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Agressée, elle témoigne«Je n'ose plus me promener dans la rue»

Une Lausannoise de 68 ans attendait son bus quand une inconnue l'a frappée. Choquée par cette violence gratuite, elle raconte.

par
Anne-Florence Pasquier
Depuis sa sortie d'hôpital, Odette reste cloîtrée chez elle. Elle a peur de sortir et de croiser son agresseur.

Depuis sa sortie d'hôpital, Odette reste cloîtrée chez elle. Elle a peur de sortir et de croiser son agresseur.

Sébastien Anex

Quand la terreur s'immisce au coin de la rue, il ne reste que le courage des victimes pour témoigner, comme celui d'Odette*, retraitée de 68 ans: «J'ai ressenti une terrible douleur, ma main ne répondait plus. Je n'étais plus maître de moi-même. Mon agresseur se tenait encore là, à peine à un mètre de moi. Je me suis rassise sur la banquette de l'arrêt de bus, comme paralysée de peur. Puis j'ai crié à l'aide. Une femme témoin de la scène m'a alors répondu: «Vous n'aviez qu'à pas l'importuner.»

Parce que Odette a osé demander, courtoisement, à une inconnue de baisser le son de sa musique, cette dernière l'a rouée de coups à une épaule, à la poitrine pour enfin la projeter contre la vitre de l'arrêt de bus Georgette, en plein après-midi en ville de Lausanne, le 25 octobre dernier. Résultat, l'humérus du bras gauche fracturé et le nerf radial endommagé. «J'étais face à un taureau qu'on n'arrête plus, elle aurait pu me démolir. Et autour de moi, l'indifférence, personne n'a bougé», soupire-t-elle, encore stupéfaite de la passivité des gens.

Vivre dans la peur

Odette a fait le pas de parler pour dénoncer ces actes de violence gratuite. Mais elle le fait dans l'anonymat. Sur ses gardes, elle nous reçoit chez elle, ouvre lentement la porte, méfiante. Traumatisée, il est beaucoup trop difficile pour elle de retourner sur les lieux. Car depuis, elle vit dans la peur. La peur des représailles, que son agresseur, une jeune femme de couleur, âgée d'une vingtaine d'années, qui a pris la fuite, ne la retrouve. «Je n'ose plus me promener dans la rue. Depuis ce jour, je crois que n'importe qui peut m'agresser, car la violence n'a plus de visage pour moi», ajoute-t-elle.

Blessée à un bras, cette retraitée, très active avant ce terrible incident, ne pourra désormais plus se servir de sa main gauche correctement. Plus pour le tort psychique que physique, Odette a porté plainte pour lésions corporelles simples. Elle avait besoin d'en parler, aux policiers, à sa famille, à ses voisins, aux médias. «J'en dis peut-être trop, mais c'est ma thérapie.» Un besoin de reconnaissance aussi, car Odette n'en revient toujours pas du détachement des témoins. «C'était incroyable, ils avaient tous le regard vide. Leurs comportements m'ont blessée, je ne pouvais m'imaginer à quel point notre société manque de solidarité et de justice.»

Une seule passante à son secours

Alors que la retraitée a tenté à trois reprises d'échapper à l'auteur, personne n'a prévenu la police. Ce n'est que plusieurs minutes après l'agression qu'elle a réussi à intercepter une passante. «Elle a compris mon désarroi. Je lui ai alors tendu mon portable pour qu'elle appelle le 117», explique-t-elle. Et de continuer: «Pendant tout ce temps, cette jeune femme m'insultait. Me disant qu'elle était dans un pays libre, qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait. C'était si irréel que j'ai repris mon sang-froid et j'ai commencé à lui répondre. J'ai pensé qu'il fallait la retenir le plus longtemps possible, la regarder pour donner un signalement à la police. J'ai alors pensé à prendre une photo d'elle, mais c'était prendre un risque de plus.»

Finalement, la jeune femme est montée dans le bus et a continué sa route. «Moins de 10 minutes après l'appel, la police est arrivée sur place. Les agents ont tenté d'intercepter le chauffeur de bus pour arrêter le convoi, mais c'était déjà trop tard», déplore-t-elle. Une ambulance l'emmènera ensuite au CHUV. Après une opération de plus de deux heures, elle restera huit jours à l'hôpital.

«Ne pas se mettre en danger»

Pour Jean-Philippe Pittet, porte-parole de la police lausannoise, «il est déterminant que les personnes témoins d'une agression avisent au plus vite la police par le 117. Ce réflexe permet d'engager immédiatement des patrouilles, ainsi que d'avoir un signalement de l'auteur et une direction de fuite.» Odette semble avoir aussi fait d'elle-même le bon choix, car «la première chose à faire est surtout de ne pas se mettre en danger et ne pas prendre de risques inconsidérés», relève encore l'officier de presse.

Pour ne pas craquer, la retraitée est surtout décidée à aller de l'avant: «Je sais que la police peut l'arrêter demain comme dans six mois. Je vais même la recroiser. Mais j'ai décidé de créer une association, Violence tolérance 0. Je m'accroche encore à ça.»

* Prénom d'emprunt

«Il faut se libérer de la relation à l'agresseur»

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