Jeter de la soupe sur des tableaux n’aide pas du tout la lutte climatique

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SondageJeter de la soupe sur des tableaux n’aide pas du tout la lutte climatique

Interrogé sur les blocages de routes et attentats à l’art des activistes, le public dit que non seulement il ne les approuve pas, mais que cela fait baisser son soutien à la cause.

par
Michel Pralong
Le 15 novembre, des activistes ont jeté un liquide noir sur un tableau de Gustav Klimt et l’un d’eux s’y est collé au Leopold Museum de Vienne.

Le 15 novembre, des activistes ont jeté un liquide noir sur un tableau de Gustav Klimt et l’un d’eux s’y est collé au Leopold Museum de Vienne.

AFP

Se coller à du bitume pour entraver la circulation ou jeter de la soupe ou de la peinture sur des chefs-d’œuvre artistiques de l’humanité sert-il à quelque chose? Les militants pour le climat qui font ces actions expliquent que c’est leur dernier recours pour alerter le public et les dirigeants du monde sur l’urgence d’agir, tous les autres moyens s’étant avérés inefficaces. Mais ces manifestations, certes spectaculaires, sont-elles efficaces et contribuent-elles à rallier l’opinion publique au combat pour le climat? Chacun peut avoir son avis, mais pour en mesurer l’impact, deux études ont été menées aux États-Unis.

C’est le Annenberg Public Policy Center, centre d’étude des politiques publiques de l’Université de Pennsylvanie, qui a interrogé à chaque fois (une première fois entre le 21 et 24 octobre 2022 et une deuxième entre le 4 et 7 novembre) environ 1000 personnes.

Des actions contre-productives

A la première question, «les manifestations non violentes et perturbatrices telles que le blocage de la circulation ou la détérioration d’œuvres d’art modifie-t-il votre soutien aux efforts de lutte contre le changement climatique», le résultat est net. Seules 13% des personnes interrogées disent que ces actions ont fait augmenter leur soutien à la cause climatique, tandis qu’au contraire, elles l’ont fait diminuer chez 46%. Pour 40%, cela n’a eu strictement aucun impact. Sur ce point, cela semble donc complètement contreproductif.

Nous sommes certes aux États-Unis, pays qui n’est peut-être pas le plus sensible à la lutte pour le climat, mais même si, sans surprise, 69% des Républicains disent que cela fait diminuer leur soutien à la cause climatique, ils sont également plus nombreux chez les Démocrates et les Indépendants à voir leur soutien diminuer (43% et 27% respectivement) plutôt qu’augmenter (11 et 21%). Quel que soit la communauté ou le sexe, la baisse de soutien causée par ces actes et plus grande qu’une augmentation, écrit ZME Science qui a repéré ces études.

L’enquête a ensuite voulu savoir si le fait que les actions des activistes n’aient pas endommagé les tableaux avait une influence sur la perception de ces actions. Une moitié des sondés se sont donc vu soumettre la question avec le terme «endommager les tableaux», l’autre moitié avec «fait semblant d’endommager». Alors que les scientifiques s’attendaient à voir tout de même un soutien un peu plus fort avec la deuxième variante, en fait les réponses sont semblables dans les deux groupes. Donc, le côté non seulement non violent mais sans dommage pour le patrimoine de l’humanité que revendiquent les militants ne fait pas grande différence dans l’esprit des gens.

Aucune sensibilisation au danger du réchauffement

Enfin, l’étude a voulu savoir si ces actions avaient changé l’opinion des gens sur les causes et les dangers du réchauffement. Les réponses montrent qu’elles n’ont strictement rien modifié. Ceux qui ne croient pas ou peu que les combustibles fossiles émis par l’humanité sont responsables du dérèglement climatique et nous mettent en danger n’y croient pas plus. Et ceux qui sont déjà inquiets des effets du réchauffement ne le sont pas devenus davantage suite aux manifestations des activistes.                                                                                                           

Conclusion des auteurs de l’étude: «Dans l’ensemble, le public exprime une désapprobation générale des manifestations non violentes et perturbatrices pour attirer l’attention sur les dangers du changement climatique». Pire, cela fait diminuer le soutien à la cause chez une majorité (46%) des personnes interrogées.

Cela va-t-il contribuer à faire réfléchir les activistes sur leur mode d’action? A suivre.

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