Porrentruy (JU): «Je n’imagine pas des barbelés autour de la piscine»
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Porrentruy (JU)«Je n’imagine pas des barbelés autour de la piscine»

Pour le maire de Porrentruy Gabriel Voirol (PLR), la fermeture des bassins de natation aux non-résidents est une mesure qui a porté ses fruits. Rencontre au bord de l’eau.

par
Vincent Donzé
Le maire Gabriel Voirol (PLR) à la piscine de Porrentruy (JU), rouverte officiellement aux travailleurs frontaliers.

Le maire Gabriel Voirol (PLR) à la piscine de Porrentruy (JU), rouverte officiellement aux travailleurs frontaliers.

Le matin.ch/Sebastien Anex

En interdisant l’accès de la piscine aux non-résidents pour cause de pandémie et d’incivilités, le Conseil municipal de Porrentruy a fait parler de lui jusqu’à Paris. Sa décision ne visait pas les travailleurs frontaliers, mais les perturbateurs maghrébins. Mal communiquée, la mesure a été assouplie cette semaine. Le point avec le maire de Porrentruy, Gabriel Voirol (PLR).

La fermeture de la piscine aux étrangers a-t-elle porté ses fruits?

«On aime la piscine telle qu’elle est aujourd’hui, avec des gens souriant qui respectent les règles d’usage. Malheureusement, notre mesure a eu un impact sur les familles françaises, qui sont les bienvenues. Une piscine protégée par des chiens policiers et des gardiens en nombre, telle que je le vois de l’autre côté de la frontière, ce n’est l’endroit rêvé pour passer un week-end. Je n’imagine pas des barbelés autour de la piscine».

En quoi votre mesure était-elle liée à la pandémie?

«On aurait dû appeler un chat un chat, mais les incivilités ont un impact sur le potentiel de propagation du virus, qui se transmet par des goulettes. Or, dans le toboggan où personne ne porte un masque, cracher, hurler et bloquer les jeunes utilisateurs présente un risque. On poussait, on bousculait: ça générait de l’inquiétude chez les parents».

On en a parlé jusqu’à…

«…jusqu’à Paris! J’ai eu RMC, RTL, CNews. Avec un grand étonnement, on constate que les Français qui se sont exprimés étaient favorables à la prise de position de la mairie. On nous dit: «Vous avez raison de faire quelque chose: dans certaines régions de France, ça devient compliqué».».

Si vous avez tout fait juste, pourquoi rétropédaler?

«On n’a pas rétropédalé! On a confirmé une décision d’urgence en l’assouplissant en faveur des étrangers logés chez l’habitant et ceux qui paient leurs impôts en Suisse et qui financent les infrastructures».

N’y avait-il pas d’autres solutions?

«On s’est aussi posé la question des tarifs différenciés, mais cet aspect sera examiné ultérieurement. C’est une piste qui ne résout pas tous les problèmes».

Les travailleurs frontaliers peuvent-ils venir avec leur famille?

«Avec femme et enfants, oui! Il y a un contrôle à l’entrée, mais vous l’avez constaté, la souplesse est de rigueur. Soumis à un stress inhabituel, les caissières et les surveillants ont fait preuve de lucidité et d’intelligence. Mais si la famille comprend les cousins de mes cousins de mes cousins, non!».

Si c’était à refaire?

«On le referait, pas de gaieté de cœur, mais le but était d’assurer la tranquillité. La mesure était préventive, pas répressive: je ne voulais pas annoncer à des parents que leur enfant avait été blessé. Mission accomplie: personne ne peut prétendre le contraire! On reçoit des photos de personnes qui ne venaient plus depuis dix, quinze ans».

On est proche du délit de faciès, non?

«Si quelqu’un, Suisse ou Maghrébin, met de la musique trop fort, les surveillants interviennent. On s’est montré extrêmement prudent sur ce point: le délit de faciès est sanctionnable pénalement. On a l’impression aujourd’hui que tout est calme, mais c’était une vraie poudrière!».

La Covid-19, dans tout ça?

«Les gens sont tendus, plus réactifs aux incivilités. Quand cinq ou six jeunes plongent pour taquiner une nageuse et qu’on ne retrouve pas les auteurs, les gens désertent une infrastructure construite pour eux».

Que se passait-il à Porrentruy qui ne se passait pas ailleurs?

«Quand vingt jeunes en perdition défient la police sans peur, ce n’est pas simple. De l’avis unanime, c’était de la racaille. On a dérogé à certains principes, mais les opérations de police ont démontré qu’une cinquantaine de perturbateurs avaient un casier judiciaire long comme le bras. Trois sont passés de l’autre côté de la frontière directement à la case prison».

Ne suffisait-il pas d’attendre la rentrée scolaire?

«Non! On aurait eu des incidents très graves. Là, on a rétabli la confiance avec la population et le politique».

Où est-il, le Jura pays ouvert?

«Les gens qui me connaissent savent que je ne suis absolument pas de nature discriminatoire».

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