Actualisé 02.10.2019 à 17:22

Exit«Je suis surpris d'entendre que c'est courant chez les médecins»

Dans les suites de l'affaire Mathez, le coprésident d'Exit, Jean-Jacques Bise, constate que les médecins ne craignent plus de dire qu'ils «pressent plus fort sur la seringue». Pour lui, il est temps de modifier la loi fédérale.

von
Eric Felley
Coprésident d'Exit Suisse romande (Association pour le droit de mourir dans la dignité), Jean-Jacques Bise estime que le cas du médecin vaudois appelle à une modification du Code pénal. Il en appelle aux futurs parlementaires.

Coprésident d'Exit Suisse romande (Association pour le droit de mourir dans la dignité), Jean-Jacques Bise estime que le cas du médecin vaudois appelle à une modification du Code pénal. Il en appelle aux futurs parlementaires.

Exit/DR

«Dès le début de cette procédure, en 2015, nous avions pris contact avec M. Mathez. Tout de suite, j'ai perçu que ce médecin avait agi en toute conscience avec l'éthique médicale». Jean-Jacques Bise, coprésident d'Exit Suisse romande, est soulagé par le verdict rendu lundi dans l'affaire du médecin Christian Mathez: «Même si je dirais, entre guillemets, qu'il a agi maladroitement. En tant que personne, j'étais effrayé à l'idée qu'il puisse être condamné à cinq ans de prison».

Pas de conséquence pour Exit

Pour le président d'Exit, le cas du médecin n'est en rien comparable à ce que propose son association: «Il faut bien distinguer l'assistance au suicide et l'euthanasie active directe. Ce jugement n'a pas de conséquence sur notre pratique». Rappelons qu'en 2018, Exit Suisse romande a procédé à 299 assistances. Actuellement, environ 29 000 personnes en sont membres.

Un cas qui délie les langues

Pour lui, cette affaire a soudain délié les langues: «J'ai été surpris d'entendre sur la RTS, mardi, le médecin Pierre-Yves Rodondi admettre qu'il avait aidé des patients à mourir en «pressant plus fort sur la seringue», tout comme la conseillère nationale et médecin Brigitte Crottat (PS/VD). Tous deux ont fait la différence entre la pratique dans le milieu hospitalier, où cela semble courant, et dans le cadre privé où c'est plus délicat.»

Tout le monde le fait

Le premier a admis qu'il se savait en délicatesse avec la loi, mais qu'il était toujours en accord avec la famille et les proches. Pour Jean-Jacques Bise, c'est l'occasion de sortir d'une situation où tout le monde le fait, mais sans le dire: «A mon avis, les médecins devraient tous avoir aujourd'hui une formation sur la fin de vie en milieu médicalisé. Mon prédécesseur, Jérôme Sobel, avait déjà fait cette proposition, mais il n'a pas été entendu».

Compléter la loi fédérale

Pour clarifier la situation des médecins, il suffirait de compléter la loi. Lors de ces élections fédérales, Exit a envoyé à 570 candidats et candidates une lettre de positionnement. Cette missive évoque le cas de Christian Mathez où il est rappelé qu'en Suisse: «L'euthanasie (active directe) est proscrite. L'article 114 de notre Code pénal dispose en effet que la personne qui commet un «meurtre sur la demande de la victime» sera puni d'une peine privative de liberté ou d'une peine pécuniaire.»

Des candidats largement favorables

Pour l'association, il s'agirait d'ajouter un alinéa à cet article: «Si l'auteur a donné la mort à une personne atteinte dans sa santé d'une manière incurable et se trouvant en phase terminale, cela dans le dessein de mettre fin à des souffrances insupportables et irrémédiables, l'autorité compétente renoncera à le poursuivre, à le renvoyer devant le tribunal ou à lui infliger une peine». Sur les 91 réponses reçues par Exit, 88 sont favorables à ce texte.

Pour l'instant, depuis une vingtaine d'années à Berne, toutes les tentatives de légiférer sur cette question n'ont pas abouti. Peut-être que la prochaine législature sera la bonne.

Eric Felley

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