Beau livre - Joseph Carlucci, le photographe romand taillé dans le rock
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Beau livreJoseph Carlucci, le photographe romand taillé dans le rock

Le Lausannois partage quarante-cinq ans d’images de live dans un impressionnant ouvrage intitulé «Hey Joseph, Where’s my fucking picture then??». Interview.

par
Laurent Flückiger
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Brian Johnson et Angus Young (AC/DC), Monsters of Rock – Winterthour, 31 août 1984. La photo se trouve à l’intérieur de la pochette du 45 tours de «Danger», sorti en 1985.

Brian Johnson et Angus Young (AC/DC), Monsters of Rock – Winterthour, 31 août 1984. La photo se trouve à l’intérieur de la pochette du 45 tours de «Danger», sorti en 1985.

Joseph Carlucci
Van Halen, Monsters of Rock – Winterthour 1984.

Van Halen, Monsters of Rock – Winterthour 1984.

Joseph Carlucci
Kurt Cobain (Nirvana), Neuchâtel 1994.

Kurt Cobain (Nirvana), Neuchâtel 1994.

Joseph Carlucci

Vous l’avez probablement déjà vu lors d’un concert. Du moins son crâne – un peu dégarni aujourd’hui – dans la «fosse». Depuis quarante-cinq ans, Joseph Carlucci en a photographié des milliers. De tous les styles. Mais comme il aime surtout le rock – et qu’il fallait bien faire un choix – ce sont des guitares, des gueules, beaucoup de cheveux longs, un peu de maquillage que l’on retrouve au fil des 276 pages du livre qu’il vient de publier.

Le bel ouvrage s’intitule «Hey Joseph, where’s my fucking picture then??» un nom tiré d’une anecdote. Entre 1986 et 1997, Joseph Carlucci tient la boutique de merchandising Rock Store à Lausanne. «Ça allait du legging au blouson en cuir, les T-shirts de tournée. J’avais aussi tous ces patches qu’on cousait dans le dos des gilets», décrit ce natif de Nociglia, au sud de l’Italie, qui faisait alors de la photo à côté de son travail, comme lorsqu’il était livreur puis manutentionnaire pour une marque de glace. Un jour, un client nommé David Bowie (!) passe la porte, cherche son portrait parmi toutes les photos affichées et lui écrit sur une pochette de disque: «Où est ma p… de photo?»

Un souvenir important pour Joseph Carlucci, tout comme ceux qu’il a à propos des 370 clichés qu’il a sélectionnés. Lui, pourtant si discret, a immortalisé des gueules aussi mythiques et bruyantes que celles d’AC/DC, Kiss, Iron Maiden, Nina Hagen, Queen ou Metallica, etc. La plupart capturés par son objectif en Suisse. Interview.

Qu’est-ce qui vous a amené à photographier un jour des artistes sur scène?

J’ai commencé à couvrir les concerts en tant que fan de musique. Le premier c’était Uriah Heep, à Berne en 1974. J’avais un Kodak Instamatic et je prenais des photos depuis le public. En 1981, j’ai découvert à la télévision un show de ZZ Top qui jouait au «Rockpalast». J’étais scotché. Quand j’ai su qu’ils allaient jouer à Zurich, je voulais absolument les photographier pour montrer qui sont ces personnages et j’ai envoyé mes clichés à une nouvelle publication française, «Enfer Magazine». Le mois d’après, à ma plus grande surprise, cinq de mes dix photos étaient parues. C’est comme ça que ma collaboration a débuté avec cette rédaction.

Qu’est-ce qui vous a fait aimer le rock?

Je viens d’une région où on ne connaissait pas bien la musique rock, les Pouilles. C’était plutôt les fanfares. Mais je n’ai pas commencé direct par Maiden. Mon premier coup de foudre, c’est Status Quo.

Un groupe qui est peu présent dans le livre, c’est Queen, avec une photo à la Rose d’or à Montreux en 1984. Pourquoi?

Je les ai photographiés en 1977 à Zurich mais malheureusement les négatifs sont fichus. C’était même un de mes plus beaux concerts. Queen fait partie des groupes mythiques que j’ai vus durant cette période, comme The Who ou Led Zeppelin et ils font tous partie des films que j’ai perdus. À l’époque je faisais des photos par plaisir. J’ai laissé tout ça dans une boîte en carton sur mon balcon. Ils ont moisis.

Vous avez aussi eu la chance de voir Metallica pour la première fois en Europe, au Volkshaus Zurich en 1984, et de les suivre sur plusieurs dates.

Je ne les connaissais pas. Après les avoir vus une première fois, tu ne peux plus les oublier. Ils sont arrivés avec un nouveau son, un nouveau rythme, des nouveaux riffs. Tu en prends plein la gueule tout de suite. J’ai eu la chance de les voir avant et après leur concert et je leur ai demandé de pouvoir revenir à Milan un peu plus tard. Ils ont accepté et m’ont offert le pass de la tournée mondiale. En Italie, je leur ai montré les photos de Zurich et ils m’ont demandé de les envoyer à leurs parents. Je les ai revus après à Poperinge, en Belgique.

En 2016, Metallica choisit 40 des photos de Joseph Carlucci de sa tournée 84 pour les publier dans la réédition de l’album «Ride The Lightning».

En 2016, Metallica choisit 40 des photos de Joseph Carlucci de sa tournée 84 pour les publier dans la réédition de l’album «Ride The Lightning».

 Maxime Schmid

Quel est le meilleur artiste à prendre en photo?

Je n’ai pas de préférence. J’ai eu la chance de rencontrer la plupart à leurs débuts et de nouer des contacts. Par contre, je n’ai jamais photographié Angus Young en backstages. Et maintenant que tout le monde a des téléphones portables on ne peut plus croiser les artistes. Les choses ont changé il y a une vingtaine d’années déjà, et ce n’est pas qu’à cause des portables. Avant, tu photographiais les trois premières chansons et tu regardais le concert. Maintenant, tu photographies les trois chansons et tu sors avec ton boîtier pour le mettre sous clé.

La photo dont vous êtes le plus fier?

Je ne sais pas. J’ai mis quatre ans à choisir 350 photos pour ce livre. Chacune a son histoire, je n’arrive pas à choisir.

Est-ce que c’était plus intéressant de faire des photos dans les années 80 qu’aujourd’hui?

Je crois qu’avant on faisait ce travail avec plus de passion. On ne pouvait pas voir ce qu’on photographiait donc on s’appliquait plus. Avec le numérique, on mitraille et on fait ses réglages. Dans les années 80, je faisais de l’argentique. En trois chansons, je faisais deux films. À la 36e photo, il fallait être prêt à en changer. Aujourd’hui, je peux faire 720 clichés. Beaucoup de ceux qui ont parcouru mon livre me félicitent plus pour les photos argentiques que pour les numériques. Ces dernières presque sont trop parfaites.

Pourquoi faire ce livre maintenant?

En 2020, avec la pandémie, tous les contrats se sont arrêtés. Plonger dans mes souvenirs m’a permis de ne pas trop démoraliser. Quand je regarde ce livre, je suis fier d’avoir vécu une très belle période et d’avoir pu immortaliser tous ces artistes

«Hey Joseph, Where’s my fucking picture then?? – 45 years of Rock Photography», de Joseph Carlucci. Prix: 79 fr. Disponible sur www.joseph-carlucci.com ou en librairie.

Vernissage le 27 octobre aux Docks à Lausanne avec DJ set de RhinoFéroce Crüe. Exposition et rencontre les 9, 10 et 11 novembre au Millenium à Crissier (VD)

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