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CinémaJavier Bardem: «Penélope a bossé comme une brute»

L'acteur espagnol de 49 ans est à l'affiche d'«Everybody Knows», qui sort en salle aujourd'hui. Rencontre.

par
Laurent Vidal
Le couple était radieux hier soir lors de la montée des marches.

Le couple était radieux hier soir lors de la montée des marches.

Eric Gaillard, Reuters

Javier Bardem retrouve Penélope Cruz, son épouse à la ville, dans «Everybody Knows» d'Asghar Farhadi (lire critique ci-contre). C'est leur quatrième film ensemble après «Jambon, Jambon» de Bigas Lunas en 1992, «Vicky Cristina Barcelona» de Woody Allen en 2008 et «Escobar» de Fernando Leon de Aranoa cette année. Le couple a fait une montée des marches spectaculaire mardi soir pour ce drame familial qui a ouvert le Festival de Cannes sous le signe du glamour et du talent.

Javier Bardem, que signifie Cannes pour vous?

Le plus grand festival du monde. Les Français ont une façon bien à eux de célébrer le cinéma! La foule est d'une ferveur incroyable qui surprend à chaque fois par son intensité. Je me souviens de l'accueil délirant qui a suivi la projection de «No Country For Old Man» des frères Coen. Et de celui de «Vicky Cristina Barcelona», un film cher à mon cœur car c'est celui où j'ai retrouvé Penélope Cruz. Je dois beaucoup de très beaux souvenirs au Festival de Cannes.

Penélope Cruz avait remporté un oscar pour ce film et vous en avez eu un pour celui des frères Coen, que faites-vous de vos prix?

Ils sont chez nous, à Madrid, mais nous n'avons pas un autel où nous les exposons aux yeux de nos amis. Ni elle ni moi ne sommes aussi prétentieux, même si nous sommes très fiers de ces récompenses comme du César d'honneur que Penélope a reçu à Paris en mars dernier.

N'étiez-vous pas un peu jaloux de ne pas avoir aussi un césar?

Pas du tout! J'étais incroyablement heureux pour elle. Je regrette juste que l'Espagne ne la célèbre pas avec autant de passion que la France. Ce prix est passé inaperçu dans notre pays d'origine, où personne ne l'a félicitée, ce que je trouve injuste.

Vous n'aviez pas tourné ensemble depuis «Vicky Cristina Barcelona», pourquoi avoir fait deux films de suite avec elle: «Escobar» et «Everybody Knows»?

Il ne s'agissait pas d'un calcul mais de deux propositions passionnantes qui sont arrivées au même moment. C'est vraiment un pur hasard. Penélope et moi ne cherchons pas à tourner ensemble coûte que coûte, mais nous sommes ravis de pouvoir le faire quand on nous offre des films aussi forts.

Quels sont vos critères de choix?

Cela ne nous intéresse pas d'exploiter notre couple à l'écran. Nous cherchons des personnages qui ne ressemblent en rien à ce que nous sommes dans notre vraie vie! C'était le cas dans ces deux films où Léon de Aranoa et Asghar Farhadi nous ont proposé des personnages fascinants.

Était-il difficile de vous mettre dans la peau du narcotrafiquant Escobar?

Je me suis surtout employé à ne pas le rendre attachant. Ce type était une ordure et je tenais à ce que cela soit clair dans le film. Les rapports qu'il entretient avec la journaliste qu'incarne Penélope le montrent bien. Je n'avais pas la moindre empathie pour lui.

Comment avez-vous préparé vos rôles?

Nous avons travaillé en amont avec un coach à la fois ensemble et séparément. C'était délicat car nous incarnions des personnes réelles. Penélope a bossé comme une brute. Il m'arrivait de la retrouver debout en pleine nuit, en train de relire le scénario. Ce film est intéressant car nous y jouons un couple manipulateur qui n'a rien à voir avec nous.

C'est la même chose pour «Everybody Knows»?

Absolument. Les personnages ne nous ressemblent en rien. Nous ne sommes d'ailleurs même pas en couple dans ce film. Étudier les rôles avant le tournage est essentiel car cela apporte une grande liberté sur le plateau. Penélope et moi avons la même conception de notre travail. C'est l'une des nombreuses choses qui nous réunissent.

Asghar Farhadi était-il très directif?

C'est un extraordinaire directeur d'acteurs. Je l'ai senti dès notre première rencontre et cela s'est confirmé à chaque étape du projet. Il possède un don pour dépeindre les relations humaines dans ce qu'elles ont de plus profond. J'ai beaucoup appris avec lui.

Un acteur aussi expérimenté que vous apprend encore?

Bien sûr! Heureusement… Le jour où j'estimerai que je n'ai plus rien à apprendre, j'arrêterai ce métier. Mais j'en suis loin! Mon travail est un apprentissage perpétuel et c'est cela qui le rend passionnant.

«Everybody Knows»

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