RETROUVAILLES AVEC LE ZÈBRE: Jour 5: Si l'année 2016 était celle du vivre ensemble?

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RETROUVAILLES AVEC LE ZÈBREJour 5: Si l'année 2016 était celle du vivre ensemble?

«Le Matin» s'est envolé avec Jean-Marc Richard pour retrouver le «Zèbre» au Burkina Faso. Un périple rempli de belles rencontres et de sensations fortes. Journal de bord.

par
Jean-Marc Richard

Les membres de cette aventure se chargeront de relayer ici leurs sentiments au fil des jour. Aujourd'hui, Jean-Marc Richard prend la plume.

Entré dans la deuxième partie de notre voyage sur les traces du Zèbre, nous voici donc en 2016. L'année à venir sera indéniablement l'année de tous les défis. Chez les Burkinabés, comme chez les expatriés de l'humanitaire on est conscient de la fragilité de cette société, multiculturelle, ethnique et surtout religieuse.

Depuis des décennies ici on vit en harmonie malgré les différences. Ce qui impressionne le plus ce sont ces mariages mixtes, ce docteur évangélique qui soigne des chrétiens, des musulmans et des animistes, ces bénévoles musulmans qui recueillent les plus pauvres sans distinctions d'origine ou de religion. Ces femmes engagées dans des projets agricoles qui partagent et se battent ensemble, sans tenir compte de leurs pratiques religieuses ou non.

Si on demande à Fatou, musulmane, comment elle a fait, elle qui est mariée à Daniel, chrétien. Elle répond avec le sourire qu'ils ont fait deux cérémonie. Une fois à l'église et une fois à la mosquée.

J'ai toujours trouvé choquant d'obliger un des deux conjoints à adopter la religion de l'autre pour le mariage, comme si l'amour était conditionné par des dogmes. Mais c'est une réalité et elle est bien présente chez nous comme ailleurs.

Cela me fait penser à Bruno qui pas très loin de mon lieu de naissance n'a pas pu sortir avec son amoureuse parce qu'il n'était pas de la bonne église, lui catholique, elle de l'église du réveil. Ou à Pierrot qui a dû se convertir à l'islam pour pouvoir épouser sa promise.

La radio sert de lien entre tous

A regarder vivre les femmes et les hommes du Burkina, je me dis qu'ils développent une énergie empreinte de simplicité et de conviction pour mieux vivre ensemble. La radio sert de lien entre tous, elle met en valeur la société civile en rapprochant les uns et les autres. Elle ouvre le poumon de la tolérance. Il faut oser exprimer clairement que la malaria n'est pas une fatalité, affirmer que le malade mental doit avoir sa place dans la société, réunir plutôt que diviser, et ne pas laisser les extrêmes envahir la bienveillance et l'envie de vivre ensemble.

A découvrir une école pour les enfants sourds qui intègre les autres enfants, financée par des Suisses et ceci en pleine brousse, me donne confiance en l'homme.

Je suis fier d'être Suisse quand je vois de tels projets. Parfois chez nous, on a tendance à la tiéditude ou à l'autoflagellation. Mais regardons ce que tant de femmes et d'hommes de notre pays font dans le monde pour améliorer les conditions de vie des plus défavorisés.

L'année 2015 s'est terminée pour notre petite équipe à Ouahigouya avec ses doutes bien plus que ses certitudes, mais aussi ses espoirs et ses envies.

Pierre le chef, est rentré à l'hôtel. Il n'a pas eu le temps de s'asseoir que déjà une connaissance l'attendait. Handicapé, il avait besoin d'une chaise roulante avec pédales à mains. Et voici notre Friderici national reparti sur la route pour lui en acheter une. Solidarité et amitié.

La rencontre de deux belles personnes

Sandra a fait une nouvelle rencontre, celle de Doudou. Pendant leur discussion, je voyais ses yeux briller. Doudou responsable de l'association Burkina vert lui racontait l'incroyable création de son école pour enfants sourds. Il rit Doudou et c'est communicatif, c'est la rencontre de deux belles personnes. Et à les voir, je suis rempli de joie. Du coup, à peine rentrée à l'hôtel, elle s'est mis à écrire pour que vous puissiez partager ce moment magique. Professionnalisme et empathie.

Marie est allée dans sa chambre trier les photos. Elle me touche tellement dans sa façon de s'émerveiller devant ces visages qu'elle a immortalisés. Comme si elle lisait leur âme. Beauté du cœur et envie de partager.

Michel, l'artiste, toujours à l'écoute. Son visage transpire la bienveillance lorsqu'il regarde l'autre parler de son quotidien, il est chaleureux et rempli de tendresse quand il sert la main que lui tend un petit garçon au bord de la route. Il est vrai, sans fioriture lorsque par exemple à Isabelle Chevalley croisée au hasard de la route il lance: «Tu viens pas envahir le pays avec tes éoliennes j'espère?» Simplicité et vérité.

Et puis il y a Daniel, le psychiatre de l'équipe. J'ai d'abord pensé que Pierre l'avait engagé pour me surveiller et me soutenir... Il est rayonnant, comprend vite, refuse les polémiques et nous remet avec doigté sur le bon chemin avec chaque fois une pensée pour l'autre et une philosophie à l'Africaine. Dignité et finesse.

Ce qui nous unit les uns aux autres, c'est l'émotion et la capacité à la ressentir. C'est aussi toutes ces qualités de chacune et de chacun.

Ne perdons pas de vue que tout cela est fragile, comme le vivre ensemble du Burkina. Je ne voudrais pas terminer l'année 2015 ou commencer 2016 avec des peurs, mais il est essentiel d'être attentif à ces valeurs. Si un extrémisme ou un autre devait les détruire ici au Burkina, exemple parmi les exemples, alors l'année 2016 pourrait être celle de tous les dangers.

Restons vigilants aux autres et à développer notre bienveillance pour lutter contre l'esprit chagrin et l'extrémisme.

Bonne année 2016 à toutes et à tous depuis Ouahigouya!

Jean-Marc Richard et Le Zèbre

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