Football: Frick et la difficile adaptation des gardiens au huis clos
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FootballFrick et la difficile adaptation des gardiens au huis clos

Pour le Genevois, «rester concentré est plus compliqué à huis clos». Nouvel exercice devant 800 spectateurs mercredi à Sion.

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Sport-Center
Jérémy Frick admet avoir eu de la peine à rester dans sa bulle, dimanche face à Lugano (1-1).

Jérémy Frick admet avoir eu de la peine à rester dans sa bulle, dimanche face à Lugano (1-1).

Keystone

Jérémy Frick reconnaît avoir eu quelques difficultés pour rester concentré, dimanche face à Lugano (1-1). La tâche est d'autant plus compliquée quand les actions dangereuses se font rares. «J'ai touché trois ballons du pied et fait un arrêt, raconte le portier du Servette FC. Le joueur de champ est dans l'action. Nous, c'est le ballon qui nous met dans l'action. Le bruit renforce le sentiment de bulle et rester concentré est donc plus compliqué à huis clos.»

Mercredi à Tourbillon, ce ne sera pas l'ambiance bouillante d'un derby. Mais celle de 800 abonnés du club valaisan qui tenteront comme ils peuvent d'animer le stade.

Comme Frick l'a vécu par moments face à Lugano, le danger pour le portier est de sortir du match mentalement lorsque le ballon est loin de ses pieds et de ses mains. «L'intensité de concentration fluctue énormément pour les gardiens, analyse Thierry Barnerat, instructeur FIFA. Là, elle est moins grande, donc le gardien ne ressent pas le contexte de l'événement et la mise sous pression du public.»

Le coach genevois, qui a notamment entraîné Copa ou Pascolo estime que les gardiens ont le risque de lire moins facilement les actions ou de prendre de mauvaises décisions au niveau de l'occupation de l'espace. Un peu comme s'ils étaient mentalement dans un match amical plutôt que dans une réelle compétition.

Impliquer le gardien dans le jeu grâce au silence

Thierry Barnerat, qui s'occupe notamment de la méthodologie d'entraînement des gardiens au Lausanne-Sport, a sa recette qui s'applique surtout en cas de domination de l'équipe, impliquant un manque de ballons pour son gardien et du coup un potentiel relâchement au niveau de la concentration. «Si Lausanne domine face à Vaduz mardi soir, on va inciter Thomas Castella à aller chercher des informations plus haut sur le terrain, parfois lorsque le ballon est à 40 mètres de la cage, pour informer son bloc défensif et lui donner des conseils tactiques, détaille le coach. C'est l'avantage du huis clos où l'on entend tout: le gardien peut vraiment gueuler sur le défenseur pour qu'il ferme les bonnes zones et le responsabiliser car les autres joueurs entendent les échanges.» Cela a aussi le mérite de garder le portier parfaitement dans le bain.

Avant le derby du Rhône de mercredi soir, Jérémy Frick s'attend à un match complètement différent de celui vécu le 25 octobre dernier à Tourbillon (1-1). «Nous avions été bloqués devant le stade par la police en raison des supporters adverses, se souvient le gardien grenat. Là, il y aura surtout un enjeu sportif sans l'animosité entre supporters.»

«À Sion, c'est surtout la trajectoire des ballons qui me gêne»

Le No 32 du SFC aime les stades plein ou bien garnis pour se motiver, pour faire monter l'adrénaline en pénétrant sur la pelouse, mais aussi pour lui permettre de sentir un potentiel danger. «L'atmosphère du stade change lorsqu'une action offensive devient dangereuse, souligne Jérémy Frick. Et les sifflets ou le kop adverse qui hurle dans mon dos me surmotivent.»

Il n'a en revanche pas été impressionné par le public valaisan. «Vu que le stade est ouvert à Tourbillon, ça résonne moins, estime le Genevois. À Sion, c'est surtout la trajectoire des ballons qui me gêne. Là-bas, ils flottent et j'ai tendance à les dévier plutôt qu'à les bloquer.» Même s'il n'y aura pas une ambiance électrique à Tourbillon, Jérémy Frick a hâte de retrouver Sion. «On veut clairement aller chercher l'Europe», conclut le portier de 27 ans.

Sylvain Bolt

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