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Association«Je devais voler pour nourrir mes chats»

Une Neuchâteloise lance «les gamelles du cœur» pour aider les maîtres défavorisés à nourrir leurs animaux. Elle parle d'expérience.

par
Laura Juliano

Après avoir dû voler pour ses chats, Sabine Finger aide maintenant à nourrir ceux des autres.

«Coup d’main pour 4 pattes», c’est l’association que vient de créer Sabine Finger, une habitante de Coffrane (NE). L’objectif: venir en aide aux personnes en difficultés financières qui peinent à nourrir leurs petits compagnons. L’inspiration, cette ex-employée de commerce, aujourd’hui en formation de massothérapeute, la tient de sa dure expérience. Chômeuse à 20 ans elle s’était résignée à voler dans les magasins pour permettre à ses deux chats de manger. «Je ne suis pas la première et plus les choses seront chères plus cela arrivera, soutient-elle. D’où cette solution qui permet aux gens de ne pas perdre leur dignité. Car croyez-moi, je n’étais pas fière de faire ça…»

Aujourd’hui, elle parvient à offrir une vie correcte à son chien et à ses sept chats, recueillis chez des paysans de la région. Mais elle ne s’est pas arrêtée là. En quatre mois, la «Mère Noël des animaux» a déjà aidé une douzaine de familles dans le besoin en distribuant près de 260 kilos de croquettes et 200 boîtes de pâtée. De quoi remplir les gamelles d’une cinquantaine d’animaux. Pour l’heure, c’est dans sa cave qu’elle entrepose les stocks de nourriture, litière et autres joujoux. Des dons de particuliers, de fondations et surplus de magasins. Inspirés par le concept des Cartons du Cœur, les huit bénévoles offrent une livraison trimestrielle par foyer dans le canton de Neuchâtel. Si l’association, qui vise un budget de 5000 francs, prospère, elle n’exclut pas d’étendre son périmètre.

Demander de l’aide exige une bonne dose de courage pour les bénéficiaires. «Au téléphone, la plupart, nous disent «bonjour, j’ai honte de vous appeler», avant même de se présenter», regrette Sabine Finger, qui rappelle que l’association n’est pas là pour juger.

Danielle Oktay, sans emploi, a longuement hésité avant d’appeler. «Je me suis sentie très gênée, confie-t-elle. On a l’impression de demander l’aumône. Mais plus de croquettes, plus de sous, pas le choix!» Et pour cause. Cette ex-gardienne d’animaux, vit en appartement avec cinq chiens, cinq chats, une tortue d’eau, des rénettes et une salamandre.

«Ce ne sont pas des profiteurs»

«Les gens qui font appel à nous ne sont pas des profiteurs, ce sont des personnes qui travaillent, qui sont à l’AI, des personnes âgées dont le revenu est serré, et qui surtout en fin d’année, avec les impôts, se retrouvent dans l’impasse», indique Sabine Finger. Alors pour désengorger les refuges, éviter les abandons et permettre aux maîtres de conserver leurs animaux, elle livre elle-même à domicile. Un moment de convivialité et de tendresse qui l’émeut à chaque visite. «J’ai apporté du foin pour les lapins chez une maman et ses deux enfants. Les petits étaient tellement reconnaissants! Pour certains, c’est les PlayStation, eux, c’était le foin.»

Dans un second temps, Coup d’main pour 4 pattes espère créer un fonds pour financer certains frais de vétérinaire. Un projet salué par Sonia Robert, future bénévole, dont le chien, «Snoopy», a l’estomac malade. «Pour lui, j’ai passé jusqu’à deux mois sans manger», indique-t-elle. Un mal nécessaire pour cette amie des bêtes, sans emploi, qui depuis mars a dû payer 900 francs de traitement vétérinaire.

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