Jean-Marc Richard: «Le candidat suisse est très authentique»
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Eurovision à TurinJean-Marc Richard: «Le candidat suisse est très authentique»

Marius Bear va tenter de se qualifier ce soir pour la finale du concours. Le présentateur pense qu’il a ses chances et se confie sur cette édition «particulière».

par
Fabio Dell'Anna, Turin
Pour représenter la Suisse l’année prochaine, Jean-Marc Richard verrait bien une chanson en français. «On doit affirmer les langues dans notre pays», dit-il.

Pour représenter la Suisse l’année prochaine, Jean-Marc Richard verrait bien une chanson en français. «On doit affirmer les langues dans notre pays», dit-il.

RTS / Philippe Christin

«Trente-et-un ans que j’anime l’Eurovision. C’est un record au sein du concours», nous dit fièrement Jean-Marc Richard dès son arrivée dans la salle de presse. Le présentateur de la RTS est arrivé à Turin la semaine dernière pour la 66e édition du Concours européen de la chanson, qui s’annonce déjà comme l’une des plus politisées de l’histoire. Un contexte qui désole un peu le commentateur trouvant. Pour lui, l’Ukraine est surmédiatisée, alors que «d’autres pays ont aussi des chansons de qualité, voire meilleures». Il pense notamment à la Grande-Bretagne et les Pays-Bas qui le touchent particulièrement.

Et la Suisse? Il trouve Marius Bear, notre candidat, «authentique» et ne tarit pas d’éloges à son égard. Va-t-il se qualifier pour la finale? La demi-finale est à suivre en live sur lematin.ch ou sur RTS2 ce mardi 10 mai dès 21h. Jean-Marc Richard y sera en compagnie de son fidèle acolyte Nicolas Tanner. Ils seront rejoints samedi par le candidat suisse de l’an dernier, Gjon’s tears.

Quel est votre avis sur la chanson de Marius Bear?

Je l’aime beaucoup. Elle me touche pour plein de raisons différentes. D’abord, je trouve que Marius est quelqu’un de complètement authentique. Et l’authenticité au sein de l’Eurovision, ce n’est pas ce qu’il y a de plus répandu. Il y a quand même un petit côté show, on joue un peu sur l’apparence et certains en font trop. Ensuite, j’adore le thème de la chanson «Boys Do Cry» (ndlr.: les garçons pleurent aussi). C’est hyperimportant de parler du harcèlement scolaire. Il raconte parfaitement ce qu’il a vécu, comment il a perçu le regard des autres et de quelle manière il a réussi à se construire.

C’est une ballade. Un bon choix?

Je suis dans une période de ma vie où j’ai besoin de ballades, de quelque chose de plus calme et introspectif. À titre personnel, je pense qu’il s’agit d’un bon choix et d’une des plus belles prestations de la soirée. La chorégraphe Sacha Jean-Baptiste a fait un scénique original. Pour beaucoup d’artistes, il y a une vraie différence entre ce que l’on a vu dans la vidéo et ce que l’on va voir sur scène. Cela part parfois dans tous les sens et on perd l’essence même de la chanson. Au milieu de tout ça, il y a Marius qui est fidèle à lui-même.

Vous en parlez si positivement que l’on pourrait croire à la victoire.

Il ne faut pas rêver, on ne va pas gagner l’Eurovision cette année. Je ne sais pas qui va gagner le concours d’ailleurs. À part l’Ukraine… Je pense que la Suisse peut passer en finale, alors que beaucoup de fans ne la voient pas aller plus loin ce soir. Elle clive beaucoup plus que le morceau de Gjon’s tears «Tout l’univers» qui faisait l’unanimité. Mais, scéniquement parlant, vous verrez c’est très fort.

Quels sont les points faibles de Marius Bear?

