Actualisé

miraculé«Je n'ai pas eu peur de mourir»

Un skieur américain de 19 ans a passé plus de 48 heures, bloqué dans un ravin aux Diablerets (VD) par un froid polaire! Il raconte.

par
Laurent Grabet
Mark Dosse ne souffre d'aucune séquelle. Il a utilisé des techniques de survie apprises chez les scouts.

Mark Dosse ne souffre d'aucune séquelle. Il a utilisé des techniques de survie apprises chez les scouts.

«J'ai eu trois jours de ski pour le prix d'un!», plaisante Mark Dosse. L'Américain de 19 ans a un sacré sens de l'humour pour un miraculé! Ce natif de Chicago a survécu à trois jours et deux nuits polaires, coincé au fond d'un ravin des Diablerets (VD) à 1200 m d'altitude. Sylvain Crampe, le sauveteur de la colonne de secours locale, qui a dû l'hélitreuiller hors du trou, n'en revient toujours pas: «Ce jeune a une force mentale exceptionnelle. Peu auraient survécu en pareille situation.»

Il est vrai que même le regard un peu éteint par la fatigue et occupé à boire une tisane, allongé sur un lit d'hôpital de Zweisimmen (BE), Mark Dosse n'a pas vraiment l'air d'une mauviette. Le sang-froid qui lui a sauvé la vie, cet étudiant ingénieur en biotechnologies venu passer un semestre à l'EPFL depuis dix jours, l'a acquis dans ses «années campings et scouts».

Deux nuits dehors par –16 degrés

Dimanche vers 15 heures, le skieur s'égare hors des pistes sur le domaine d'Isenau en raison du brouillard et de la tempête de neige qui sévit ce jour-là. «J'ai voulu suivre des pylônes, mais je me suis retrouvé piégé dans cette combe où coulait une rivière. J'ai tout de suite compris que je devais bouger pour rester chaud. Cette pensée a primé sur les autres et il n'y a presque pas eu de place pour la peur dans mon esprit.»

Le premier jour, Mark engloutit sa dernière clémentine et descend la gorge sur 2 km dans la tourmente. Il a deux téléphones portables sur lui, mais aucun ne fonctionne à cause du froid. Une fois la nuit venue, il s'accorde deux heures de sommeil lové en boule les mains gantées sous les aisselles, et pense au film «127 heures» (ndlr: racontant une mésaventure du même genre), «un peu à la mort» et beaucoup à ses parents et à son frère cadet, puis il repart dans la demi-obscurité. Il fait alors –16 degrés! Le deuxième jour, sa progression est ralentie par la casse d'une de ses fixations. L'Américain doit aussi traverser l'eau glacée de la rivière à trois reprises. «La dernière, j'étais mouillé jusqu'au cou», explique-t-il en nous montrant son passeport tout fripé. Il se construit alors une sorte de petit igloo et y dort six heures.

Le jeune homme se désaltère au torrent d'Ayerne en prenant garde de ne pas trop boire pour ne pas se refroidir davantage. Le lendemain mardi, son avancée est stoppée net par le cours d'eau devenu infranchissable. «Mais je voyais le village et des chiens me répondaient quand je criais. Finalement, j'ai aperçu trois marcheurs à 250 mètres de moi sur une route enneigée en contrebas. Ils m'ont entendu et j'ai su que j'étais sauvé!» Effectivement, un gendarme arrive rapidement mais péniblement sur les lieux, suivi des sauveteurs s'enfonçant jusqu'à la taille dans la neige meuble. Il est alors environ 15 h 30. «Je remercie tous ces professionnels pour leur aide», tient à préciser Mark.

Il compte skier bientôt

Le week-end prochain, ce «fou de ski» devait rechausser ses lattes à Leysin, mais il pense passer un tour avant de repartir de plus belle. Ses parents arriveront des Etats-Unis aujourd'hui. Ce sont eux, lui, ingénieur, et elle, avocate, qui avaient alerté jusqu'à l'ambassade et Interpol lorsqu'ils avaient constaté que leurs fils (qu'ils savaient être parti skier) ne donnait plus signe de vie depuis trop longtemps.

«Mark n'est pas près d'oublier ses premiers jours en Suisse!» s'amuse de son côté Camille, une amie proche du rescapé venue lui rendre visite à l'hôpital. La Genevoise de 18 ans est soulagée que Mark s'en soit si bien sorti. Ce dernier se remet de son hypothermie. Seules ses jambes sont encore un peu douloureuses. «Je me sens fatigué, chanceux et content!» conclut-il avant de recevoir d'autres journalistes venus recueillir le récit de son incroyable survie.

Ton opinion