Témoignage - «Je refuse que l’on me réduise à mon cancer»
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Témoignage«Je refuse que l’on me réduise à mon cancer»

Touchée depuis novembre dernier, une Yverdonnoise a décidé de témoigner sur un compte Instagram spécial où elle veut montrer que l’on peut bien vivre, malgré la maladie.

par
Laurent Siebenmann
«On peut continuer à vivre, à être séduisante, à profiter des bons moments de l’existence malgré le cancer. A garder une  identité», explique Assya.

«On peut continuer à vivre, à être séduisante, à profiter des bons moments de l’existence malgré le cancer. A garder une identité», explique Assya.

lematin.ch/Sébastien Anex

Le regard est profond, volontaire et intense. Le sourire est lumineux. A voir Assya débordante d’énergie et de belle humeur, on peine à croire qu’elle se bat actuellement contre un cancer du sein. Pourtant, sa vie a bel et bien basculé en novembre dernier, après une série d’examens qui ont révélé la maladie qui la touche. Après une première série de chimiothérapies reçues toutes les trois semaines, cette Yverdonnoise très active et sportive de 44 ans vient d’entamer la seconde partie de son traitement, avec une injection hebdomadaire.

Qu’à cela ne tienne, Assya a décidé de vivre normalement. Et refuse catégoriquement d’être réduite à son cancer, d’inspirer de la pitié. Mieux: afin de partager son quotidien, son expérience, ses idées pour se sentir bien, de montrer comment elle surmonte les tracas liés à son traitement et de témoigner que, oui, malgré la maladie, elle continue à jouir de l’existence sourire aux lèvres, la jeune femme a créé un compte Instagram dédié à son cancer où elle se raconte dans des mini-vidéos.

- Quel but souhaitez-vous atteindre avec votre démarche?

Je me suis demandé ce que je pouvais faire, à mon niveau, pour rendre la perception du cancer du sein plus humaine et plus sexy. (Elle sourit.) Ma démarche n’est pas du tout médicale, évidemment. L’idée est de parler du bien-être du malade, que l’on peut rester serein malgré les circonstances. Comment rendre cette parenthèse la plus agréable possible, au fond? C’est mon expérience. Il existe beaucoup de sites qui expliquent la maladie et la prise en charge médicale. Mais finalement assez peu qui parlent de la vie de tous les jours d’une femme atteinte par cette maladie.

- On peut vous voir chez vous, aller suivre votre traitement ou dans vos lieux de vie préférés.

Oui, dès le premier jour, j’ai eu la volonté de ne pas être réduite à ce cancer du sein. C’est cela que je veux montrer. On peut continuer à vivre, à être séduisante, à profiter des bons moments de l’existence. A garder une identité, finalement. Et je veux échanger avec les internautes. Ça marche car je reçois beaucoup de messages. C’est chaleureux. Mon salon est même de plus en plus fleuri. (Elle rit.) J’ai envie de soigner l’image du cancer.

- Comment faites-vous pour avoir cette énergie?

Je profite de chaque instant et ne me projette pas au-delà de la journée. Je m’oblige, même si je suis fatiguée par le traitement, à bouger. En tant que sportive, je continue à aller marcher chaque jour, par exemple. Je me fais du bien en allant me faire masser, en suivant une séance d’acupuncture. Et puis je m’efforce de rester féminine, avec un joli maquillage. Je porte une perruque dont j’ai fait finaliser la coupe afin que je me sente bien, qu’elle me corresponde. Ce sont des détails mais je vous assure que cela apporte du bien-être. Je suis malade mais j’ai le droit d’être bien dans ma peau.

Assya explique sa démarche sur Instagram: «J’aimerais que les gens qui se posent des questions sur la vie que l’on peut avoir quand on a le cancer puissent partager mon expérience.»

Assya explique sa démarche sur Instagram: «J’aimerais que les gens qui se posent des questions sur la vie que l’on peut avoir quand on a le cancer puissent partager mon expérience

lematin.ch/Sébastien Anex


- Il n’empêche que d’apprendre être atteinte par un cancer du sein a été forcément un choc?