Pas sa personnalité, en tout cas. Il est tel qui l’est, il a ce côté appenzellois bien présent. Par contre, sa chanson a un petit côté Disney qui me dérange. J’ai suivi toutes les sélections et écouté toutes les chansons. Certains titres étaient aussi bons que celui de Marius Bear. Pendant les 40 premières secondes, on part dans un univers. Ensuite, j’ai l’impression de me perdre pour aller vers quelque chose de plus Hollywood. Quand mon fils a écouté le morceau, il m’a dit: «Ce serait une très belle chanson pour Noël pour la Coop.» Il exagère un petit peu. Ce serait une belle chanson de Noël, mais plutôt pour un film avec Hugh Grant.

Marius Bear a commenté être convaincu d’aller en finale. Qu’en pensez-vous?

Je n’en suis pas 100% certain. Mais plus on avance dans les répétitions, plus je vois le scénique, plus je me dis que ce serait assez injuste de ne pas y accéder. Si on se qualifie ce soir, on sera certainement entre la 8e et la 10e place (ndlr.: seulement dix pays de la première demi-finale sont sélectionnés pour la finale). Très souvent les Suisses ont été placés juste 11e ou 12e. On y croit, mais il ne faut pas oublier que nous sommes dans une année particulière à l’Eurovision.

«Quand mon fils a écouté la chanson de Marius Bear, il m’a dit: «Ce serait une très belle chanson pour Noël pour la Coop.» Il exagère un petit peu. Ce serait une belle chanson de Noël, mais plutôt pour un film avec Hugh Grant.»

Jean-Marc Richard, présentateur romand de l’Eurovision

C’est-à-dire?

Dans la même demi-finale ce soir, il y a l’Ukraine. La presse et les médias ne parlent que de ça. C’est très bien de le mentionner, c’est normal. Mais il n’y a pas que ça à l’Eurovision. Il y a un message de paix universel qui ne repose pas que sur la présence de l’Ukraine, mais aussi sur toutes ces nations qui sont ensemble. Sauf que cette année l’Europe est en guerre et quand l’Ukraine monte sur scène, il y a une vraie émotion.

Justement, que pensez-vous de la chanson ukrainienne?

Elle est touchante. Mais, chez les fans, elle ne se trouve même pas dans les dix premières places. Le titre est largement favori du côté des parieurs car tout le monde pense que l’Ukraine a ses chances. Je le pense aussi, d’ailleurs. S’il y a un vote énorme de la part du public (ndlr: le vote du public compte pour 50% du résultat final), même avec un jury moins enthousiaste, elle finira sur la première marche du podium. Mais je le rappelle, cette année il y a d’autres candidats qui méritent aussi d’être mis en valeur.

Quel morceau vous touche particulièrement?

Il y en a beaucoup. Je constate que, cette année, on retrouve de nombreux textes qui parlent de reconstruction, d’introspection et de résilience. Je pense notamment à la Néerlandaise, une jeune fille bipolaire qui a fait plusieurs tentatives de suicides. Malgré tout, elle est sur scène pour nous montrer cette fragilité. C’est très fort.

Qui pourrait remporter l’Eurovision?

Ce n’est pas mon style particulièrement, mais la performance de l’Espagne est incroyable. Je préfère le hard rock de la Finlande, mais elle n’est pas dans les favoris. (Rires.) La Grèce est à découvrir, la Suède a aussi toutes ses chances. Parlons aussi de l’Italie, dont la dernière répétition était mieux que ce l’on n’a pu voir depuis le début. Pour finir, la Grande-Bretagne peut vraiment concurrencer l’Ukraine sur un point de vue musical.

Qui faudrait-il envoyer l’an prochain pour espérer ramener le trophée en Suisse?

Pas qui, mais plutôt quelle chanson. Nous avons des artistes qui sont dans le même univers qu’Angèle. Un style peu pratiqué à l’Eurovision. Je vais faire aussi un petit cocorico: je pense que l’on doit repartir avec un texte en français. On doit affirmer les langues dans notre pays. On pourrait peut-être aussi avoir des rappeurs suisses allemands. Je pense notamment à Bligg que je trouve incroyable. Mais je reste persuadé que le français nous va mieux.

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