Automobilisme/motocyclisme - Jean Tinguely à toute vitesse
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Automobilisme/motocyclismeJean Tinguely à toute vitesse

L’exposition «A toute vitesse, Tinguely et le sport automobile» ouvre ses portes ce vendredi à Fribourg. Retour sur le parcours de ce passionné de compétition automobile.

par
Jean-Claude Schertenleib
(Fribourg)
Le Fribourgeois René Progin, ex-pilote de side-car.

Le Fribourgeois René Progin, ex-pilote de side-car.

DR

L’artiste Jean Tinguely disait: «Tous les moyens m’étaient bons pour me rendre aux courses, dans un vieux tacot, à pied, à genoux, si je le devais». Il aimait avec passion la compétition automobile. L’exposition «A toute vitesse, Tinguely et le sport automobile» s’ouvre ce vendredi 24 septembre et se tiendra jusqu’au 26 juin 2022, à l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle, à Fribourg.

Jean Tinguely était un proche de Jo Siffert, à qui il achetait des Ferrari. Il avait été fasciné, enfant, par ce qu’il avait découvert dans les forêts du Bremgarten, à Berne, lorsque la Suisse y organisait encore des Grands Prix. Il roulait vite, il rappelait aussi que, pour lui, «tout était mouvement» et ses sculptures mondialement connues sont autant d’hommage à la chose mécanique. Hommage et clins d’œil sarcastiques, parfois; ode à l’absurde, aussi. Mais, surtout, l’illustration d’une vraie passion, qui s’exprimera par son amitié indéfectible avec Siffert, dont on célèbre cette année le cinquantième anniversaire de la disparition.

L’exposition «A toute vitesse» montre notamment la lettre de félicitations que l’artiste et sa compagne Niki de Saint-Phalle avait créée après la dernière victoire de Jo, au GP d’Autriche 1971. On y découvre aussi l’illustration de son engagement, via une autre lettre, envoyée celle-ci en 1984 au Conseil fédéral, demandant à nos autorités de reprendre les courses de Formule 1 en Suisse, abandonnées dans notre pays après le grave accident survenu lors des 24 Heures du Mans, en 1955; lettre qui n’a visiblement jamais reçu de réponse. On sait en revanche que l’interdiction demeure.

L’expo se tiendra jusqu’au 26 juin 2022, à l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle, à Fribourg.

L’expo se tiendra jusqu’au 26 juin 2022, à l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle, à Fribourg.

DR

Une découverte: le side-car

En 1987, Jean Tinguely va aussi s’intéresser à un engin fascinant: le side-car de course du Fribourgeois René Progin, vice-champion d’Europe de la discipline et qui participe désormais aux GP du championnat du monde: «Mon side était exposé dans une vitrine, boulevard de Pérolles, qui était alors l’avenue la plus importante de Fribourg», se rappelle Progin. «Jean Tinguely avait été interpellé par cet engin qui ne ressemblait à rien. Il était ensuite venu nous trouver lors de l’exposition que nous organisions avec Bernard Haenggeli – un pilote fribourgeois 250 cm3 – à Matran et m’avait apporté un dessin: «Tiens, vends ça, cela te paiera les pneus pour une saison!» Je n’avais aucune idée de la valeur d’une telle œuvre et via Jo Pasquier – le fourreur de Fribourg, membre important de la «bande à Siffert -, nous avons trouvé un client qui a payé ce dessin trois fois la valeur estimée par Tinguely», ajoute l’ancien pilote.

Cette rencontre de hasard devient une amitié. Une complicité, même: «Je suis allé remercier Jean dans son atelier. Comme il était devenu du coup mon principal sponsor, j’ai estimé que c’était à lui de décider des couleurs de la carrosserie de mon side-car, comme c’est la coutume dans les sports mécaniques. Et c’est là qu’il m’a demandé, timidement, si j’acceptais qu’il peigne lui-même l’engin.»

«Ce n’est pas sérieux, ces gribouillages!»

Ce fan de compétition automobile était également sculpteur, peintre et dessinateur.

Ce fan de compétition automobile était également sculpteur, peintre et dessinateur.

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Au début de l’année suivante, lorsque René Progin arrive dans le paddock du premier GP de la saison, il s’attire les foudres de ceux qui travaillent alors à la professionnalisation du championnat du monde des courses sur route, une mue qui aura finalement raison de la plus petite des cylindrées (la classe 80 cm3, qui avait succédé à celle des 50), mais aussi, à un peu plus long terme, aux side-cars: «René, ce n’est pas sérieux ces gribouillages, on ne peut pas se permettre de présenter cela devant les caméras de la télévision!»

Ces braves rénovateurs vont néanmoins bientôt être convaincus par un article paru dans «Le Matin», un moment que René Progin n’a pas oublié: «Sous le titre: le side-car le plus cher au monde, on expliquait qui était Jean Tinguely et la cote de ses œuvres; dès que ces Messieurs ont compris de quoi il s’agissait, certains, soudainement très intéressés, ont tout fait pour tenter de s’attirer les sympathies de Jean, en lui proposant plusieurs projets», sourit l’ancien pilote.

Mais Jean Tinguely est fidèle à ceux qu’il a choisis. Quatre side-cars de René Progin seront ainsi personnalisés par l’artiste, dont celui que l’Etat de Fribourg a acheté, pour le confier à l’Espace Jean Tinguely-Niki de Saint-Phalle, où on peut donc le voir actuellement. «Le premier a été transformé en grande sculpture – le Shuttlecock –, c’est la seule pièce de sa création qui est partie d’un élément complet et que Jean a démonté; ses autres œuvres sont faites de pièces de récupération. Shuttlecok est donc unique et je me rappellerai toujours du jour où j’ai livré mon side-car dans son atelier et qu’il a commencé à le couper en morceaux à la scie.» Suivront, dès 1990, les combinaisons en kevlar créées par l’artiste. Et, surtout, une complicité qui ne se démentira jamais entre les deux hommes. Désormais, ce patrimoine fribourgeois a trouvé sa place au musée!

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