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ParfumsJean-Paul Guerlain jugé pour ses propos sur les «nègres»

Jean-Paul Guerlain, descendant du fondateur de la célèbre maison de parfums Guerlain, comparaîtra jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour injure raciale.

A Paris, plus d'une centaine de personnes manifestaient devant la boutique Guerlain des Champs-Elysées, le 23 puis le 30 octobre 2010.

A Paris, plus d'une centaine de personnes manifestaient devant la boutique Guerlain des Champs-Elysées, le 23 puis le 30 octobre 2010.

AFP

Selon Me Basile Ader, l'un de ses avocats, Jean-Paul Guerlain sera présent à l'audience. Interrogé dans un journal télévisé de France 2, le 15 octobre 2010, sur la création du parfum Samsara, le septuagénaire avait répondu: «Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin...».

Les réactions n'avaient pas tardé. D'abord sur Twitter où étaient dénoncés des «relents de racisme colonial» chez Jean-Paul Guerlain, «Guerlain le parfumeur... qui pue» ou «les effluves nauséabondes de M. Guerlain». L'ancien «nez» de Guerlain avait alors présenté ses excuses «à tous ceux qui ont pu être blessés par les propos choquants qu'(il a) tenus».

Recrudescence de racisme

Des propos qui selon lui «ne reflètent en aucun cas (sa) pensée profonde, mais relèvent d'un dérapage hors de propos». Ces excuses n'avaient pas suffi à étouffer la controverse. Pas plus qu'elles n'avaient dissuadé de porter plainte SOS Racisme, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) ou encore l'association Noir et Fier.

A Paris, plus d'une centaine de personnes manifestaient devant la boutique Guerlain des Champs-Elysées, le 23 puis le 30 octobre 2010. Sur les pancartes, une phrase célèbre d'Aimé Césaire: «Le nègre vous emmerde». Le Conseil supérieur de l'Audiovisuel, de son côté, adressait une mise en demeure à France 2 pour «non-maîtrise de son antenne».

La polémique avait traversé l'Atlantique, plusieurs militants de la cause noire se disant choqués. Al Sharpton, ancien postulant à la candidature lors de l'élection présidentielle américaine de 2004, avait ainsi estimé que «le fait que Jean-Paul Guerlain se soit senti suffisamment à l'aise pour utiliser le mot nègre en public, associé au fait qu'un récent rapport de l'ONU a montré que le racisme est en hausse en France, illustre la profondeur du racisme, non seulement en France mais dans toute l'Europe».

Appel au boycott

Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) avait menacé d'appeler au boycott des produits Guerlain à travers le monde. Menace qu'Elie Domota, leader du LKP, collectif de syndicats, associations et partis guadeloupéens avait mise à exécution, en appelant tous les «nègres et descendants de nègres» à «ne plus acheter un seul parfum de la marque Guerlain.»

«Ces atteintes à la dignité se multiplient à tous les niveaux, dans les stades, au travail, dans la vie quotidienne. Sans réaction, la banalisation de ces actes laisseront la porte ouverte à toutes les dérives comme cela s'est déjà produit en France et ailleurs», avait mis en garde le leader antillais.

Soucieuse d'éteindre la controverse, la direction de Guerlain s'était empressée de qualifier ces propos d'«inadmissibles», rappelant que «Jean-Paul Guerlain, âgé de 73 ans, n'est plus actionnaire de Guerlain depuis 1996. Il n'en est plus le salarié depuis 2002». En décembre, elle avait reçu le «collectif anti-négrophobie», composé d'activistes français et américains et s'était engagée à ne plus faire appel à Jean-Paul Guerlain pour ses parfums. Guerlain et le groupe LVMH avaient aussi promis de mener des actions de mécénat contre le racisme en France.

(AFP)

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