Edito: Johnny attitude
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EditoJohnny attitude

L'hommage de Grégoire Nappey, rédacteur en chef du «Matin», au chanteur décédé la nuit dernière, à 74 ans.

par
Grégoire Nappey
rédacteur en chef
Johnny Hallyday? Une star absolue, une star totale dans le monde francophone.

Johnny Hallyday? Une star absolue, une star totale dans le monde francophone.

AFP

1988. Casino de Montreux, Jazz Festival, 6 juillet. Concert de Johnny Hallyday. J’ai 14 ans, je suis avec un copain qui est, aujourd’hui encore, l’un de mes meilleurs amis. Ce matin, il m’a juste envoyé ce SMS: «Notre premier concert… journée noire…» Premier concert sans les parents; le surlendemain, c’était Gainsbourg au Leysin Rock. Ces jours-là, des légendes de la chanson ont rejoint la légende de notre vie, s’y ancrant à jamais. Voilà comment des artistes de la trempe d’un Hallyday peuvent marquer une vie.

En 1988,c’est le Johnny de l’époque Michel Berger qui parcourt les scènes. Une collaboration synonyme de renaissance pour une idole des jeunes qui peinait à retrouver un souffle. «Rock’n’roll Attitude», chante-t-il en ouverture, comme un hymne. Et c’est vrai que c’est toute sa vie, cette rock’n’roll attitude. Sa référence musicale, avec le blues et le country. Son look, tatouages, cuirs et paillettes. Ses excès, aussi, qui l’ont si souvent mis en péril. Mais Johnny est fort. Et pas que sur scène. Depuis l’aube des années 60, combien de fois a-t-il su rebondir, s’appropriant les modes du moment ou revenant opportunément à ses fondamentaux, comme ces dernières années, et ne lâchant jamais la scène?

Et pourtant.Autant Johnny est une icône, autant il a pu être raillé et regardé de haut. Dans certains cercles, on ne s’annonce pas fan sans s’exposer à la condescendance, voire au rejet. Pas assez intello, le King français? Trop simple, trop populaire? Trop tout, en fait. Mais tellement tout. «Le risque de l’amour passe par l’amour du risque», chantait-il dans ce même «Rock’n’Roll Attitude» que lui avait écrit un Michel Berger qui avait tellement compris le bonhomme. Qui avait tellement su rendre en paroles et musique ce «quelque chose de Tennesse» qu’il fallait exprimer pour remettre la star dans les coeurs.

Star oui, star absolue, star totale dans le monde francophone. Avec ce paradoxe de n’avoir jamais gagné une ampleur similaire ailleurs. C’est pour ça qu’en France, au lendemain de la disparition de Jean d’Ormesson, c’est un second monument national qui s’en va. D’Ormesson/Hallyday. Parallèle improbable? Non, plutôt un raccourci ultime d’une culture qui va du livre au stade. De l’édition au show business. Intéressant de noter que, tous universels qu’ils soient, ces emblèmes hexagonaux-là étaient de droite - dans ce pays où tout est si vite politique.

Johnny parti, chacun d’entre nous ressent, je crois, au moins une drôle d’impression ce matin, si ce n’est un immense vide. En s’en allant à 3h du matin, aujourd’hui, Johnny Hallyday s’est peut-être dit «Retiens ta nuit». Pour l’éternité.

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