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Alejandro Reyes«J'ai signé pour faire plusieurs albums»

Le Vaudois vu dans «The Voice» a été engagé par un label. Rencontre en studio à Montreux, avant sa demi-finale en Allemagne pour «Incroyable talent».

par
Trinidad Barleycorn
GUITARE Alejandro Reyes, ici au Studio Hana Road, à Montreux, a appris à jouer en autodidacte.

GUITARE Alejandro Reyes, ici au Studio Hana Road, à Montreux, a appris à jouer en autodidacte.

Darrin Vanselow

Les Lausannois le connaissent déjà tous: Alejandro Reyes chantait et jouait de la guitare depuis huit ans dans leurs rues. La France avait découvert l'artiste, né sans main gauche, dans «The Voice» en 2014. En septembre, c'était au tour des Allemands d'être subjugués par sa voix lorsqu'il a repris «Photograph» d'Ed Sheeran dans leur version d'«Incroyable talent», décrochant une place en demi-finale. Bientôt, le terrain de jeux de l'artiste lausannois pourrait bien s'accroître encore: il vient de signer pour plusieurs albums avec Hana Road, jeune label international fondé par Hana Jallaf, mélomane et femme d'affaires de Dubaï. Elle a ouvert son studio à Montreux, dans le but de refaire de la ville un lieu incontournable pour les chanteurs, comme à l'époque du Mountain Studio et de Freddie Mercury.

Jouer à l'envers

C'est dans l'immense local du label que nous avons retrouvé Alejandro Reyes. Il ne chôme pas: «Un premier EP de 6 ou 7 titres que j'ai écrits et composés sortira au printemps 2018, se réjouit-il. L'album suivra. J'ai tellement de chansons prêtes! Je suis impatient. Cela fait deux ans que je n'ai rien sorti. Je dois retrouver mon public aussi.» Grâce à sa participation à «Das Supertalent», il espère également percer en Allemagne, un pays qu'il aime bien. «Même si je chante surtout en anglais, je ne vise pas le marché américain. Je veux continuer en Europe et pourquoi pas en Amérique latine», explique le polyglotte, né au Chili et arrivé en Suisse à 10 ans.

Ce contrat lui offre enfin la sécurité dont il rêvait et lui permet de se consacrer le cœur léger à son art. Un art appris en autodidacte. «Je suis gaucher, mais je n'ai pas de main gauche!» plaisante Alejandro Reyes, 25 ans, quand on lui demande comment il s'est mis à la guitare. «Cela s'est fait naturellement. Je l'ai prise du côté droit comme tout le monde et je me suis dit: «Mince, ça ne va pas.» Alors je l'ai retournée. J'ai dû apprendre à jouer avec les cordes à l'envers. Mais je m'acharnais. Et ça a payé. Mon père m'a appris des accords. Mon entourage m'a toujours encouragé.»

Au départ, Alejandro ne s'imagine pas en faire un métier. «Je chantais dans les rues car j'en avais besoin pour payer mes factures, mais aussi parce que j'adorais ça.» Il y a trois mois, sa carrière prend un nouveau tour: «J'ai pu faire un showcase ici, au studio. Hana Jallaf était de passage, raconte-t-il. Elle est venue me dire qu'elle avait beaucoup aimé. On a gardé le contact. Elle voulait me produire. Je n'étais pas intéressé parce que les gens qui me vendaient la Lune, je connaissais bien! J'avais décidé de continuer seul. Je travaille à 30% comme instructeur de fitness et je faisais ma musique à côté. J'ai dit à Hana tout ce que je pensais des labels, je me suis un peu lâché.» Lui oui. Mais elle, elle n'a pas lâché l'affaire. «Elle m'a proposé d'en reparler autour d'un café. À la fin de notre discussion, je me sentais compris. Elle était touchée par ma musique. Elle m'a dit: «Je t'envoie un contrat. Tu regardes. Si tu ne signes pas, ce n'est pas grave, je t'aiderai quand même.» Après avoir étudié le tout avec un avocat, Alejandro Reyes a accepté l'offre la semaine dernière.

Dans des hôpitaux

Si cela faisait quelque temps déjà qu'on ne le voyait plus chanter à la place Saint-Laurent ou aux Galeries Saint-François de Lausanne, Alejandro Reyes entend rester fidèle à cet esprit: «Jouer dans les rues me manque. J'adorais ça. C'est quelque chose que j'ai toujours revendiqué. Mais si je veux devenir pro, je ne dois plus être aussi accessible. C'est un cap à passer. Mais ça me manquera.» Il aura à peine le temps d'y penser dans l'immédiat: il s'est engagé pour 12 concerts dans des hôpitaux en décembre avec la fondation Étoile filante. Sans parler de «Das Supertalent» et de l'enregistrement de l'EP.

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