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DÉPENDANCE«Je me suis perdu dans le Web»

Un journaliste français témoigne de son addiction à Internet et de sa dépression dans un livre. Les médecins sont inquiets face à ce phénomène.

par
Cléa Favre
Guy Birenbaum a caché son profond mal-être dans l’«hyperconnexion». Il raconte sa descente aux enfers.

Guy Birenbaum a caché son profond mal-être dans l’«hyperconnexion». Il raconte sa descente aux enfers.

Fabrice Morvan

Le journaliste français Guy Birenbaum vient de publier un livre, «Vous m’avez manqué» (Ed. Les Arènes), pour raconter sa descente aux enfers 2.0. Cet ancien accro – à l’actualité, aux pushes, aux tweets, aux statuts Facebook, aux e-mails, au partage de photos – se connectait dès 4 h du matin pour ne décrocher qu’à minuit. N’allez pas lui dire pour autant qu’Internet entraîne la dépression. Il sait que son «hyperconnexion», comme il l’appelle, n’était qu’un symptôme d’un mal-être beaucoup plus profond. «Je me suis voilé la face. Je me suis perdu dans l’endroit idéal pour se cacher: le domaine infini du Web», se rappelle-t-il. Il y a tout juste un an, son corps a fini par lâcher. En arrêt de travail, il passait ses journées au lit, incapable d’aller de sa chambre à la cuisine.

Reconnexion au réel

Aujourd’hui, toujours sous antidépresseurs et en thérapie, il ne veut pas parler de «déconnexion», mais de reconnexion au réel et à la vie.Quel rôle peut jouer une exposition à outrance aux technologies numériques dans une dépression? «Les écrans sont particulièrement efficaces pour introduire une addiction à la communication», avance Daniele Zullino, médecin-chef du service d’addictologie au département de santé mentale et psychiatrie des HUG. «Et l’addiction peut ensuite mener à la dépression, un état d’épuisement causé par un stress chronique et continu.» Dans sa pratique, il voit surtout des patients en difficulté à cause de leur usage des réseaux sociaux ou des jeux en ligne.

Néanmoins, l’addiction au numérique ne conduit pas forcément à la dépression. Ce sont des prédispositions génétiques, ainsi que le contexte (problèmes de famille ou tensions au travail) qui s’ajoutent et conduisent à l’épuisement. «Il est trop tôt pour connaître le profil des personnes les plus vulnérables à ce genre de dépression», admet Daniele Zullino. Les médecins savent seulement que les femmes sont davantage portées sur les réseaux sociaux, les hommes sur le porno et les jeux. On assiste cependant à un rattrapage de ces derniers en termes de temps passé sur Facebook ou Twitter.

Une avalanche de problèmes psy liés au numérique

Au niveau de la prise en charge, la difficulté est de s’attaquer de front à la fois à la dépression et à l’addiction. La première est traitée comme toute autre dépression. Tandis que la seconde consiste à amener le patient à avoir un usage raisonné d’Internet. «Il ne serait pas réaliste de le rendre abstinent du Web», remarque le professeur qui se montre inquiet pour l’avenir, face à des problèmes psychiatriques liés au numérique qui prennent l’ascenseur. A ses yeux, dès qu’une méthode de prise en charge est validée, le phénomène est déjà dépassé et c’est un nouveau problème qui apparaît.

«Notre société a mis des siècles à développer des normes par rapport à la consommation d’alcool. Aujourd’hui, les conventions nous disent quand et où il est acceptable de boire. Nous n’avons pas le temps d’avoir cette réflexion avec les nouvelles technologies», regrette-t-il.

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