Drame: «Je n'oublie jamais Brigitte»

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Drame«Je n'oublie jamais Brigitte»

Pendant que le bourreau de sa fille affirmait au tribunal n'avoir aucun souvenir de son crime commis à Bienne il y a 26 ans, le papa de Brigitte Didier se confiait au «Matin».

par
Vincent Donzé
Serge Didier, attablé à son domicile de Tavannes (BE), hier. Au même moment, le Tribunal de Bienne décidait de la sentence de Patrick B., meurtrier de sa fille Brigitte, poignardée vingt-six ans plus tôt.

Serge Didier, attablé à son domicile de Tavannes (BE), hier. Au même moment, le Tribunal de Bienne décidait de la sentence de Patrick B., meurtrier de sa fille Brigitte, poignardée vingt-six ans plus tôt.

Olivier Allenspach

Un sudoku posé sur la table de la cuisine, dans son trois-pièces de Tavannes (BE), Serge Didier (70 ans) tentait hier matin d'occuper son esprit à cent lieues de l'audience tenue au même moment au Tribunal de Bienne. Devant les cinq juges invités par son avocat à commuer une réclusion à perpétuité en mesure thérapeutique («Le Matin» de lundi), Patrick B. a répété ce qu'il disait déjà en 2005 et en 2006, quand sa culpabilité a été reconnue et confirmée: «Je ne me souviens de rien.»

Souvenir cruel

Amnésie totale chez le détenu du pénitencier de Thorberg, qui retrousse ses manches et ajuste ses lunettes avant d'expliquer aux juges qu'une thérapie l'aiderait à retrouver la mémoire. Il avait 23 ans en 1990, il en a 49 aujourd'hui. À Tavannes, Serge Didier n'a pas besoin de thérapeute pour savoir que sa fille unique est morte le 20 décembre 1990, violée et poignardée par celui qui l'a prise en auto-stop: «Moi, je n'oublie jamais Brigitte.»

«Le tueur est entouré de psys qui s'occupent de lui, mais qui s'occupe de Serge? Il est tout seul!» lâche Pépé, le compagnon de Serge Didier. Après le décès en 2009 de son épouse, Thérèse, Serge Didier a quitté la villa familiale il y a trois ans pour louer un appartement mieux centré, proche de l'Auberge de la Poste, lui qui ne quitte Tavannes que pour séjourner à l'Hôpital de Moutier. Il a emporté tous ses albums de photos qu'il ouvre le moins possible.

En tombant, il s'est cassé le bassin, la hanche et le nez. Mais ces blessures ne sont rien face à ce cœur brisé le 5 janvier 1991, quand des enfants ont découvert le corps mutilé de sa fille sous un viaduc autoroutier. «On n'oublie pas, mais on essaie de ne pas y penser», confie Serge Didier, que ses copains appellent Dédé.

Les comptes rendus dans les journaux l'énervent, comme il dit, d'autant plus qu'«au bistrot, ça va en causer». Alors que lui ne souhaite qu'une chose: «Que ça se tasse.» Patrick B., il l'a vu de profil au tribunal, en 2005: «Il était assis sur ma gauche», se souvient le papa. Son visage, il l'a oublié et c'est tant mieux: «Je n'ai pas envie de le voir», dit-il.

Relativiser la mort

Pour avancer malgré tout, Serge Didier carbure au «sirop ferrugineux». Il dit avoir passé «une très belle vie, à part»… À part avoir vécu le pire. «J'aimerais pouvoir me réveiller mort», dit-il, avant de rire de l'incongruité de sa phrase. Il n'y aura pas d'enterrement: Serge Didier et son épouse sont sortis de l'Église après avoir perdu Brigitte. Son réconfort, lui qui fume trois paquets par jour, c'est son sirop d'orange amélioré, seule alternative à «se tirer une balle».

Hier, Serge Didier a préféré regarder «Columbo» sur TMC plutôt que de voir Patrick B. au Tribunal de Bienne. «Le jour où il sortira, il recommencera à la première occasion», assène-t-il. Sa conviction est faite, indépendamment de l'audience tenue hier: «Il ne faut pas qu'il ressorte.»

À la télévision, il a vu l'attentat de Berlin, lundi soir: «Regardez tous ces morts, tous ces blessés, tout est relatif.» Dans sa cuisine, un trophée de jass obtenu cette année au Café Stop montre que Serge Didier n'est pas largué. Mais le seul tableau accroché au mur de son appartement, c'est une photo de sa fille, Brigitte, quand elle est gamine. Un beau portrait souriant, avec lequel il vit depuis 40 ans.

Thérapie refusée

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