Voile: «J’ai les boules, vraiment les boules»
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Voile«J’ai les boules, vraiment les boules»

Retrouvez la chronique que le marin genevois tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Alan Roura

Ce Vendée Globe n’est décidément pas celui auquel je m’attendais, mais c’est le jeu des sports mécaniques: on a beau essayer de mettre le maximum de chances de son côté pendant près de quatre ans de préparation, lorsqu’une pièce a décidé de lâcher, on ne peut rien y faire.

Ça fait plus d’une semaine maintenant que je dois dire au revoir à ma course telle que je l’espérais. Mon système de vérins hydrauliques pour basculer ma quille et adapter l’assiette de mon bateau «La Fabrique» est HS. Nous avons travaillé d’arrache-pied avec mon équipe à terre ainsi qu’avec nos experts en hydraulique, mais impossible de déterminer l’origine de la panne. Nous avons trouvé certaines solutions pour conserver un petit peu de performance, mais je me retrouve globalement bloqué avec une quille soit dans l’axe, soit dans des angles très faibles. Je vais perdre entre 1 à 3 nœuds de vitesse suivant les allures. Je vais me faire manger par tout le monde.

Mon ancien bateau, «Superbigou», m’est déjà passé devant. J’ai les boules. Vraiment les boules. Mais je ne peux rien faire de plus que de ramener mon bateau à bon port. J’ai envisagé l’escale technique, j’ai même envisagé l’abandon. J’aurais pu m’arrêter en Nouvelle-Zélande, ou à Tahiti. Mais là où je me trouve, aux alentours du point Nemo, le point le plus éloigné de toute terre émergée, ce n’est pas vraiment une solution idéale. C’est «drôle»…

C’est à peu près au même endroit que j’ai failli couler, il y a quatre ans, à la suite d’une collision avec un OFNI. Mon avarie de cette année est bien moins brutale et spectaculaire, mais la solution plus compliquée. C’est cruel, mais c’est comme ça. Je préfère terminer mon tour du monde, même plus lentement que prévu, que de mettre mon bateau sur un cargo et le regretter toute ma vie. Je rumine beaucoup, c’est dur à avaler. Quatre ans de travail pour ça!

Je ne baisse pas les bras, je veux tout faire pour essayer de passer cette ligne d’arrivée «tête haute», car finir un tour du monde en solitaire n’est pas rien. Même si je ne pourrai pas être totalement fier de moi, ça reste une belle performance malgré tout. Je suis déçu et triste, mais je vais m’en relever. Je pense à tous les gens qui m’ont permis d’être là. J’ai fait de belles choses, je me retrouve un peu «puni», mais je vais continuer d’avancer, en espérant réussir à ramener «La Fabrique» en course. Continuer d’essayer, pour tenir moralement, car en réalité je n’ai plus les cartes pour jouer à 100%. Peut-être que ma quille va de nouveau me lâcher dans deux jours, peut-être que ça tiendra jusqu’à l’arrivée. Je suis un battant, je ne vais pas lâcher. Mais putain, ce que c’est dur.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Stefan Küng et Jolanda Neff

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