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JOJO-2014: le Kremlin au défi de rehausser le prestige de la Russie (PAPIER D'ANGLE)

Par Nicolas MILETITCH MOSCOU, 4 fév 2013 (AFP) - Les jeux Olympiques d'hiver 2014 à Sotchi sont l'occasion pour la Russie de donner l'image d'un pays dynamique et moderne et de rehausser son prestige, largement entamé par les critiques occidentales sur ses violations des droits de l'homme et sa corruption.

"Nous allons essayer de faire quelque chose de spécial, plein de mystère russe. La Russie est un pays nouveau, moderne, très ouvert et transparent ", avait déclaré à l'AFP le chef du comité d'organisation des JO de Sotchi, Dmitri Tchernychenko, en août dernier. Sotchi, station balnéaire située dans le sud de la Russie, entre les montagnes du Caucase et la mer Noire, a bénéficié d'un soutien de poids pour obtenir les prochains JO d'hiver (7-23 février 2014), celui du président russe Vladimir Poutine. Ce dernier, qui cultive une image de sexagénaire sportif, a fait de l'organisation des grands événements sportifs une priorité pour le pays: outre ces Jeux, la Russie doit accueillir en 2014 son premier Grand Prix de Formule 1 puis la Coupe du monde de football en 2018. A Sotchi, l'organisation s'est notamment fixée pour priorité de tout faire pour que les Jeux se déroulent "dans l'environnement le plus sûr", selon M. Tchernychenko. Une tâche difficile alors que Sotchi est voisine de l'instable Caucase du Nord où une rébellion islamiste armée se livre à des attaques meurtrières quasi-quotidiennes. Le chef des islamistes, Dokou Oumarov, a notamment revendiqué un attentat à l'aéroport de Moscou-Domodedovo en 2011 (37 morts) et un double attentat dans le métro de Moscou en 2010 (40 morts). La menace terroriste sur les Jeux n'est pas purement théorique: Moscou a annoncé en mai dernier l'arrestation près de Sotchi d'un groupe islamiste disposant de missiles sol-air, d'explosifs et d'armes, qui préparaient des attentats pendant les JO. Autre point noir pour les organisateurs, la corruption -mal endémique en Russie de l'aveu même des plus hautes autorités- n'a pas épargné l'immense chantier des Jeux. Deux sociétés chargées de la construction du stade principal et d'une piste de bobsleigh à Sotchi font actuellement l'objet d'enquêtes pour tentative de détournement de plus de 200 millions d'euros et d'autres enquêtes ont été ouvertes pour corruption au sein des structures publiques et des entreprises locales travaillant sur les sites olympiques. Le sujet est sensible: un juge qui avait dénoncé des liens entre magistrats et entreprises de construction dans le cadre de l'attribution frauduleuse de terrains a été arrêté et affirme avoir été torturé et menacé de mort en prison. "Les Jeux vont être un événement grandiose, une fête de deux semaines pour les amateurs de sport, mais précédés par une période de vol d'une ampleur colossale", estime Maria Lipman, de la fondation Carnegie à Moscou. Comme d'autres experts, Maria Lipman ne croit guère que les JO puissent sensiblement rehausser l'image de la Russie: "Les relations avec l'Occident se sont détériorées ces derniers temps, notamment avec les Etats-Unis. Et même de beaux jeux Olympiques à Sotchi ne seront pas suffisants pour améliorer les choses". Le Kremlin a été critiqué en Occident ces derniers mois pour la répression qui frappe les opposants: certains ont déjà été condamnés, d'autres sont menacés d'une peine de dix ans de camp pour des troubles survenus à l'issue d'une manifestation anti-Poutine à Moscou. Les autorités ont aussi fait l'object de critiques pour l'adoption de plusieurs lois limitant les libertés publiques, selon l'opposition, et pour une loi interdisant aux Américains d'adopter des enfants russes, réponse à des sanctions prises par Washington contre des fonctionnaires russes accusés de violations des droits de l'homme et notamment de la mort en prison à Moscou du juriste Sergueï Magnitsky. "Les JO vont avoir un effet positif dans le pays, mais seulement à court terme. Et il n'y aura aucun effet à l'étranger", affirme de son côté à l'AFP le politologue Mark Ournov, de l'Ecole Supérieure d'Economie. La Russie a un problème d'image, avait estimé M. German Gref, patron de la plus grosse banque russe Sberbank, le mois dernier au Forum de Davos: "Ce dont nous avons besoin, c'est d'améliorer notre image, parce que nous valons beaucoup mieux que ce que nous donnons à voir", avait-il déclaré. Les Jeux de Sotchi permettront de vérifier si la Russie a gagné son pari sur ce plan. nm/lpt/gf/ep

(AFP)

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