Jean Dujardin: «J’étais terrorisé par l'école»
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Jean Dujardin«J’étais terrorisé par l'école»

Bientôt papa pour la 3e fois, l’acteur oscarisé nous confie avoir été, enfant, constamment humilié en classe par sa prof.

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Propos recueillis par Henry Arnaud - Toronto
Mon premier job d’ado était éboueur. J’ai une odeur de merde dans le nez qui est restée dans ma tête depuis cette époque.

Mon premier job d’ado était éboueur. J’ai une odeur de merde dans le nez qui est restée dans ma tête depuis cette époque.

AFP

C’est au dernier Festival du film de Toronto que Jean Dujardin nous a réservé l’un de ses rares moments de libre. L’acteur, père de 2 garçons adolescents, qui s’apprête à accueillir son premier bébé avec sa nouvelle compagne, Nathalie Péchalat, y présentait «Un + Une», le dernier film de Claude Lelouch, à voir dès le 9 décembre. L’histoire d’un triangle amoureux où Elsa Zylberstein est tiraillée entre son mari ambassadeur (Christopher Lambert) et un compositeur de musique de films (Jean Dujardin). Au lieu de s’en tenir à la promo classique, l’acteur a accepté de se prêter au jeu de l’interview indiscrète, sans langue de bois.

Jean Dujardin, qui êtes-vous?

Je ne suis pas une marionnette, je suis un artiste. On me voit souvent comme un rigolo, mais j’espère avoir réussi à prouver que j’ai plusieurs cordes à mon arc de comédien.

Votre premier souvenir?

Je suis incapable de vous expliquer pourquoi j’ai ce souvenir, ni quel était mon âge, mais la première chose dont je me souviens, c’est moi assis sur le canapé de la maison avec ma mère qui fume une cigarette. Je me souviens même de la marque, une Kent, ce qui est d’autant plus étrange car ma mère ne fume pas. Nous étions tous les deux en train de regarder «La petite maison dans la prairie» à la télé. Et c’était sûrement l’été car je me souviens avoir très chaud.

Etiez-vous un enfant sage?

J’étais non seulement un enfant sage, mais aussi d’une timidité maladive.

Enfant, de quoi aviez-vous peur?

J’avais peur de l’école… et aujourd’hui encore je serais terrorisé à l’idée de devoir y retourner.

Dans l’enfance, quel fut votre plus grand choc?

L’humiliation que j’ai subie à l’école justement. Je suis tombé sur une prof qui m’avait choisi pour être sa tête de Turc. J’étais constamment humilié par elle et elle m’a déglingué pour le restant de mon cursus scolaire. Si je n’ai jamais pu apprendre l’anglais, c’est aussi pour ça. Les cours étaient une telle épreuve que j’ai fait un blocage sur tout, y compris l’apprentissage de cette langue.

Votre mère vous disait-elle «je t’aime»?

Jamais. Maman m’a toujours donné beaucoup d’amour, mais elle ne m’a jamais dit «je t’aime». Je viens d’une famille de 4 garçons où tout le monde était très pudique au niveau des sentiments. Peut-être que ça aurait été différent si j’avais eu une sœur au lieu de 3 frères.

Comment avez-vous gagné votre premier argent?

J’étais éboueur. Cela a été mon tout premier job d’ado. Pendant un mois, je ramassais les poubelles et les objets encombrants dans ma ville. J’ai une odeur de merde dans le nez qui est restée dans ma tête depuis cette époque.

Que vouliez-vous devenir?

Je voulais travailler sur des échafaudages. Gamin, je rêvais de travailler dehors pour ne pas avoir à rentrer dans mon école. J’étais fasciné par ces ouvriers qui passaient leurs journées dehors.

L’amour pour la première fois. C’était quand et avec qui?

Elle s’appelait Angélique et j’avais 13 ans. Je me revois encore rentrer chez moi après 9 heures du soir en me disant que j’allais me faire éclater la gueule par mon père en revenant si tard… Mais ce n’était pas grave au regard de ce que je venais de vivre.

C’est quoi, le vrai bonheur?

Le bonheur, c’est l’équilibre parfait entre votre vie professionnelle et votre vie privée. C’est cette balance que je recherche constamment.

La plus belle de vos qualités?

Je suis un gars authentique.

Votre plus grand regret?

Ne pas parler anglais pour pouvoir communiquer avec des mecs adorables comme George Clooney ou d’autres Américains qui sont devenus des potes ou que j’ai pu croiser dans ma carrière.

Avez-vous déjà volé?

Oui, adolescent, j’ai volé des paquets de Hollywood Chewing-gum et je me suis fait choper à la caisse!

Avez-vous déjà tué?

Oui, j’ai tué une taupe alors qu’elle sortait de son trou et je m’en veux encore aujourd’hui.

Avez-vous déjà payé pour l’amour?

Jamais, non jamais payé pour ça.

Avez-vous déjà menti à la personne qui partage votre vie?

Tout le monde ment un jour ou l’autre.

Avec qui aimeriez-vous passer une agréable soirée?

J’ai eu tellement de chance de pouvoir rencontrer beaucoup d’artistes que j’admirais depuis des années que c’est difficile comme question… Ha oui! Robert Redford dont le dernier film, «Truth», était présenté au Festival de Toronto le même week-end qu’«Un + Une». Je l’ai vu sur une affiche ce matin avant de venir à notre rendez-vous. Il est une légende du cinéma de mon enfance. J’adorerais discuter avec lui.

Qui trouvez-vous sexy?

Ma femme bien sûr!

Pour qui était votre dernier baiser?

Pour ma femme juste avant de prendre l’avion pour venir au Festival de Toronto. Et je suis impatient de retourner à ses côtés. C’est bien simple, j’ai accepté de venir présenter le film de Claude Lelouch à condition de faire l’aller-retour en 24 heures entre la France et le Canada.

Pourquoi avez-vous pleuré la dernière fois?

J’ai revu le film québécois «Crazy» et je me suis poussé à pleurer parce que j’adore ce film.

De quoi souffrez-vous?

Je ne souffre plus. J’ai fait la paix avec moi-même.

Déjà frôlé la mort?

Certainement, mais je ne suis pas au courant. (Rires.)

Croyez-vous en Dieu?

J’ai envie de croire en Dieu.

Votre péché mignon?

Le flan sous toutes ses formes.

Le livre que vous emmenez sur une île déserte?

«Chagrin d’école» de Daniel Pennac parce que c’était un ancien cancre comme moi. Je me suis retrouvé en lisant son roman autobiographique sur ses années de scolarité.

Combien gagnez-vous par an?

Je gagne bien ma vie, c’est tout.

Pensez-vous gagner assez par rapport au travail fourni?

Mon père dirait oui, mais ma mère dirait non. Je suis un peu dans cette idée de tiraillement entre les deux. Mon père est athée alors que ma mère est très chrétienne donc il y a un truc de religion qui surgit quand vous me posez cette question.

Qui sont vos vrais amis?

Mes vrais amis? Je me dis qu’on les comptera à la fin de ma vie.

Que souhaitez-vous à vos pires ennemis?

De ne plus jamais croiser ma route.

Ronflez-vous la nuit?

Quand je suis bourré, oui!

Qui aimeriez-vous voir répondre à ce questionnaire?

Elsa Zylberstein. J’ai adoré travailler avec elle sous la direction de Claude Lelouch car nous avons formé une équipe. Il y a plusieurs scènes que nous avons longuement préparées et modifiées pour donner à la fois une véracité et une intensité à nos personnages.

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