Actualisé 17.06.2019 à 16:02

«Je n'avais jamais vu ça en 40 ans de navigation sur le Léman»

Orage

Navigateur d'expérience, le lutryen Pierre-Alain Berset a participé au Bol d'Or, ce week-end. Pris dans le violent orage qui a secoué la course, il raconte comment lui et son équipage du «First» ont vécu ce grain soudain et très impressionnant.

par
Laurent Siebenmann
1 / 6
Les vagues commencent à se faire plus fortes, la grêle tombe, le vent durcit.

Les vagues commencent à se faire plus fortes, la grêle tombe, le vent durcit.

Le Matin/P.A. Berset
Le First avance, malmené par l'orage.

Le First avance, malmené par l'orage.

Le Matin/P.A. Berset
La foudre va-t-elle frapper le mât du monocoque?

La foudre va-t-elle frapper le mât du monocoque?

Le Matin/P.A. Berset

C'est peu dire que les 460 participants du 81e Bol d'Or ont été victimes d'un orage d'une rare violence, samedi en fin d'après-midi, sur un Léman déchaîné. Le grain a duré plus d'une heure, avec des vents dépassant les 40 nœuds. Parfois même jusqu'à 60 noeuds.

Les bateaux ont particulièrement souffert: trois sont passés par le fond, une vingtaine environ ont démâté et de nombreux participants sont passés à l’eau. Mais aucun concurrent de cette course sauvage n'y a laissé la vie.

L'orage a terrassé certains bateaux. (DR)

L'orage a terrassé certains bateaux. (DR)

Au coeur de ce 81e Bol d'Or, parmi les navigateurs amateurs d'expérience qui se sont lancés dans la course, se trouvait Pierre-Alain Berset. A bord du monocoque «First», avec ses cinq autres membres d'équipage, ce solide gaillard de Lutry (VD) que ses amis surnomment «P.A.» revient, pour «Le Matin», sur ces moments intenses.

Des participants prévenus

«L'organisation du Bol d'Or a eu la bonne idée de faire venir un responsable de Météo Suisse, lors du briefing d'avant-course, vendredi soir, en prévision de ce coup de vent. Dès lors, nous savions à quoi nous attendre», explique P.A.

Et de poursuivre: «Samedi, les feux orange tout autour du lac Léman ont été enclenchés une heure avant l'orage, ceci afin de prévenir les navigateurs avec suffisamment d'avance.»

Vers 17h, lancés depuis quelques heures sur le lac, le monocoque «First» et ses six passagers voient les conditions de navigation drastiquement se transformer: «Nous avons vu le ciel se mettre à changer de manière impressionnante, passant du blanc, au jaune, au vert, au mauve...»

«Ca partait dans tous le sens!»

Et puis soudain, l'orage s'est déchaîné presque d'un coup, avec une rare violence: «C'est arrivé en une minute. D'un coup, de la grêle a commencé à tomber, le coup de vent est arrivé, raconte Pierre-Alain Berset. Certains bateaux n'ont pas pu affaler leur voile qui s'est déchirée, d'autres ont démâté. Pendant un moment, ça partait dans tous le sens! On avançait vite. C'était difficile car un voilier se contrôle avec un safran mais aussi avec les voiles... On devait donc s'éviter, les uns les autres.»

Des conditions apocalyptiques. (Capture écran Facebook)

Des conditions apocalyptiques. (Capture écran Facebook)

«Pas vraiment le temps de penser. Le vent était le gros problème. Il y avait une écume d'un mètre à la surface des vagues, à la surface du lac. D'une violence inouïe. On était tous équipés de gilet de sauvetage, en se tenant fermement au bateau. Le barreur était attaché car c'est le seul qui ne peut vraiment pas se cramponner à quoi que ce soit», précise le navigateur de Lutry.

Un air de fin du monde

Dans cette situation violente et soudaine, P.A. a-t-il eu peur? «Peur, non. Dans ces moments, tu ne penses plus à la régate mais à assurer la sécurité de l'équipage. Et à sauver le bateau, dans la mesure du possible. La foudre qui tombe à côté de toi, des bateaux autour de toi très malmenés, des tirs de fusées de détresse, les vagues, un vent très violent, les nuages noirs, la pluie et la grêle dans le visage: ça donne une situation un brin apocalyptique (Il rit.)».

Fort heureusement, «Le First» et ses passagers sont sortis intacts de cet incroyable orage. Mais, foi de P.A., en 40 ans de navigation sur le Léman, il n'avait, personnellement, jamais connu ça. «Et je ne suis pas le seul car tout le monde, dans le milieu, parle de cet orage. Il y a eu des gros coups par le passé, évidemment, mais je ne me souviens pas d'avoir vécu un truc pareil. Avec ces nuages très noirs, très bas, cela avait presque un air de fin du monde.»

En tout début de tempête sur «Le First»...

Pierre-Alain Berset

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!