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Procès du 13-Novembre«Je garde en moi l’explosion, le bruit et l’odeur»

Les gendarmes témoins des attaques au Stade de France ont commencé mardi à raconter leurs traumatismes devant la Cour d’assises de Paris, près de six ans après cette nuit d’horreur.

Des gendarmes présents au Stade de France lors des attentats du 13-Novembre ont témoigné mardi devant la Cour d’assises de Paris. Ils sont les premiers parmi les quelque 350 parties civiles qui vont défiler à la barre.

Des gendarmes présents au Stade de France lors des attentats du 13-Novembre ont témoigné mardi devant la Cour d’assises de Paris. Ils sont les premiers parmi les quelque 350 parties civiles qui vont défiler à la barre.

REUTERS

«Un choc» énorme: les premières victimes des attentats du 13 novembre 2015 en France ont commencé à témoigner mardi devant la Cour d’assises spéciale de Paris, racontant leurs traumatismes six ans après cette nuit d’horreur.

Ces attentats, les plus sanglants jamais commis en France, ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris et à Saint-Denis, en banlieue. Aux abords du Stade de France, trois kamikazes se sont fait exploser, faisant un mort.

Jonathan (les gendarmes venus témoigner ayant demandé que leurs noms ne soient pas divulgués) était ce soir-là en compagnie de 12 autres membres de la garde républicaine, à cheval, chargés d’assurer la sécurité autour du stade.

«Une explosion violente me coupe la parole, se souvient-il. J’entends des choses glisser au sol autour de moi, sans pouvoir identifier ce que c’est. Je me rapproche (des lieux) pour voir. Un silence de mort s’installe.»

Des cris de joie inconciliables avec la mort et la désolation

Avant de prendre la parole, il a posé son képi sur le pupitre installé face à la cour. Son visage se crispe et sa voix tremble sous le coup de l’émotion. «Je vois le visage de Monsieur Manuel Dias, ses yeux ouverts, il a les mains au sol, agenouillé.»

Le chauffeur d’autocar de 63 ans venait de déposer des spectateurs du match qui se jouait entre la France et l’Allemagne. Il a été le seul à trouver la mort dans ces attaques au Stade de France.

Trois explosions ont retenti aux abords du stade, entre 21 h 16 et 21 h 53. Entre-temps, les fusillades commencent sur les terrasses parisiennes et au Bataclan – des attaques simultanées qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés.

À 21 h 20, quand le deuxième kamikaze active sa ceinture, «j’ai peur de mourir à chaque instant, j’ai peur que ça explose n’importe où», dit Jonathan. Une image reste, dit-il. Le «mur du Stade de France», d’où résonnent les applaudissements du match amical France-Allemagne, les «cris de joie», «inconciliables avec la mort et la désolation autour».

«J’avais des bouts de chair dans les cheveux»

Avec cinq autres gendarmes, Jonathan figure parmi les premières parties civiles à témoigner devant la Cour d’assises spéciale. Ses collègues défilent à la barre. Ils semblent à fleur de peau, reprennent leurs souvenirs avec la même émotion.

«Ce qui me traverse, c’est une onde de choc. Ça ne fait pas peur, ça ne fait pas mal. Et c’est encore plus terrible parce qu’on ne connaît pas», se remémore Grégory, barbu, cheveux grisonnants, en tenue également. «Je suis rentré chez moi, j’avais des bouts de chair dans les cheveux.»

Sa voix s’emplit de larmes quand le président lui demande comment il va. À la fin de sa déposition, quand il retourne sur les bancs du public, un camarade, l’adjudant Renaud, le prend dans les bras.

Le 13 novembre 2015, «c’était mon premier jour de reprise après mon congé paternité», avait dit ce dernier à la barre. De la soirée, l’adjudant Renaud, grand brun très mince, se souvient de «l’homme qui hurlait en cherchant son fils». Et des «boulons» qui viennent taper «contre les Rangers» quand le deuxième kamikaze actionne sa ceinture.

Un avant et un après

«Gendarmes, policiers, pompiers, on est tous formés. (…) Quand on est appelé pour une intervention, on se prépare sur le trajet. On n’est pas formé à voir un kamikaze», explique Philippe, major de gendarmerie à la retraite. «Il y a un avant et un après, pour tous ceux qui étaient sur place», conclut-il la voix tremblante.

«Un kamikaze s’est fait exploser devant nous. Je garde en moi l’explosion, le bruit et l’odeur (…) J’ai été choqué par ce tronc humain coupé en deux, ces morceaux de chair un petit peu partout», a déclaré, tremblant à la barre, un retraité de la gendarmerie, Pierre, toujours «traumatisé». Le soir des attentats, il patrouillait avec des collègues devant le stade.

Plus de 2200 personnes se sont constituées parties civiles

«Environ 350» parties civiles – rescapés des attaques et proches des victimes – ont demandé à témoigner, a rappelé le président Jean-Louis Périès avant de donner le coup d’envoi de cinq semaines d’auditions.

Le président de l’association de victimes Life for Paris, Arthur Dénouveaux, rescapé de la salle de concert du Bataclan, a souligné que «le travail de préparation auprès des victimes a été de leur dire: «Ce qui vous intéresse, c’est de dire ce que vous avez vécu, sans vous préoccuper des autres.». C’est comme ça que cela aura du sens».

Au total, plus de 2200 personnes se sont constituées parties civiles à ce procès, qui juge depuis le 8 septembre et pour environ neuf mois vingt accusés, dont le seul membre encore en vie des commandos Salah Abdeslam.

(AFP)

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