Cela a été un coup de massue, même si je sentais cette grosseur dans mon sein depuis quelques mois. Pendant la mammographie, j’ai tout de suite senti dans le regard des gens autour de moi que quelque chose n’allait pas. Lors de l’ultra-son qui a suivi, j’essayais de plaisanter avec la technicienne. Mais elle était très concentrée… Ensuite, le protocole a été très vite lancé car mon cancer est agressif. Je salue le travail de ma gynécologue qui a été super. Elle m’a tout expliqué en détail, s’est occupée de tout et ne m’a pas lâché une seconde. Dans l’état de stress où j’étais, ça m’a beaucoup aidée d’être prise en charge aussi vite et bien.

- Vous semblez si sereine. N’avez-vous pas eu peur?

Dans la tête des gens, cancer = danger = mort. Pourtant, on peut en guérir! Evidemment, c’est une maladie qui touche très fort, émotionnellement. Mais j’ai un rapport serein avec la mort. J’ai accepté ma situation. En revanche, je n’ai pas envie de souffrir. C’est une de mes peurs. L’autre angoisse a été d’avouer ma maladie à ma fille de 14 ans. J’ai soigné cette annonce, une fois tous les éléments en main. Sa réponse a été très émouvante: «Si tu décides de ne pas te battre et de ne pas te soigner, je t’en voudrai. Maintenant, si tu dois t’en aller, ça sera dur... Mais tu m’as donné le meilleur, alors tu pourras partir sereine.»

- Ce cancer a-t-il déjà changé votre personnalité?

Il y a de fortes chances que je change beaucoup et que ma vie d’aujourd’hui ne me corresponde plus, après la fin du traitement. Je ne sais pas ce que je ferai dans quelques mois. C’est la grande question. Je constate que je suis devenue plus zen, je lâche prise plus facilement, vais à l’essentiel. Franchement, si je ne retiens rien de cette expérience, c’est que ça n’en valait pas la peine. (Elle sourit.)

- Comment votre entourage vit-il votre cancer du sein?

Mon compagnon a été presque plus perdu que moi. Il a pris un ouragan en plein visage. Voir la femme qui partage ses jours atteinte dans sa santé, c’est dur. Mais il faut communiquer. Plus on le fait, mieux ça va. Il est disponible, à mon écoute. Et je ne veux surtout pas qu’il ait pitié de moi, même si cette maladie a chamboulé notre vie. J’ai aussi la chance d’être bien entourée par ma famille, mes amies. Ces dernières ont été là, très présentes, au début de mon traitement, quand j’étais fatiguée par les produits que l’on m’a injectés.

- Votre compte Instagram a-t-il aussi un but de sensibilisation?

Bien sûr. Il faut que les femmes et les hommes se fassent régulièrement examiner. La prévention, c’est très important. Une femme sur dix est victime d’un cancer du sein. D’ailleurs, j’aimerais à terme que des médecins s’expriment sur mon compte. J’aimerais aussi que les gens qui se posent des questions sur la vie que l’on peut avoir quand on a le cancer puissent partager mon expérience.


- Parler du cancer, est-ce encore tabou en 2021?

Cela fait si peur... Vous savez, j’ai la chance de vivre avec deux cultures en moi: une occidentale et l’autre marocaine. Ici, on essaie de ne pas déranger, on vit sa souffrance un peu isolée. Mon côté marocain est plus porté sur l’échange, le soutien. C’est aussi ce qui m’aide dans cette parenthèse de ma vie. Et je me dis chaque matin, en me levant, que je suis sur le chemin de la guérison. C’est tout cela que je veux aussi transmettre à travers mon compte. J’ai envie de dédramatiser le cancer du sein dont je souffre, livrer un message positif et plein de vie.

- Qu’est-ce qui, finalement, a été le plus dur pour vous, à ce stade, physiquement?

La perte de mes cheveux, parce que ma féminité a été mise à rude épreuve. (Elle sourit.) Je sais aussi que je vais devoir accepter, dans quelques mois, un nouveau corps, après l’ablation de mon sein. Je verrai le moment venu. Chaque chose en son temps, sereinement... Avant mon cancer, je faisais beaucoup de course à pied. Je devais même participer à mon premier marathon. Et bien, après une épreuve pareille où l’on se motive finalement comme un vrai sportif de compétition, je n’aurai pas besoin de coach, question détermination, le jour où je finirai par courir mes premiers 42,2 kilomètres! (Elle rit.)

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