Publié

Prostitution«J'offre à mes filles la sécurité»

Après les travailleuses du sexe, Thierry Schmidely, patron d'un salon de massage lausannois, s'indigne aussi contre les menaces politiques qui planent sur ce métier.

par
Cléa Favre
«Au moindre doute concernant un réseau, j'informe la brigade des mœurs», explique Thierry Schmidely.

«Au moindre doute concernant un réseau, j'informe la brigade des mœurs», explique Thierry Schmidely.

Laurent Crottet

Thierry Schmidely, patron d'un salon érotique lausannois, dénonce une éventuelle interdiction de la prostitution en Suisse. Pour lui, la législation actuelle serait efficace contre les réseaux mafieux.

La prostitution est un métier dangereux. Pourquoi ne pas l'interdire?

Parce que je protège mes filles. Je suis l'instigateur d'une charte éthique de la prostitution dans le canton de Vaud. A leur arrivée dans mon salon, chaque fille en reçoit un exemplaire. Je leur fais passer un entretien, je demande d'où elles viennent. Au moindre doute concernant un réseau, j'informe la brigade des mœurs. Pendant le travail, je sais toujours où est chacune d'elles, avec qui et depuis combien de temps. Les chambres ne sont jamais fermées à clé. Nous sommes prêts à intervenir au moindre problème.

Combien gagnez-vous?

Les clients paient 160 francs pour une demi-heure. La fille prend 100 francs net. Le salon 60. C'est lui qui paie la TVA et les impôts, ainsi que toutes les charges liées à l'infrastructure.

Louer des femmes, c'est un peu être esclavagiste, non?

Moi, je ne vends rien, que des boissons.

Vous ne vendez rien, mais vous louez des femmes…

Je leur offre la possibilité de travailler dans les meilleures conditions possibles. Je leur offre la sécurité et l'hygiène.

N'empêche, vous exploitez la misère économique de ces femmes…

Pas du tout. Quand j'ai commencé à fréquenter ce milieu à la fin des années 1990, il y avait effectivement des réseaux. Mais aujourd'hui, les nouvelles lois et le travail de la police ont permis d'éradiquer tout ça. Les filles qui arrivent de Roumanie – c'est la majorité – ne sont pas pauvres. Elles font partie de la classe moyenne de leur pays. Et c'est gagner 10 000 euros par mois et avoir des sacs Louis Vuitton qui les attirent ici.

Pour vous, c'est le prix de la soumission à la domination masculine?

La femme aime être dominée.

Ah bon?

Pourquoi DSK a autant de succès, à votre avis? Les femmes et les êtres humains en général sont attirés par le pouvoir.

Comment réagiriez-vous si votre fille vous annonçait qu'elle se prostituait?

Comment réagiriez-vous si elle vous annonçait qu'elle se droguait? C'est une question facile. Je pense que seules 3% des prostituées sont Suisses. Les parents des étrangères savent très bien ce que leurs filles font ici. Mais elles leur apportent un soutien financier important.

Pensez-vous franchement que l'on peut sortir indemne de la prostitution?

Ici, les filles ont deux ou trois clients par jour. Physiquement, oui. Au niveau psychologique en revanche, une fois qu'elles ont mis le pied dedans, leur expérience restera ancrée en elles. C'est un choix qu'elles font mais qu'elles ne mesurent pas toujours à ce moment-là.

Justement, pourquoi ne pas l'interdire pour les protéger?

Si la prostitution était moins stigmatisée, ce serait aussi plus facile pour elles. Ce n'est pas aux clients ou aux tenanciers de salons de les respecter davantage, c'est à la société!  

Ton opinion