Souvenir - Jean-Yves Lafesse: sa dernière interview au «Matin»
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SouvenirJean-Yves Lafesse: sa dernière interview au «Matin»

En 2012, l’humoriste décédé ce vendredi se confiait au «Matin» à l’occasion de son passage au Lido, à Lausanne, pour son tout premier one-man-show.

Jean-Yves Lafesse dans la salle du Lido, à Lausanne, en 2012.

Jean-Yves Lafesse dans la salle du Lido, à Lausanne, en 2012.

Yvain Genevay/LMS

En février 2012, Jean-Yves Lafesse choisissait la Suisse pour bâtir le tout premier one-man-show de sa carrière. Et plus particulièrement le Lido. à Lausanne, une salle ayant depuis fermé ses portes en 2016.

Retrouvez l’interview qu’il avait alors donnée au «Matin»:

En investissant la scène, vous avez quelque chose à prouver?

Ouais, certainement. Nietzsche disait… (Silence) Bon, je joue un peu au philosophe de Prisunic, mais il a dit un truc du genre: dans la vie, il faut toujours faire ce que l’on estime ne pas être capable de faire. Attention, essayer ne veut pas dire réussir! (Il se marre) Je veux apprendre ce métier, modestement et avec le trac qui va avec.

Pourquoi si tard?

Je mûris ce projet depuis tellement longtemps! Et j’ai écrit dix mille spectacles qui ne fonctionnaient pas. Je cherchais à tout prix le moyen d’improviser de A à Z, mais c’est impossible. Putain, du jour au lendemain, je passe de la rue au théâtre alors que, pendant trente ans, mon travail a été basé sur l’absence de texte. Écrire des sketches à l’avance dans le but de faire rire un public sagement assis, c’est un exercice difficile. Je fonctionne à la vanne, je suis un sniper.

Lafesse a-t-il le droit de faire autre chose que du Lafesse?

Ah ouais, clairement. Ce ne sera pas Lafesse qu’on a connu, mais Lafesse qui apprend le métier de la scène. On m’a dit un jour que je n’étais pas un comique, mais un tragédien. Mon père était poète. J’aurai adoré faire de la poésie, mais c’est beaucoup plus facile que le rire, où tu t’exposes.

Pourquoi Lausanne?

Thomas (ndlr: Lecuyer, directeur artistique du Lido) me l’a proposé. Et je dois dire que Lausanne m’inspire. Je travaille mieux en marchant et depuis que je suis arrivé ici, je me dis que l’idéal serait de faire une balade tous les jours, attraper les idées au vol et les incorporer dans le spectacle, le soir, au milieu des saloperies déjà écrites.

Tomber dans l’oubli vous fait-il peur?

Disons qu’à un moment donné, je me suis posé des questions. Mais, tu sais, mon public s’étend aujourd’hui sur trois générations, alors j’ai moins peur de la ringardise que du temps qui passe. Si tu aimes profondément ce que tu fais et que tu restes créatif, tu ne seras jamais ringard. L’embourgeoisement est un poison pour l’artiste.

Qu’est-ce qui vous fait rire?

(Long silence) La politique. C’est terrible d’en rire, mais on ne peut pas faire autrement. Programmer le peuple par des promesses et le fidéliser par la peur c’est une grosse connerie. C’est un spectacle et on ne fait plus qu’y assister, alors que dans les années 1970, notamment, des actes ont changé la face du monde.

(Fred Valet)

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