Témoignage: «J'ai peur de me faire tuer»
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Témoignage«J'ai peur de me faire tuer»

Une Valaisanne a décidé de quitter la Suisse avec ses enfants après avoir appris que son ex-mari, condamné pour tentative de meurtre mais pas encore incarcéré, présente un «risque de récidive élevé».

par
Benjamin Pillard
SEDRIK NEMETH

«Cela fait deux semaines que je vis dans la peur, la boule au ventre, il faut vraiment que je me protège…» C'est avec effroi que Monique*, 41 ans, a pris connaissance d'un récent arrêt du Tribunal fédéral statuant sur la demande de renouvellement du permis de séjour de son ex-mari, Maurice*, ressortissant camerounais de 66 ans et père de cinq de ses huit enfants. Sa stupéfaction ne découle cependant pas de l'information selon laquelle Maurice serait le père de 19 autres enfants vivant entre l'Afrique centrale et la France: «Même si je ne le savais pas non plus; il m'avait toujours dit en avoir eu quatre de trois mères différentes…» soupire la quadragénaire, de retour depuis quatre ans dans son Valais natal, après dix ans de vie conjugale dans le Jura vaudois.

Longue de trois pages, la décision du TF fait notamment état de la condamnation judiciaire de Maurice par le Tribunal d'Yverdon l'an dernier pour tentative de meurtre à l'encontre de l'amant de Monique, à la veille de leur séparation (coups donnés à la barre de fer et double tentative d'étranglement pendant une dizaine de secondes). Et, surtout, de l'expertise psychiatrique du Camerounais, qui avait établi qu'il existe «un risque de récidive élevé dans des situations touchant au rôle de père ou d'époux de l'intéressée». «Depuis, il me surveille, notamment via Facebook, et me harcèle par SMS en me demandant où je suis, ce que je fais… si bien que je viens de changer de numéro de portable», témoigne Monique.

Menaces de mort

La quadragénaire avait déjà déposé une plainte au printemps contre Maurice. «Une amie proche de mon ex-mari m'avait confié avoir eu très peur suite à une tentative d'empoisonnement à son encontre. Et qu'il avait déjà réfléchi à la façon dont il allait me tuer moi; peut-être par l'intermédiaire de requérants d'asile engagés comme tueurs à gages…» Un mois après la tentative de meurtre, le fils aîné de la Valaisanne avait reçu une lettre l'enjoignant d'annoncer à sa mère «qu'un jour elle se retrouvera morte quelque part, parce qu'elle ne sait pas avec qui elle couche». Ou encore: «Si j'avais une mère comme la tienne, je la tuerais.»

Affolée, la quadragénaire s'est rendue il y a deux semaines à la police municipale de sa commune, arrêt du TF sous le bras. «On m'a répondu que ce n'était pas de leur ressort, mais que je pouvais toujours me cloîtrer ou déménager en attendant l'incarcération de mon ex-mari», se désole Monique. Car à la fin septembre, Maurice sera tenu d'exécuter sa peine de 6 mois ferme pour tentative de meurtre. Ce qui reportera au printemps prochain son expulsion de Suisse confirmée par le TF (lequel a estimé que «l'intérêt public à l'éloignement du recourant l'emportait sur son intérêt privé et de ses enfants domiciliés en Suisse à ce que ce dernier puisse y demeurer»).

Sécuriser le logement Lundi dernier, la mère de famille s'est fendue d'un courriel au commandant de la police cantonale vaudoise, Jacques Antenen, qui a transmis sa demande à ses homologues valaisans, tout en disant «comprendre son sentiment d'insécurité». «La police valaisanne m'a redirigé vers le centre LAVI de Sion. On m'a aussi dit que le mieux était de déménager, ou sinon de sécuriser le tour de mon appartement», relate Monique. Qui réfléchit sérieusement à s'établir en Allemagne.

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