16.11.2018 à 15:11

Tennis«Je peux vous quitter là et partir en vacances»

Zverev et Djokovic ont parlé de burn-out. La solution proposée par Federer: dire non et savoir disparaître.

von
Mathieu Aeschmann
Londres
Roger Federer a fait passer un frisson à travers les costumes des officiels de l’ATP.

Roger Federer a fait passer un frisson à travers les costumes des officiels de l’ATP.

Keystone

Chaque année à l’O2 Arena, la thématique revient avec un peu plus de force et d’honnêteté. Les joueurs sont fatigués, les visages et les jeux de jambes en témoignent.

Or au moment de passer à confesse, ils ne sont plus beaucoup à dissimuler leurs états d’âme. «En 2016, j’ai frappé un mur émotionnel», a avoué Novak Djokovic vendredi dernier. «Je ne suis pas au mieux depuis deux mois, s’est ouvert de son côté Sascha Zverev. Notre saison est trop longue, onze mois, c’est ridicule.»

Interrogé sur le sujet du burn-out, Roger Federer a jeté jeudi soir un petit froid (vite maîtrisé). Les solutions du «Maître» pour éviter la surcharge? «On peut supprimer vingt tournois au calendrier. Mais je ne suis pas certain que cela plaise aux 200 joueurs classés derrière nous. L’autre option, c’est de bien choisir ses priorités, en fonction de ce que peuvent supporter le corps et l’esprit.»

Après un petit silence, «RF» a alors utilisé une image forte pour appuyer son propos: «Vous savez, je ne suis employé par personne. Je peux me lever, maintenant, passer la porte et partir en vacances.» L’espace d’une fraction de seconde, un frisson traversa les costumes des officiels de l’ATP, réunis au pied de l’estrade. «Personne ne pourrait m’arrêter. Je suis libre. Ils ne seront pas contents. Mais j’en ai le pouvoir. Nous, les joueurs de tennis, ne sommes les employés de personne. Et je considère que c’est un immense privilège.»

«Il faut être très discipliné»

Puissante, la leçon a valeur d’avertissement pour la nouvelle génération. En 2018 encore, les deux Top 10 à avoir accumulé le plus de matches s’appellent Sascha Zverev et Dominic Thiem. Or leurs progrès dans les grands rendez-vous ne sont pas transcendants. «Vu comme le circuit est structuré, il faut être très discipliné, reprenait Roger Federer. Au sein de chaque équipe, il est capital de se demander ce qui est le mieux pour le joueur.»

Très moderne sur les questions de récupération, Novak Djokovic glissa aussi mercredi ce qui ressemble à une maxime à conserver au fond de son sac de raquettes. «Parfois, le mieux vient du moins («less is more»). C’est important de savoir s’en aller, prendre de la distance. Se déconnecter pour mieux reconnecter par la suite. C’est une philosophie.»

Ou un art de vivre. Chez Federer et Djokovic, c’est même devenu un art de gagner.

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