08.10.2020 à 16:57

Suisse Jeûne ante mortem: 40% des médecins de famille y ont été confrontés

Une enquête menée auprès des professionnels de la santé révèle qu’un grand nombre d’entre eux ont déjà dû faire face à une personne ayant décidé d’arrêter de boire et manger afin de se laisser mourir.

Le jeûne terminal, une forme de suicide qui n'est guère discutée en Suisse (photo symbolique).

Le jeûne terminal, une forme de suicide qui n'est guère discutée en Suisse (photo symbolique).

KEYSTONE/AP/THOMAS KIENZLE

Environ 40% des médecins de famille ont déjà été confrontés à au moins un patient ayant décidé de renoncer à toute alimentation solide ou liquide afin de mourir, selon une étude. La plupart abordent la chose de manière positive.

Absence de pratique unifiée

Il n’existe que peu d’études sur le renoncement volontaire à toute alimentation solide ou liquide, aussi appelé «jeûne ante mortem» ou jeûne terminal. La Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) a mené en collaboration avec la Fédération des médecins suisses (FMH) un sondage représentatif auprès de 750 médecins de famille en Suisse.

Résultat: plus de 40% des répondants ont été confrontés à une telle situation au moins une fois. En moyenne, ces médecins ont eu affaire à onze cas de ce type. «Nous ne nous attendions pas à un chiffre aussi élevé», indique Sabrina Stängle, co-auteure de cette recherche à la ZHAW, citée jeudi dans un communiqué de cette dernière.

Il manque encore en Suisse une pratique unifiée en la matière, souligne la chercheuse, qui appelle de ses voeux un consensus pour une prise en charge professionnelle et standardisée de ces patients.

En tout état de cause, 60% des médecins interrogés y voient un processus naturel associé à la mort et qui doit être accompagné par le personnel médical; 32% le définissent comme une forme d’aide au suicide passive, 6% comme du suicide assisté. Des soins palliatifs sont en effet nécessaires, notamment l’humidification régulière des muqueuses buccales.

Plus des deux tiers des répondants (73%) disent que cette assistance est compatible avec leur vision du monde ou leur religion, 58% avec leur éthique professionnelle. Ceux qui y ont déjà été confrontés sont de manière générale plus favorables. Plus de la moitié des sondés estime toutefois que cet accompagnement est une situation stressante.

Un processus qui peut être long

Dans le cadre de ce projet de recherche, les auteurs ont également tenté d’estimer combien de décès peuvent être attribués à un arrêt volontaire de l’alimentation dans les homes pour personnes âgées ou à domicile. Selon cette estimation pour l’année 2017, cela concernerait 1,1% des décès, soit 458 personnes.

Ce chiffre est probablement à multiplier par trois, voire plus, selon les chercheurs, de nombreuses personnes concernées ne communiquant pas leur intention d’arrêter de se nourrir.

Daniel Büche, médecin-chef à l’hôpital cantonal de Saint-Gall et co-auteur de ces travaux, dit recevoir environ une fois par mois une demande à ce sujet de la part de patients, de proches ou de médecins de famille.

Il souligne la nécessité de bien informer toutes les personnes concernées, car le processus peut être long et difficile, avec du délire ou des douleurs notamment. Selon lui, il serait bon d’en finir avec le tabou qui entoure cette thématique et de clarifier certaines questions éthiques.

(ATS/NXP)

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