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FootballJoueurs payés par le chômage

Des joueurs de Challenge League sont payés en partie par l'assurance-chômage. Le début d'un scandale? Pour le président du syndicat des joueurs, Lucien Valloni, parler de fraude est exagéré. Il prône le cas par cas.

par
Mathieu Aeschmann
Pour Livio Bordoli, le président du FC Chiasso (joueurs rouge et bleu), le chômage permet aux petits clubs de survivre.

Pour Livio Bordoli, le président du FC Chiasso (joueurs rouge et bleu), le chômage permet aux petits clubs de survivre.

Karl Mathis, Keystone

Selon SonntagsBlick d'hier, «la Challenge League est financée par l'assurance-chômage». Dans une enquête longue de trois pages, le quotidien dominical zurichois dénonce une pratique a priori répandue qui voit de nombreux clubs engager à temps partiel des joueurs à fortes prétentions salariales. L'astuce? Laisser le joueur se tourner vers la caisse cantonale de chômage pour assurer le solde de son revenu. La conséquence? Le joueur gagne plus sans que le club mette la main à la poche. Pour l'entraîneur du FC Chiasso, Livio Bordoli, la pratique va jusqu'à «sauver la compétition». «Sans la caisse de chômage, les petits clubs n'auraient aucune chance.»

Aussi violent qu'inquiétant, le constat ne peut toutefois s'épargner une question de principe. Ces petits artifices contractuels sont-ils légaux? Sur ce point essentiel, les avis divergent. «Les footballeurs ont tout à fait le droit de pointer», défend par exemple le président du FC Aarau Alfred Schmid. «Telle n'est pas la fonction d'une assurance sociale», répond plus loin dans le dossier René Meier, président du conseil d'administration du FC Wohlen.

Afin de nourrir un débat qui pourrait bien prendre rapidement de l'ampleur, «Le Matin» s'est tourné vers Lucien Valloni, président du syndicat suisse des joueurs professionnels (SAFP). «Il faut déjà bien comprendre que cette problématique devrait être traitée au cas par cas, avec chaque contrat devant les yeux, prévient d'emblée l'avocat zurichois. Mais disons que si un joueur engagé à temps partiel cherche réellement un autre club ou un travail d'appoint et que son employeur le libère immédiatement en cas de réussite, je ne vois aucun problème. Par contre, si l'engagement partiel a pour seul but d'augmenter le salaire, c'est autre chose.» Autrement dit, le footballeur engagé à temps partiel doit se retrouver dans la situation d'un employé lambda qui, après une période de chômage, accepte un travail moins bien rémunéré et passe un accord de compensation avec la caisse et son employeur, tout en poursuivant ses recherches.

Délai de six mois

Mais ce genre de négociations colle-t-il vraiment à la réalité d'un footballeur de Challenge League? Le témoin anonyme de SonntagsBlick, engagé à 70%, assure envoyer des offres d'emploi aux 19 autres clubs de l'élite suisse. Soit. Mais ses offres peuvent-elles vraiment trouver preneur en dehors d'une période de transferts? On peut en douter. Cherche-t-il par ailleurs un travail d'appoint (coaching ou autres) pour combler les 30% compensés par l'assurance-chômage? Mystère.

«Une décision du Tribunal fédéral accorde le droit au footballeur de chercher pendant un certain temps exclusivement dans son domaine d'expression, explique Lucien Valloni. Ce n'est donc qu'après environ six mois de recherches dans le football que l'on peut considérer qu'un joueur engagé à temps partiel doit se tourner vers d'autres domaines d'activité pour justifier l'assurance.»

Métier particulier

Ce dernier exemple souligne à quel point le statut du «travailleur-footballeur» est particulier. «Si vous ajoutez que certains clubs de Challenge League et de 1e ligue s'entraînent selon un programme qui permet d'exercer un autre travail, vous vous rendez alors compte que la notion de «travail partiel» est très complexe à définir dans le football de haut niveau.»

Pour toutes ces raisons, Lucien Valloni ne cachait pas hier une certaine amertume devant la polémique naissante. «Je trouve un peu facile d'attaquer des joueurs qui n'ont, la plupart du temps, aucune autre formation et cherchent à exercer le seul métier qu'ils maîtrisent. A l'inverse, le SAFP lutte pour l'instauration d'un salaire minimum capable de faire vivre une famille. Une protection que nous jugeons nécessaire en Challenge League.» Au point de limiter le recours des clubs à l'assurance-chômage?

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