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InterviewJean Reno et Michaël Youn dans «Comme un chef»

Réunis pour la première fois à l'écran dans ce «film culinaire», les deux comédiens se disent prêts à remettre le couvert.

par
Cathy Trograncic

Prenez Jean Reno, dans le rôle d'un grand chef de renommée internationale en panne d'inspiration. Adjoignez-y quelques financiers prêts à tout pour lui voler son nom et son restaurant. Laissez mijoter, puis ajoutez Michaël Youn, campant un cuisinier ultradoué mais en manque de mentor pour révéler son talent. Mélangez le tout, sous la baguette de Daniel Cohen et vous obtenez «Comme un chef», comédie populaire à la française, dans la droite lignée de «L'aile ou la cuisse» (1976). Alors que la déferlante culinaire galvanise le petit écran, le cinéma avait été curieusement épargné par cette thématique. La tendance se fait néanmoins jour, notamment à la Berlinale et sa section «Culinary Cinema», dans laquelle était présenté «Comme un chef». L'occasion de tailler une bavette avec ce duo inédit d'acteurs, qui se déclarent prêts à remettre le couvert. Comme ils nous l'ont confié.

Jean Reno, incarner un grand chef, vous qui êtes un fin gourmet, était-ce une évidence?

J'aime effectivement beaucoup la nourriture. Surtout sa partie artistique. Donc, ce film m'a permis de célébrer ces chefs, qui sont de grands maîtres. Il y a un côté généreux à la cuisine. On peut séduire quelqu'un en lui préparant un repas. J'ai relu récemment une correspondance de Groucho Marx, lorsqu'il s'est retiré à Los Angeles. Il disait toujours: «Si vous passez par chez moi, venez donc partager un repas.»

Quel regard portez-vous sur l'aspect financier: la course aux étoiles ou ces chefs qui sont «rachetés» par des grands groupes internationaux?

C'est un phénomène qui s'est surtout développé au cours des quinze dernières années. Des investisseurs finissent par flatter l'ego de ces grands cuisiniers et les convainquent d'ouvrir trois ou quatre restaurants, à Hongkong, Singapour, Shanghai… Quand on est un chef talentueux et que l'on vous invite à monter à Las Vegas, par exemple, une table «comme vous savez le faire à Paris», la proposition est tentante. Et personne n'est parfait. Moi, je serai toujours du côté des chefs. J'en connais un paquet, que j'ai rencontrés sur la route, lors de mes nombreuses tournées théâtrales. Ce sont avant tout des hommes passionnés. Ils font ça pour partager leur savoir-faire. C'est vrai que certains se développent à outrance et n'arrivent plus à maîtriser ce qui leur arrive. Mais l'appât du gain n'est jamais leur motivation première. Je n'arrive pas à le croire.

La passion est aussi ce qui anime votre personnage, Michaël?

Au départ, Jacky est un «cuisinier du dimanche». Sauf que le dimanche, c'est tous les jours pour lui… Cuisiner, c'est sa passion. Mais il n'a jamais vraiment réussi à trouver le cadre pour exprimer son talent. Il y a des échelons à gravir dans la gastronomie. Il faut commencer tout en bas puis monter progressivement. Cela dit, avant de découvrir son style, avant de passer par la phase création, on a toujours besoin de s'inspirer du travail des autres. Et c'est aussi ce qui se passe dans le métier de comédien. Au contact de Jean, j'ai impression d'avoir gagné une ou deux années. Grâce à tout son vécu, j'ai pu entrevoir la route sans être obligé d'aller sur les bas-côtés.

On connaît votre côté borderline. Là, vous êtes assez normal.

Contrairement à vous, je connais bien ma filmographie. (Rires.) Donc, je sais que j'ai déjà eu d'autres rôles «normaux». Mais quand on a un clou, il faut l'enfoncer jusqu'au bout. Que je sois adulé ou détesté, je sais que j'ai une singularité et il faut que je la cultive. C'est vrai que là où je m'exprime le mieux, c'est dans quelque chose de plus exubérant, de plus transgressif. Et effectivement, parfois la peinture peut faire un peu mal aux yeux. Mais comme le dit l'adage: «Ce qu'on te reproche, cultive-le, c'est toi!» Ce qui ne m'empêche pas d'être heureux d'avoir fait ce film, qui est une comédie populaire, classique, dans le sens français du terme. Et cette rencontre avec Jean Reno a été très belle, tant sur un plan artistique qu'humain.

L'alchimie entre vous a-t-elle été immédiate?

J.?R.: Ça a d'emblée fonctionné. L'osmose a été immédiate. Beaucoup nous ont d'ailleurs dit que cette alchimie faisait des étincelles, que ce «couple» fonctionnait bien. Michaël est un acteur qui va surprendre, capable de faire plein de choses. Il en a beaucoup sous la pédale comme disait Poulidor…

M.?Y.:… Le problème c'est qu'il n'a jamais gagné… (Rires.) Mais pour continuer à verser du sucre sur la chantilly, c'est vrai que d'avoir tourné ce film avec Jean ça m'a donné des idées. Ce couple, utilisé d'une certaine façon dans le film, m'a donné envie de plus. Je vais sans doute essayer de me mettre à l'écriture d'un film pour nous deux. J'aimerais beaucoup que le personnage cinématographique qu'est Jean soit obligé de supporter le mien pendant une heure et demie, peut-être coincés dans une bagnole.

Parlons cuisine. Chez vous, qui est derrière les fourneaux?

J.?R.: Un chef vient chez moi tous les soirs de la semaine. Par contre, le week-end, ça m'arrive souvent de faire la cuisine. Ce n'est pas une corvée. Ma femme, elle aussi, aime beaucoup cuisiner. Mais elle a un gros défaut: elle en met partout. Pour faire une simple omelette, la cuisine est envahie. (Rires.) Moi, c'est le contraire, je suis très maniaque.

M. Y.: La cuisine c'est pas mal mon domaine, même si je n'aime pas trop suivre les recettes à la lettre. Un peu comme dans la vie, car je n'apprécie pas trop qu'on me dise ce que je dois ajouter ou enlever. Alors, parfois je me plante. Il suffit que je regarde la tête de ma femme ou de mes invités et je dis: «OK, la prochaine fois je le ferai différemment.» J'ai récemment déménagé et lorsque j'ai fait les travaux, au lieu de mettre le salon au milieu de la maison, j'y ai placé la cuisine, en en faisant la pièce à vivre. Car c'est toujours chaleureux et généreux ce qui se passe autour d'un fourneau. On œuvre pour les autres. Et c'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles j'ai eu envie de faire ce film. Pour moi, «Comme un chef» doit donner faim, mais aussi faim de rapports humains.

Avez-vous une recette fétiche?

M.?Y.: C'est un plat très simple qui est pourtant souvent décrié: la pissaladière. Ça vient de la région de Nice. C'est une tarte aux oignons et aux anchois. Les oignons sont presque confits. Il y a donc le mariage du très sucré et du très salé. J'adore ça! Alexandre Vauclair (Jean Reno) est un grand chef étoilé au sommet de sa gloire mais en panne d'inspiration. Jusqu'au jour où il croise le chemin du décoiffant Jacky Bonnot (Michaël Youn), un talentueux cuisinier du dimanche.

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