Tennis: «J’ai réalisé ma chance d’affronter Federer et Nadal»
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Tennis«J’ai réalisé ma chance d’affronter Federer et Nadal»

En égalant Pete Sampras au nombre de titres en Grand Chelem, Novak Djokovic a rejoint Federer et Nadal sur le podium. Pour mieux les menacer?

par
Mathieu Aeschmann
New York
Novak Djokovic se laisse tomber sur le court Arthur Ashe; il vient de remporter son 14e titre du Grand Chelem.

Novak Djokovic se laisse tomber sur le court Arthur Ashe; il vient de remporter son 14e titre du Grand Chelem.

AFP

Novak Djokovic était encore couché par terre au milieu du stade Arthur Ashe que John McEnroe prenait déjà ses distances avec cette finale de l’US Open pour mieux se tourner vers l’histoire.

«Voilà Nole à quatorze Grand Chelem, comme Pete Sampras. Qui aurait cru, en 2002, que trois gars allaient battre son fabuleux record? Pas un joueur mais trois, c’est prodigieux!» Johnny Mac a bien raison: retrouver sur le plus prestigieux des podiums le trio Federer-Nadal-Djokovic dit tout d’une époque formidable (51 titres majeurs entre 2003 et 2018).

Mais son lapsus raconte l’autre information de cette dernière soirée new-yorkaise. Novak Djokovic n’a évidemment pas encore «battu» la marque de Sampras. Seulement son niveau de maîtrise, hier face à Del Potro, invite à considérer avec John McEnroe que le Serbe va continuer sa collecte.

«C’est fou parce que mon premier souvenir relatif au tennis, c’est la première victoire de Sampras à Wimbledon devant ma télévision (1993), souriait Novak Djokovic deux bonnes heures après son sacre. Pete était mon idole, celui que je visualisais en espérant suivre les pas. Alors forcément, me retrouver épaule contre épaule avec lui représente énormément. Mais d’un autre côté, je n’ai pas trop envie de me tourner vers le passé. J’ai un respect énorme pour l’histoire du jeu et les légendes de notre sport. C’est juste qu’après tout ce que j’ai traversé ces derniers mois, je veux concentrer mon énergie sur le moment présent. Mon équipe le sait, ma famille le sait. L’idée est de rester dans l'instant, de travailler et de profiter.»

Une ambition plus intime, plus saine

Faut-il comprendre que «Nole» fut obsédé un temps par sa place dans l’histoire et par sa position de «troisième homme» dans la rivalité de référence entre Roger Federer et Rafael Nadal? Une de ses réponses, hier soir, le laisse supposer. «Il y a peut-être une dizaine d’années, je n’étais pas très content de partager l’époque de Federer et Nadal. Mais aujourd’hui, j’en suis très heureux. J’ai acquis la certitude que nos rivalités, la somme des matches que nous avons livrés, ont façonné le joueur que je suis devenu. J’ai toujours pensé ma progression avec ce défi ultime en point de mire: être un jour capable de les battre partout. Cette évolution, je la leur dois.»

Si l’hommage dévoile une forme de reconnaissance apaisée, il semble aussi libérer le Serbe de quelques barrières mentales. Comme si son ambition était devenue plus intime, plus saine. Et donc plus puissante? Dimanche soir, Novak Djokovic a habilement esquivé la question portant sur «les vingt titres de Federer» et son potentiel «nombre de Grand Chelem à 37 ans». Mais il ne faut surtout pas y voir un désintérêt ou une modestie. Si »Nole« compte rester le plus longtemps possible dans le moment présent, c'est assurément pour mieux marquer l’histoire.

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