Renaud: «Je suis sobre depuis six mois!»
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Renaud«Je suis sobre depuis six mois!»

Malgré une bronchite, il est monté sur scène avec I Muvrini ce week-end en Suisse. Confidences en coulisses samedi soir à Montreux.

par
Trinidad Barleycorn
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Laurent de Senarclens
Un grand moment du magnifique concert de Montreux: la complicité entre Jean-François Bernardini et Renaud a encore sublimé les titres.

Un grand moment du magnifique concert de Montreux: la complicité entre Jean-François Bernardini et Renaud a encore sublimé les titres.

Laurent de Senarclens
A la fin, ils ont déployé un «C'est maintenant que tout commence», en référence à l'urgence de s'engager pour le climat.

A la fin, ils ont déployé un «C'est maintenant que tout commence», en référence à l'urgence de s'engager pour le climat.

Laurent de Senarclens

Sa frange blonde a légèrement cédé la place au gris, ses poches sous les yeux trahissent des années de lutte contre ses démons, son pas est parfois hésitant, mais Renaud, 63 ans, est «toujours debout», du nom de son tout nouveau single, et l’a encore prouvé samedi soir à Montreux. Invité sur scène par ses amis du groupe I Muvrini pour deux chansons, Renaud a hypnotisé la salle. L’aura de la légende n’a pas faibli d’un iota. Ni son humilité. De ses yeux azur, face à l’audience debout, il semble dire: «Je ne mérite pas tout ça.» Et pourtant: son duo avec les frères Bernardini sur «La ballade nord-irlandaise» met le public en transe. Ils enchaînent avec un «Mistral gagnant» à donner la chair de poule. L’émotion est à son comble. On s’assoirait bien «cinq minutes sur un banc» avec lui, pour «parler du bon temps» à venir: son album «Renaud», le 8 avril, et sa tournée «Phénix», qui s’arrêtera notamment le 26 janvier 2017 à Genève.

Il s’est mis au sport

La nouvelle de la venue de Renaud à Montreux avait été divulguée par la star elle-même sur Facebook quelques heures avant le concert. Il avait déjà chanté avec I Muvrini le 7 mars à Lyon et devait aussi se produire avec eux hier soir à Yverdon. Pourtant, lorsqu’il s’avance sur la scène du Stravinski plein à craquer, la surprise est de taille pour beaucoup. Car Jean-François Bernardini avait plaisanté peu avant: «Renaud devait être là, mais une bronchite l’en a empêché.» Derrière le rideau, durant le concert, on l’avait aperçu, assis, cigarette à la bouche. «Et pas qu’une!» nous confiera Renaud, après le concert exceptionnel d’I Muvrini de plus de deux heures trente. «J’en fume quarante par jour, hélas. J’avais réduit à quinze mais je suis vite remonté. Je suis toujours esclave, victime, de l’industrie du tabac», soupire-t-il.

Tant pis, il a une autre grande raison de se réjouir: «Le 21 mars, cela fait exactement six mois que je suis sobre. Six mois sans une goutte d’alcool! Rien!» Monsieur Renard est bien parti, laissant sa place à Renaud le Phénix. Dans le livre d’or du Stravinski, il écrit pour son ami Jean-François Bernardini: «Merci fratellu caru! Amitiés, Renaud.» Avec le sigle de l’anarchie en guise d’A majuscule. On ne le change pas. Et c’est tant mieux. Il a vendu plus de 20 millions de disques, mais ce qui frappe d’abord chez Renaud, c’est la gentillesse avec laquelle il nous accueille. Et sa simplicité: «Pourquoi j’ai un T-shirt avec le drapeau américain? Je ne suis pas un homme-sandwich, je l’ai choisi au hasard aux Galeries Lafayette. J’aimais bien les couleurs.» Comment se prépare-t-il à la sortie imminente de son album? «Avec la crainte des interviews, de la promotion, des télés, des radios, de la presse…» Il nous sourit. «Je me prépare en chauffant ma voix, pour monter d’un demi-ton. En faisant un peu de gym, du vélo d’appartement. Enfin, Jean-François m’a offert un vélo d’appartement, mais je ne l’ai pas encore utilisé. Il est à Paris. Il m’attend.»

Cette relation avec les Bernardini est de ces amitiés solides qu’aime le Parisien: «C’est un lien d’amour, un lien très fort qui nous unit. L’amour de la Corse, du peuple corse, l’amour de cette langue qui est en train de disparaître, de s’éteindre.» Une langue dont il ne connaît que «quelques mots», mais qui le transperce à chaque fois au cœur, lorsqu’il entend ses amis chanter. «On s’est rencontrés après un de leurs concerts il y a quinze ans. J’étais sous le charme. Depuis on reste en contact régulièrement, on s’écrit des mails, des textos. Ils m’ont invité à venir chanter avec eux en Suisse, et j’ai accepté malgré cette bronchite qui m’a terrassé pendant quinze jours. Alors j’avais des oreil­lettes pour caler ma voix. On ne remarquait rien?» Rien! «C’était un moment magique pour moi.» Et admiratif: «C’est le plus grand groupe de rock du monde! Je comprends qu’ils aient fait un duo avec Sting.»

«Une sincerité désarmante»

Jean-François Bernardini, fondateur avec son frère Alain du groupe au sein duquel chante aussi Stéphane Mangiantini, nous détaille leur amitié: «Entre ses textes et notre parcours, il y a un dénominateur commun énorme», explique celui qui s’engage pour la non-violence en donnant des conférences. Lundi, il sera dans ce but à Peseux, puis à Moutier. Le Corse poursuit: «Renaud n’est pas un amuseur public. C’est un chanteur qui a des tripes, qui n’a jamais sa conscience au repos. Il est d’une sincérité désarmante. Pour monter sur scène avec une bronchite, il faut avoir du cœur. Il accompagne aussi la Fondation Umani. Sa simplicité, c’est rare. Ce n’est pas showbiz.»

Avant de prendre congé, Renaud nous demande: «Je trouverai «Le Matin» lundi à Yverdon pour voir votre article?» Quant à nous, on se réjouit de le voir le 10 avril sur le plateau de «Vivement dimanche» puis dans «30 millions d’amis». Il explique: «J’ai un chien et un chat. L’espèce animale, qu’on maltraite, me touche infiniment.»

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