Carnet noir - Jean-Jacques Beineix, réalisateur de «37°2 le matin», s’est éteint
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Carnet noirJean-Jacques Beineix, réalisateur de «37°2 le matin», s’est éteint

Le cinéaste français est mort des suites d’une longue maladie, a annoncé vendredi sa famille. Il avait 75 ans.

Jean-Jacques Beineix s’était fait connaître du public avec «Diva» et surtout «37°2 le matin», film culte du cinéma français.

Jean-Jacques Beineix s’était fait connaître du public avec «Diva» et surtout «37°2 le matin», film culte du cinéma français.

AFP

Le réalisateur Jean-Jacques Beineix, auteur du film culte «37°2 le matin», est décédé des suites d’une longue maladie jeudi à l’âge de 75 ans, ont indiqué vendredi son frère Jean-Claude, ainsi que la femme et la fille du réalisateur.

Né à Paris, Jean-Jacques Beineix entame des études de médecine avant de préparer la prestigieuse école de cinéma Idhec (aujourd’hui Femis) qu’il rate de peu. Ses premiers projets l’amènent à la publicité. Il réalisera notamment le spot antisida multidiffusé «Il ne passera pas par moi». Après plusieurs projets, il décide de quitter le milieu. «C’est bien de mettre son talent au service de causes» et la publicité, «ce n’étaient pas des causes», expliquera-t-il.

Six longs métrages

Jean-Jacques Beineix laisse derrière lui une grosse poignée de longs métrages, six en tout, après avoir aussi longuement travaillé pour le cinéma français en tant qu’assistant réalisateur. On découvre ainsi son nom dans les génériques de grosses productions populaires ou il côtoie Louis de Funès et Coluche dans «L’aile et la cuisse» et Jean-Paul Belmondo dans «L’animal» notamment.

Il débarque dans une industrie un tantinet assoupie en 1980 avec «Diva», un petit polar sans prétention, mais pour l’époque techniquement éblouissant, qui, sorti à la sauvette, à tôt fait de disparaître des écrans. Il faudra attendre une pluie de récompenses aux César pour voir le film ressortir et devenir un succès inespéré.

Devenu une valeur sûre, Jean-Jacques Beineix redouble alors d’ambition avec l’adaptation d’un polar métaphysique de David Goodis qu’il transforme en production luxueuse (pompière diront ses détracteurs), avec en tête d’affiche Gérard Depardieu, Nastassja Kinski et Victoria Abril.Échec critique et commercial, «La lune dans le caniveau » catalogue immédiatement le cinéaste dans la catégorie «Hautain, prétentieux et vain».

«La critique m’a assassiné», dira-t-il, évoquant «un traumatisme dont l’onde s’est longtemps propagée».

Beineix prend sa revanche sur l’adversité en rebondissant avec «37°2 le matin» qui marque l’arrivée fracassante de Béatrice Dalle dans la scène d’amour sulfureuse qui ouvre le film (et qui lui collera longtemps à la peau). Ce conte de la passion et de la folie attire de nombreux spectateurs dans les salles.

Nommé à neuf reprises aux César, «37°2 le matin» fut nommé à l’Oscar du meilleur film étranger.

Suite d’échecs

Le réalisateur vivra un nouvel échec en 1989 avec «Roselyne et les lions», une histoire de saltimbanques inspirée d’une histoire vraie, puis un demi-échec en 1992 avec «IP5», film initiatique qu’il considérait comme son «meilleur» et le dernier de la star française Yves Montand, mort à la fin du tournage.

En 2001, le thriller psychanalytique «Mortel Transfert» n’est pas mieux accueilli. Un gouffre financier pour le réalisateur, «ruiné».

Espace de liberté

Le public n’adhère pas à ce film tout en second degré dans l’esprit de son réalisateur. «C’est un film qui a beaucoup plu en Russie, les Russes ont hurlé de rire, aux États-Unis également», affirmait Beineix, regrettant qu’au pays de Lacan, on n’ait pas fait preuve du même sens de l’humour.

Ce sera le dernier long-métrage de Beineix, qui ne tournera plus que des documentaires, sous la bannière de sa société de production, Cargos Films.

«Le documentaire privilégie le sujet, l’individu et la vérité», soulignait cet homme sujet à «la dépression et l’anxiété».

Théâtre et littérature

Beineix fait également une incursion remarquée au théâtre, avec sa pièce sur Kiki de Montparnasse, égérie des plus grands peintres de son temps, et plonge dans la littérature avec un roman, Toboggan, «sur la chute d’un personnage qui a perdu la foi en l’humanité».

Autobiographie déguisée ? Il disait avoir été mis de côté, au cinéma. «Le roman, c’est le seul endroit de liberté qui me reste», confiait-il.

(AFP)

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