Football - Jörg Stiel: «J’étais sûr que Yann en arrêterait au moins un!»
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FootballJörg Stiel: «J’étais sûr que Yann en arrêterait au moins un!»

L’ancien gardien de l’équipe de Suisse, aujourd’hui boss des portiers de Grasshopper, décrypte l’arrêt décisif de Yann Sommer sur le tir au but de Kylian Mbappé.

par
Renaud Tschoumy
De la main gauche, Yann Sommer détourne le tir au but de Kylian Mbappé. Un moment historique pour le football suisse.

De la main gauche, Yann Sommer détourne le tir au but de Kylian Mbappé. Un moment historique pour le football suisse.

AFP

Au Mondial 2006, Pascal Zuberbühler avait arrêté le premier tir au but de la star ukrainienne Andreï Shevchenko (aujourd’hui sélectionneur de son pays). Mais la Suisse avait perdu la série (et sa place en quart de finale) 0-3, puisque Streller, Cabanas et Barnetta avaient tous raté leur affaire.

Au Mondial 2014, Diego Benaglio avait stoppé un penalty de Karim Benzema lors du match de la phase de groupes Suisse – France. En vain. La Suisse perdait déjà 0-2 à ce moment-là, et elle a fini par s’incliner 2-5.

Mais lundi soir, l’arrêt de Yann Sommer sur le tir au but de Kylian Mbappé a été décisif. La Suisse avait enfin brisé le signe indien. Celui qui la voyait ne jamais s’imposer contre la France – ou si rarement –, et surtout ne jamais franchir le cap des 8es de finale d’un grand tournoi. Un moment historique.

Ancien gardien de l’équipe de Suisse (21 sélections de 2000 à 2004), désormais entraîneur des gardiens de Grasshopper après avoir notamment officié à NE Xamax, Jörg Stiel, aujourd’hui 53 ans, décrypte la performance de Sommer face à Mbappé.

Jörg Stiel, vous qui connaissez les sensations d’un gardien quand il doit arrêter un tir au but, comment jugez-vous l’arrêt de Yann Sommer?

Je sais bien que c’est une situation très spéciale. Encore plus avec cette nouvelle règle qui impose au gardien de garder les pieds sur sa ligne: aujourd’hui, il faut un miracle pour qu’un gardien arrête un penalty. Mais j’avais confiance en Yann. J’étais sûr qu’il en arrêterait au moins un. Alors bien sûr, c’est encore plus beau quand c’est le dernier, qui t’offre la victoire, et de plus face à Mbappé.

À votre avis, Yann Sommer était-il sûr de savoir de quel côté allait tirer Mbappé?

Ce dont je suis sûr, c’est que la série de tirs au but avait été préparée par Patrick Foletti (ndlr: l’entraîneur des gardiens de l’équipe de Suisse). Ce sont le genre de choses qu’on ne laisse pas au hasard dans un grand tournoi, et je connais à quel point Patrick soigne les détails. Après, une fois que le gardien est face au tireur, tu ne sais jamais ce qui va se passer. Le gars d’en face va-t-il faire comme d’habitude? Va-t-il changer de côté? Ce sont des paramètres incontrôlables. Tu te trouves face à un droitier, puis un gaucher, tu ne peux jamais savoir.

Jörg Stiel, ici à l’entraînement avec Grasshopper, le 21 juin dernier.

Jörg Stiel, ici à l’entraînement avec Grasshopper, le 21 juin dernier.

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Comment avez-vous vécu cette série?

Jusqu’à Mbappé, tous les tirs au but ont été parfaitement tirés. Ils ne laissaient aucune chance aux deux gardiens.

Cela revient-il à dire que Mbappé à raté son geste? Ou est-ce Sommer qui a réalisé l’arrêt de sa vie?

La sensation de Yann, c’était la sienne. On sait qu’il a de super réflexes. Il part sur sa droite, main droite vers le bas, mais il a la force de lever son bras gauche pour détourner le ballon. Un grand moment, du pur bonheur! Alors bien sûr, il y a de l’entraînement derrière tout cela. Mais il y a aussi du talent. Et pas seulement.

«Dans ce genre d’exercice, les trois règles pour un gardien de but sont: spéculation, anticipation et réflexe»

Jörg Stiel, ancien gardien de l’équipe de Suisse

Que voulez-vous dire?

Quand on arrive au dernier tir au but d’un match qui a duré plus de 120 minutes, il faut savoir rester concentré. Et ce n’est pas simple. Yann a su contrôler les choses jusqu’au bout, jusqu’à la dernière seconde de cette folle soirée. Dans ce genre d’exercice, les trois règles pour un gardien de but sont: spéculation, anticipation et réflexe. Ce sont trois choses que Yann Sommer possède. Et ce sont ces trois choses qui lui ont permis de détourner le tir de Mbappé.

On a vu Yann Sommer hésiter avant de laisser éclater sa joie…

Oui, à cause de cette nouvelle règle. Il voulait être sûr que le tir au but ne soit pas à retirer. Mais après, évidemment, c’est l’explosion de joie. Pour un gardien, arrêter un penalty, c’est le top. Alors dans ces circonstances, face à un joueur de classe mondiale comme Mbappé, et avec une qualification pour un quart de finale au bout, c’est le sommet ultime.

Yann Sommer avait bien un pied sur la ligne au moment du tir au but de Kylian Mbappé. 

Yann Sommer avait bien un pied sur la ligne au moment du tir au but de Kylian Mbappé.

Capture d’écran RTS

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