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MusiqueJanis & Love

Quarante-cinq ans après la disparition de la chanteuse, le documentaire «Janis Little Girl Blue» la dévoile sans fard. Une excellente raison de la (re)découvrir

par
Caroline Piccinin

Parler du destin d'une icône telle que Janis Joplin, c'est un projet, un article, une ambition qui semble bien délicate à réaliser. C'est que la chanteuse de «Piece of My Heart» faisait exactement ce qu'elle raconte dans sa chanson: donner des morceaux de son cœur à qui bon lui semblait. Et ça, c'est un cadeau et un héritage dont on a envie de prendre soin. Survol de la vie de la chanteuse qui aimait à rappeler qu'«une femme, pour être dans la musique, doit abandonner plus que l'on peut imaginer».

Une adolescence difficile

Née le 19 janvier 1943, à Port Arthur, au Texas, Janis est une petite fille comme les autres. Elle est Capricorne et c'est important pour elle, qui le répète à tout va. Mais tout se complique à l'adolescence alors qu'elle ne correspond pas aux critères de beauté et qu'elle s'en rend compte. Janis peint, lit Kerouac et commence à militer contre la ségrégation raciale, ce qui passe mal dans son université. Un soir, elle découvre sa voix un peu par hasard en chantant sur un disque d'Odetta accompagnée d'amis sur une plage. Peu de temps après, elle est élue par des universitaires – ce qui restera un éternel traumatisme – «garçon le plus laid du campus». C'est que pour l'époque, une jeune femme qui milite pour l'égalité, parle comme un homme et couche également avec des filles, fait grincer des dents. Tristesse et ras-le-bol. Janis met les voiles, direction San Francisco, teste les drogues et rate un mariage avec John Smith. Elle rentre chez elle pour se retaper et commence à se produire sur scène.

Big Brother en tremplin

On lui parle d'un groupe qui cherche une chanteuse. Janis hésite, mais se décide à retourner à San Francisco pour rencontrer ce groupe, Big Brother and the Holding Company. A peine une semaine après leur rencontre, elle se produit sur scène et le tourbillon Janis Joplin est lancé. Apogée absolu lors du Monterrey Pop Festival le 17 juin 1967, où elle se produit sur la même scène que Jimi Hendrix et Otis Redding, un de ses chanteurs favoris, dont elle avoue avoir piqué des tics scéniques. Un an plus tard, «la reine de la soul psychédélique» décide de quitter le groupe.

Elle intègre le Kozmic Blues Band et c'est avec cette formation qu'elle tourne en Europe avant de se produire, en totale extase sur la scène de Woodstock en août 1969. Janis joue avec le Grateful Dead, se fait arrêter pour «langage vulgaire et indécent» et continue son ascension médiatique et populaire alors que la descente dans les enfers des psychotropes continue. Le groupe est dissous et la chanteuse file à Rio pour y vivre un carnaval. Sur la plage d'Ipanema, elle rencontre David Niehaus, ils tombent immédiatement amoureux et vivent quelques semaines idylliques. Seulement, David ne se drogue pas et Janis n'est pas prête à arrêter subitement. Retour à San Francisco et à la peine de cœur malgré une correspondance avec David, qui lui donne espoir d'avoir enfin trouvé celui qui la rendra heureuse.

Aimée, mais esseulée

Janis tourne durant l'été 1970 avec une reformation, le Full Tilt Boogie Band. Elle se lance à l'automne dans l'enregistrement de son album «Pearl». Un soir, désespérée que son amant du moment ne l'a pas rejointe et sans nouvelles de David, elle s'isole dans sa chambre d'hôtel et s'injecte le shoot d'héroïne fatal. Elle a 27 ans. Comble du destin, un télégramme rempli d'amour de son David l'attendait le lendemain matin sur le comptoir de la réception. Autre preuve d'amour post mortem: son album «Pearl» sorti le 11 janvier 1971 restera neuf semaines numéro un des charts et sera certifié quatre fois disque de platine.

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