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Tennis«Juan Martin aura plus de chances que moi»

Fataliste et lucide, Roger Federer admettait sans peine avoir perdu trop d’énergie sur la route de cet US Open. «Del Potro était plus fort que moi ce soir.» Voilà pourquoi.

par
Mathieu Aeschmann
New York
Roger Federer: «J'étais trop dépendant de la performance de mon adversaire. Et comme Juan Martin del Potro a bien joué le coup...»

Roger Federer: «J'étais trop dépendant de la performance de mon adversaire. Et comme Juan Martin del Potro a bien joué le coup...»

Reuters

Le match

Si l’on considère le tennis comme un jeu d’erreurs, alors Roger Federer a perdu ce quart de finale à deux moments bien distincts. D’abord à 5-5 au premier set, lorsqu’il enchaîne une double faute pour offrir la première balle de break du match à Del Potro (retour gagnant de revers, 5-7). Puis au bout de ce tie-break du troisième set un peu fou durant lequel il laisse filer quatre balles de sets. Sur trois d’entre elles, «Delpo» fait tout juste. Mais à 7-6, «RF» enchaîne service-volée, glisse une première volée de revers courte assez bien touchée… puis recule au lieu de coller au filet pour se faire piéger par un petit slice dans les chaussettes (revers dévissé). «Il m’a manqué un peu de magie sur certains coups, notamment sur cette balle de set.»

Si l’on observe par contre le tennis comme un rapport de force, il a alors manqué beaucoup plus d’ingrédients à Roger Federer. En vrac, un retour efficace sur première balle adverse (entre slice et lift, le Bâlois a cherché en vain), une vraie autorité sur ses jeux de services et plus d’agressivité dans son jeu de jambes vers l’avant. «Ce soir je n’étais tout simplement pas assez bon pour gagner. Je n’étais pas assez bon dans ma tête, dans mes jambes et dans mon jeu. Regardez la volée de coup droit que je mets dans le grillage lors du dernier jeu, ce n’est pas normal. J’ai lutté avec beaucoup de choses, avant et pendant le tournoi, qui m’ont mené vers cette performance. Même si je ne partais pas négatif, je me savais en danger. J’étais trop dépendant de la performance de mon adversaire. Et comme Juan Martin a bien joué le coup, ça n’a pas suffi.»

La déclaration

«Le temps dira exactement le niveau de ma déception. Tu n’es jamais content de faire tes valises. C’est plus sympa d’aller se faire masser en pensant au match suivant. Mais j’ai trop souffert en début de tournoi pour avoir vraiment des regrets. C’est dommage de rater encore une fois ce match contre «Rafa» à New York. Mais Juan Martin aura plus de chances que moi de le gagner. Je ne jouais tout simplement pas assez bien pour mériter de continuer. Compte tenu du contexte, je suis même plutôt satisfait d’avoir atteint les quarts de finale. Là maintenant, je suis très fatigué. Je me réjouis de prendre une semaine de vacances.»

Le chiffre

S’il remporte dimanche l’US Open, Rafael Nadal comptera lundi prochain 1960 points d’avance sur Roger Federer au classement technique. Une avance confortable même s’il reste 4000 points en jeu d’ici à la fin de l’année (1000 à Shanghai, 500 à Bâle, 1000 à Bercy et 1500 au Masters). Par contre, si l’Espagnol s’écrase vendredi soir contre «la Tour de Tandil», il quittera New York avec seulement 680 points d’avance sur «RF». Autant dire que l’Argentin possède entre ses mains une bonne partie de la dramaturgie de cette fin de saison en matière de classement.

La question

Roger Federer a-t-il commis un péché de gourmandise en disputant le tournoi de Montréal? C’est évidemment la question qui s’impose à l’heure de tirer le bilan de sa tournée américaine. «Le dos ne me gênait plus ce soir, mais j’ai beaucoup investi à le soigner et beaucoup compensé aussi. Durant ma carrière, j’ai souvent joué avec la fatigue et des petits bobos (douleurs musculaires, inflammation de la voûte plantaire). Aujourd’hui, je dois faire davantage attention.» Une maxime qu’il a suivie à la lettre durant la saison jusqu’à ce retour canadien sans doute un peu plus rapide que prévu (et conclu par sa blessure au dos en finale). L’occasion était certes très belle dans l’optique de la course à la place de No 1 mondial. Mais un mois plus tard, les 600 points grappillés au Québec ressemblent à une victoire à la Pyrrhus.

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