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Interview«J'ai l'habitude de chanter des choses dures»

Lynda Lemay sort le 20 septembre «Feutres et pastels», où elle aborde ses thèmes doux-amers.

par
Sandra Imsand

A 47, l'artiste québécoise est plus rayonnante que jamais. Elle livre en exclu pour «Le Matin» un extrait de son nouvel album.

«Des vagues d'émotions», c'est ainsi que l'artiste québécoise décrit la façon qu'elle a de faire passer ses auditeurs du rire aux larmes, dans ses albums comme sur scène. C'est encore le cas dans «Feutres et pastels», son 13e disque, où Lynda Lemay explore aussi bien des thèmes douloureux que comiques, toujours avec justesse. Rencontre à Paris avec cette femme pétillante et drôle de 47 ans, qui ne voit pas les années et a toujours les yeux qui brillent: «Je vieillis, mais la passion, elle est toujours là, elle ne s'éteint jamais. Je suis toujours la jeune fille de 23 ans qui commence sa carrière.»

 Comment naît une chanson? D'abord un air ou des paroles?

Ça dépend. J'aime faire les deux en même temps, je trouve quelques accords, un début de texte et avec l'émotion de ce dernier, ça va guider la mélodie. Tout se construit en même temps. Pour écrire, j'aime toujours la vieille façon, avec mon cahier et un stylo. Mais il est arrivé que je me réveille avec une idée. Je m'empare alors de mon BlackBerry dans mon lit car je ne veux pas perdre cette idée, un peu comme un rêve qu'on essaie de retenir.

 Vous évoquez notamment dans cet album l'équilibre à trouver entre vie professionnelle et vie privée?

C'est un thème important. Il y a des moments de déséquilibre, et on essaie tous de trouver des solutions, qui ne sont pas toujours idéales. Avec mes filles par exemple, on a une supercomplicité. La grande me dit de me déculpabiliser, notamment quand je reçois une proposition qui tombe sur une des semaines où elle est chez moi, vu que j'en ai la garde partagée avec son père. J'essaie de faire mon maximum pour voir mes filles. En tournée, je sais déjà qu'il y a aura des périodes où je ne me sentirai pas assez présente et mon côté mère poule va en prendre un coup. J'espère que mes filles ne m'en voudront pas d'être fragile.

Comment créez-vous ce mélange entre rires et larmes dont vous avez le secret?

Quand je compose un album ou un spectacle, je fais attention à l'équilibre. C'est pour cela que je suis attentive aux couleurs des chansons. D'où le titre de l'album avec le feutre qui transperce le papier, qui fait mal quand ça doit faire mal, et le côté pastel, où je dédramatise, je ne me prends pas au sérieux.

Vos chansons vous font-elles parfois pleurer?

Ça m'arrive, mais c'est plutôt quand je vois la réaction qu'elles provoquent chez les gens. Là, ma gorge se ferme et il ne faut pas que je me laisse aller. J'ai l'habitude de chanter des choses dures sans perdre le contrôle de mes émotions, sinon je n'aurais pas pu faire la carrière que j'ai faite. Il ne faut pas qu'il m'arrive de drame dans la vie, comme des décès ou des accidents, car je serais incapable de continuer à chanter ces chansons. Et comme je m'attends à faire une longue carrière, je me protège en me disant qu'il ne m'arrivera jamais rien dans la vie.

Jusqu'à quel âge,votre carrière?

100 ans! Courbée, avec des longs cheveux gris, et, comme déjà aujourd'hui, la peur de mourir. Mais je vais dédramatiser ce chiffre.

D'ailleurs, vous dédramatisez votre âge dans «La femme chauve-souris»?

Oui, elle a une jolie histoire. Un soir, j'ai rencontré un journaliste. Je me sentais vieille et je me suis confiée à lui. Je l'ai mis au défi d'écrire une chanson sur ce thème. Cette chanson, quand je l'ai reçue, ça aurait pu être moi, c'est mon style d'écriture. Mais il y a aussi de la tendresse; j'aurais été plus dure avec moi-même.

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