Souvenirs: Johnny en Suisse: Michael Drieberg se souvient
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SouvenirsJohnny en Suisse: Michael Drieberg se souvient

Le patron de Live Music Production a organisé la totalité de ses concerts en Suisse romande. Il le connaît depuis plusieurs décennies et nous le raconte en quelques anecdotes.

par
Fabio dell'Anna
Johnny Hallyday au stade de la Pontaise, à Lausanne, à l'été 2000.

Johnny Hallyday au stade de la Pontaise, à Lausanne, à l'été 2000.

Le Matin, Keystone

«Cela fait 30 ans que je suis sa carrière.» le patron de Live Music Production, Michael Drieberg, a souvent côtoyé Johnny Hallyday et garde des souvenirs très précis de l’idole des jeunes, décédé la nuit de mardi à mercredi d’un cancer des poumons. «Avec lui j’ai inauguré plusieurs endroits de la Suisse romande, dont l’Arena de Genève, le Stade de Genève, le stade de Tourbillon, les Jeunes-Rives à Neuchâtel, le Forum de Fribourg… Le dernier concert à la Pontaise, c’était lui.»

Que représente Johnny Hallyday pour vous?

Cela paraît comme une évidence, mais je le vois comme une star. Les gens ont tendance à le ramener à un statut de chanteur francophone, mais il est plus que ça. Lorsque j’étais à Los Angeles, dans les bureaux de la plus grande boîte de production au monde, on voit des portraits des plus gros vendeurs de disques. Cela commence par les Beatles, Michael Jackson… Et tout d’un coup à la 15e place, on retrouve un Johnny Hallyday. C’est le seul artiste francophone qui peut figurer dans ce genre de classement. Mais ce qui est surtout incroyable c’est qu’il a vendu 110 millions d’albums dans trois pays francophones. Cela montre à quel point il a marqué les gens en 50 ans de carrière.

Michael Drieberg connaît Johnny depuis plusieurs décennies (Le Matin/Yvain Genevay)

Michael Drieberg connaît Johnny depuis plusieurs décennies (Le Matin/Yvain Genevay)

Comment était-il avec vous?

C’était quelqu’un d’extrêmement timide. J’ai mis des années à comprendre cette timidité. Et comme il en imposait, on aurait pu facilement le confondre avec une personne hautaine. Il était plus grand que moi, plus costaud, des yeux transparents, il dégageait vraiment quelque chose. Il ne parlait pas quand vous le croisiez. Et lorsque j’ai compris qu’il était pudique, j’ai remarqué qu'il était surtout à l’écoute. J’ai fait 3000 concerts et lors de 99% des cas lorsque vous mangez avec une star, elle ne s’intéresse pas à vous. Johnny, il savait écouter les gens. Et je pense que c’est cette qualité qui l’a aussi mené vers des sommets.

Une autre qualité vous vient en tête?

Son professionnalisme. Je me souviens que, lorsqu’il a eu sa grosse maladie il y a des années, il a arrêté de chanter pendant deux ans. Son concert de retour était au Zénith de Saint-Etienne. Il s’y est passé quelque chose que je n’oublierai jamais: on était au bar de l’hôtel à 4 heures du matin avec ses proches, à l’autre bout de la pièce il y avait des jeunes musiciens qui parlaient entre eux. À un moment l’un d’eux dit: «Ha, tu as vu? J’ai fait une fausse note.» Et l’autre lui répond: «Ce n’est pas grave, personne n’a entendu.» Johnny, qui écoutait les deux conversations, a foncé vers eux et leur a dit: «Ne dites jamais «ce n’est pas grave» lorsque vous vous trompez. Le public a payé, il nous suit, il nous aime. Si vous faites une fausse note, dites-vous que vous ferez mieux la prochaine. Mais respectez votre public avant tout.» J’étais bluffé. Un mec qui revient de maladie, qui a vendu 110 millions d’albums, qui a 50 ans de carrière et qui parle à 4 heures du matin d’une fausse note à un musicien, c’est tout Johnny.

Un moment qui vous a touché durant sa carrière?

Il y a eu un côté extrêmement émouvant lorsque David Hallyday a sorti avec son père l’album «Sang pour Sang». Il est tout aussi timide et simple que son papa. Et il ne voulait pas que l’on pense qu’il profitait de son père pour revenir sur le devant de la scène. Il n’a alors que très rarement interprété cette chanson avec lui. Mais heureusement, à la Pontaise de Lausanne (ndlr: le 14 juillet 2000), ils ont chanté ce titre devant 40 000 personnes et c’était incroyable. Cette relation qu’il a avec la famille est juste magnifique. J’ai aussi produit Sylvie Vartan, je me suis retrouvé avec ses proches à plusieurs reprises et ce respect que tout le monde a autour de lui est touchant. Ce n’était pas qu’un chanteur, c’était quelqu’un qui a profondément marqué la vie des gens.

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