Voile: «J’ai pas envie qu’il ne me reste que des cacahuètes à manger»

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Voile«J’ai pas envie qu’il ne me reste que des cacahuètes à manger»

Le skipper genevois Alan Roura vous emmène avec lui pour son deuxième Vendée Globe au travers de sa chronique régulière pour «LeMatin.ch».

par
Alan Roura

Noël approche, avec l’océan Pacifique a portée d’étrave maintenant. Je vous écris dans une nuit noire, enfermé à l'intérieur du bateau, dans mon duvet, à moitié congelé. La Fabrique avance à toute vitesse, dans le Nord d'une dépression pas simple à négocier. La mer est grosse et le vent très instable: un petit cocktail assez compliqué pour le marin.

Très peu de repos, un bateau très humide et forcément une fatigue physique et mentale importante. Ne serait-ce que manger à bord devient un exercice périlleux. Mais je tiens le coup, je ne vais pas me plaindre! Même si j'avoue que je ne dirais pas non à 20 petits nœuds de vent sous le soleil et la chaleur des tropiques!

«Mon bateau me parle, il a besoin d'amour»

Je suis bientôt à la moitié de mon tour du monde, ça va changer beaucoup de chose. Chaque nouvelle journée me rapprochera de la maison, et ça, psychologiquement, c’est énorme. J’espère avoir un Pacifique «agréable», je me réjouis de retrouver une meilleure qualité de navigation et de pouvoir «prévoir» davantage mes journées.

Passer ne serait-ce qu’une heure sans avoir à aller border ou choquer une voile, sans voir la direction du bateau changer subitement car le vent tourne sans arrêt. Mais ce n’est pas encore pour demain, tout ça! Encore quelques jours de vent assez fort avant d'arriver dans le Sud de la Nouvelle-Zélande et une zone avec beaucoup moins de vent qui nous attend.

La bonne nouvelle, c’est que ça va me permettre de grimper en haut de mon mât: j'ai un petit souci à résoudre là-haut. J’ai aussi, forcément, un peu de bricolage à gauche et à droite. La Fabrique a quand même fait plus de 40 jours de mer et je commence à entendre quelques bruits que je n'entendais pas au début de course. Mon bateau me parle, il a besoin d'amour.

«Ça ne va pas être la journée la plus rapide de ce Vendée Globe, je vous le dis!»

Côté marin, j’ai commencé à rationner ma nourriture. J'avais prévu 90 jours mais j'ai bien peur que cela dure plus longtemps… Dans le doute, je ne prends pas de risque, je ne veux pas me retrouver en fin de course avec des cacahuètes comme seule chose à me mettre sous la dent.

Je me prépare à fêter Noël, j'ai fouillé et trouvé un sac de cadeaux et un sac repas. Je n'ai pas à vous envier, j'ai été sacrément gâté et j’ai même une bonne bouteille de rouge! Ça ne va pas être la journée la plus rapide de ce Vendée Globe, je vous le dis!

C'est drôle, mais moi qui ne suis d’habitude pas très branché fêtes de fin d’année, j’attendais Noël avec impatience. Je prends cette journée un peu comme une journée off. Repos, manger, dodo… et cadeaux! Forcément ma famille me manque et c'était pareil en 2016, mais cela fait partie de ce que nous vivons. Et puis cette année, j'ai l'impression que vous allez nous soutenir un peu dans notre Noël solitaire.

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