-t-il accru votre tension quant à sa réception?

En fait, je suis peu angoissé avant un film. Parce qu’il est fait et que je ne peux plus rien y changer. Ce n’est pas la même chose au théâtre où chaque soir est différent. Maintenant, il faudra tout de même que ce premier volet ait suffisamment de succès si je veux faire les deux suivants qui sont prévus. Je ne veux ni les enchaîner, ni m’arrêter trop longtemps avant la suite, mais je veux être frais pour les faire.

Après ces trois volets, vous en aurez fini avec l’univers de «Kaamelott»?

Non, il reste les BD que je scénarise, (9 tomes parus), qui racontent des événements se déroulant pendant la saison 1 et 2 de la série. Et j’aimerais bien raconter «Kaamelott résistance», soit ce qui s’est passé durant ces dernières années où Arthur n’était pas là. Mais j’ai envie de le faire dans un livre, cette fois.

Ne manquera plus alors qu’à créer les jeux de Perceval et a en écrire les manuels de règles.

Là, il va y avoir du boulot. Je suis d’ailleurs pas sûr d’avoir tout compris aux règles du Robobrole, le grand jeu d’équipes du pays de Perceval qu’on a la chance de pouvoir montrer dans le film.

«Kaamelott premier volet», sortie le 21 juillet. Durée: 2 heures

«Kaamelott premier volet», sortie le 21 juillet. Durée: 2 heures

Votre opinion