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MusiqueJohann Frank: «Mes rêves sont devenus réalité»

Le jeune guitariste romand sort de studio à Londres où il a enregistré aux côtés de Lulu Gainsbourg après une tournée mondiale avec le crooner Engelbert Humperdinck.

par
Didier Dana
Laurent Crottet

Vous êtes à Nyon en famille pour les Fêtes et revenez de Londres où vous avez travaillé en studio comme guitariste pour Lulu Gainsbourg. Vous vous connaissiez?

Nous nous sommes croisés à Boston lors de mes études de guitare au Berklee College of Music en 2007. J'ai 26 ans, lui 1 an de plus. A Los Angeles où j'habite, il fréquentait des gens comme Vanessa Paradis. Nous ne nous connaissions que de vue. Notre trait d'union est un producteur: Jeremy Loucas. Il a travaillé avec la chanteuse et bassiste de jazz Esperanza Spalding. J'ai fait des guitares, avec lui, pour l'artiste haïtienne Pauline Jean à New York. Lulu cherchait un guitariste pour son prochain disque en anglais et Jeremy a proposé mon nom.

Comment s'établit la mise en confiance?

J'avais écouté une maquette. J'ai amené mes idées, des motifs mélodiques et stylistiques et ça a plu. Nous avons travaillé au studio Metropolis où Queen a enregistré «Innuendo». Il y avait même le piano de Freddie Mercury sur lequel Lulu a enregistré.

Que peut-on déjà dire de cet album en devenir?

Il va surprendre. Nous avons travaillé en live, basse, batterie, guitare et piano. Les voix viendront ensuite. Il y aura des duos. C'est un disque qui va fédérer les anciens fans de son père (ndlr Serge Gainsbourg) et la nouvelle génération. Un jour Lulu m'a dit: «Éclate-toi, fais un solo blues d'une minute à la Pink Floyd!» En deux prises, la spontanéité et la magie, tout était là.

Aviez-vous carte blanche?

Elle se mérite. Il faut que l'alchimie se crée entre musiciens. Je me suis rendu chez lui. Nous avons mangé, travaillé, vécu, bu des verres ensemble. Enregistrer en studio, c'est aussi cela. C'est ce que me disait le guitariste Tim Pierce après avoir bossé avec Phil Collins à qui je dois beaucoup grâce à la Little Dreams Foundation. Un disque c'est l'empreinte d'un moment. Pas uniquement musical, mais à tous les niveaux. Lorsqu'on est seul avec soi-même, on fait les questions et les réponses. En groupe, cela devient un dialogue. Un dialogue créatif.

Qui d'autre était là?

Des musiciens de Jamiroquai et l'un des Babyshambles, le bassiste du groupe de Pete Doherty.

Vous tournez depuis 3 ans aux côtés du légendaire Engelbert Humperdinck. Une autre aventure.

Un copain m'avait parlé d'une audition pour lui. Il m'a dit: «Mets un costard et vas-y!» Je ne savais pas qui c'était. Engelbert est l'Elvis Presley anglais. Il a eu le même manager que Tom Jones. Le métier le vénère. C'est un crooner comme on n'en fait plus. Il tourne depuis 46 ans. Il a vendu 150 millions d'albums. Ses titres sont des classiques: «After The Lovin», «Please Release Me» ou «The Last Waltz». Des gens comme Cat Stevens et Jimi Hendrix ont fait sa première partie. Un soir, ce dernier a même remplacé son guitariste. Engelebert m'a raconté ça en ajoutant: «Tu feras l'affaire…» Ça m'a mis la pression! (Rires.)

Vous avez fait des guitares sur son album de duos.

Il a enregistré avec Elton John, Smokey Robinson, Gene Simmons de Kiss ou encore Willie Nelson. Entendre mes guitares sur la voix de cette légende de la country, c'est un rêve devenu réalité.

Vous aimez rester dans l'ombre malgré tout. Pourquoi? La célébrité certains sont «appelés» à la vivre, encore faut-il savoir la gérer. Sex, drugs et rock'n'roll, c'est bon pour les amateurs qui rentrent chez eux le soir et se reposent. En tournée, vous devez être à 100% de vos capacités, soir après soir. C'est un métier. Et il y a le cirque des médias. J'aime travailler dans l'ombre. A Los Angeles, Juliette Lewis, Mark Wahlberg ou Lamar Odom des Lakers ne peuvent pas consommer un café sur place. Moi si. Personne ne m'importune . C'est un privilège que je n'échangerai pour rien au monde.

Après avoir parcouru l'Amérique du Nord et du Sud, le Canada, l'Europe, l'Indonésie et l'Australie, avez-vous évolué musicalement?

Mes progrès ce sont les autres qui me les font remarquer, notamment lorsque je joue avec Anduz, mon groupe à Los Angeles. Je sais aussi que chaque note est lestée d'une expérience de vie. Voila pourquoi un jeune ne peut pas jouer comme un vieux bluesman.

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