Football - «Je ne vois pas qui est plus faible que le FC Sion»
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Football«Je ne vois pas qui est plus faible que le FC Sion»

Trois anciens de la maison sédunoise livrent leurs sentiments avant le déplacement capital – et anxiogène – à Vaduz, ce dimanche. À les entendre, il y a de quoi avoir peur.

par
Simon Meier
Gaetan Karlen, Anto Grgic et Jan Bamert (de gauche à droite) sont en mission sauvetage. Mais s’en rendent-ils seulement compte?

Gaetan Karlen, Anto Grgic et Jan Bamert (de gauche à droite) sont en mission sauvetage. Mais s’en rendent-ils seulement compte?

Urs Lindt/freshfocus

Le FC Sion se rend dimanche à Vaduz, en tant que lanterne rouge de Super League, avec trois points de retard sur son adversaire du jour. Alors même s’il en restera huit au programme ensuite, ce match-là pèse son wagon de cacahuètes. Et il draine son lot d’inquiétudes.

Trois anciens de la maison, Alvaro Lopez (sédunois de 1973 à 77, puis de 1981 à 92), Johann Lonfat (1992-98) et Georges Brégy (1979-84, puis 1986-88) livrent ce qu’ils ont sur le cœur. Et malgré quelques bribes d’espoir - un Valaisan y croit jusqu’au bout -, ça fait plutôt froid dans le dos.

Alvaro Lopez: «C’est du n’importe quoi»

«La situation du FC Sion est très inquiétante et elle nous fait mal, à nous les anciens. En fait, c’est une punition pour tous les Valaisans, à l’image du boycott du Nouvelliste par le club. À la fin, on ne récolte que ce qu’on sème. Et nous, devant la télé, on souffre. Depuis des années, c’est du n’importe quoi. Sept ou huit nouveaux joueurs arrivent chaque saison, dès qu’un groupe commence à se former, paf, il explose. Quant aux entraîneurs, ils n’ont pas le temps de prendre l’apéro qu’ils sont déjà loin. Où avez-vous vu un président prendre place sur un banc? Nulle part! Et là, on dirait que les joueurs ont peur de jouer. Mais d’où vient cette peur?

Avec Pierre-Alain Valentini et les autres anciens, on en parle, ça nous fait «caquer». Le patron, on sait qui c’est: Christian Constantin. Il fait ce qu’il veut avec ce club, c’est son problème. Mais j’espère vraiment, même si Sion est plutôt sur une pente négative, qu’on ne tombera pas en Challenge League. Dimanche à Vaduz, il faudra au moins ne pas perdre - sinon, avec six points de retard, je pense qu’ils ne remonteront pas. Mon pronostic? Il y a celui du cœur, qui dit victoire 2 à 1 pour Sion. Et il y a le pronostic de la raison, qui dirait plutôt 2 à 1 pour Vaduz. Mais bon, cela ne sert à rien de faire des calculs. Il nous faut regarder de l’avant parce que derrière, de toute façon, il n’y a plus personne.»

Johann Lonfat: «Sion est à sa juste place»

«Que peut-on encore dire du FC Sion qu’on n’a pas déjà dit? Les histoires se répètent étrangement, depuis plusieurs saisons. Les succès avec Didier Tholot et Peter Zeidler semblent bien loin aujourdhui. On a le même scénario depuis trois ans: le club affiche de grosses ambitions, on évoque le trio de tête voire la bataille pour le titre et au final, ils luttent pour éviter la dernière place - et là, ils y sont.

»Les autres années, j’avais le sentiment que le potentiel de l’équipe, pour telle ou telle raison, n’était pas exploité. Mais là, j’ai l’impression que l’effectif est vraiment limité, qu’en luttant au fond du classement, le FC Sion est à sa juste place. Quand je vois les matches de Vaduz, ce n’est pas le Barça. Mais il y a des schémas, un plan de jeu - on voit qu’ils ne sont pas à la rue. A Sion, il n’y a rien. Lors des matches à domicile, comme dernièrement contre Lugano, on voit toute la faiblesse du jeu proposé. Il n’y a pas de pressing, rien. Pour l’adversaire, à Tourbillon, c’est la ballade des gens heureux.

»Oui, je suis inquiet. Parce que qualitativement, c’est trop faible. Actuellement, je ne vois pas qui est plus faible que Sion en Super League, au niveau du jeu présenté. Ils n’ont gagné que cinq matches depuis le début de la saison, et je n’ai pas le souvenir d’autres matches où ils auraient mérité de l’emporter. Inutile de dire qu’il faut aller gagner dimanche à Vaduz. Sinon, tu vas les faire où les points, après?

»L’idée d’une relégation en Challenge League ne fait évidemment plaisir à personne. Mais c’est peut-être une erreur de se dire que ce serait si terrible que cela. Repartir avec un budget rogné de 50%, avec des jeunes du cru, pourquoi pas? Cela peut être un mal pour un bien, l’occasion de remettre les choses à plat et repartir sur quelque chose de nouveau. Servette et Lausanne ont connu la Challenge League, ils n’en sont pas morts, au contraire.»

Georges Brégy: «Sur le terrain, je ne vois personne»

«Le problème, c’est que le président change l’équipe tous les six mois, sans même en discuter avec l’entraîneur. Le pire, c’est qu’il n’achète pas des joueurs qui évoluent aux postes où il en aurait besoin - cela fait des années que Sion a besoin de quelqu’un en défense centrale. Et qui dirige le jeu? Personne. Qui marque des buts? Personne. Christian Constantin est allé chercher Guillaume Hoarau, qui était déjà souvent blessé la saison dernière avec YB, sans qu’on sache s’il était vraiment blessé. Uldrikis, il se bat au moins, mais c’est tout. Et à côté de ça, il y a tous ces Brésiliens, dont aucun n’est bon. Désolé d’être aussi dur mais sur le terrain, je ne vois personne au FC Sion.

»Ce club doit être en Super League et c’est clair que j’y crois encore, parce que la fierté est toujours là. Maintenant, il va falloir faire preuve de volonté, d’orgueil, d’engagement. Du coup, c’est la question que je me pose: jusqu’où les joueurs sont-ils prêts à donner d’eux-mêmes pour s’en sortir? Nous à l’époque, on était fiers de jouer pour le FC Sion, de porter ce maillot. Ce n’est plus le cas. Mais bon, on va voir ça dimanche à Vaduz. Bien sûr que je vais regarder le match, comme presque tous les autres. Et quand je m’énerve trop devant ma télé, je zappe.»

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