Football: Jürgen Klopp, la bête humaine

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FootballJürgen Klopp, la bête humaine

L'entraîneur de Liverpool vivra sa quatrième finale européenne, samedi soir. Il brûle d'en gagner une.

par
Simon Meier
Jürgen Klopp, ou l'art de prendre la vie du bon côté.

Jürgen Klopp, ou l'art de prendre la vie du bon côté.

AFP

«Je suis le Normal One», avait-il prévenu dès sa première apparition publique comme nouvel entraîneur de Liverpool en octobre 2015, se distanciant ainsi, sourire en coin, du Special One (José Mourinho). Quatre ans plus tard, les Reds, revenus au sommet, sont sous le charme de ce grand gaillard, si lumineux, si solaire. Pour couronner l'idylle, il ne manque plus qu'un trophée. Sera-ce pour samedi soir à Madrid, contre Tottenham? Depuis la station de la Costa del Sol où Liverpool prépare sa finale, Jürgen Klopp, 51 ans, a accordé une longue et belle interview à «The Independant». Nous en avons extrait cinq phrases, qui éclairent un pan d'une personnalité fort peu normale à vrai dire, mais si humaine qu'on a tous l'impression qu'on pourrait aller boire une bière avec lui; ou plusieurs.

«Le football est un peu en danger»

Jürgen Klopp, qui se définit politiquement «de centre gauche mais conservateur sur bien des choses», se soucie dans l'entretien de la financiarisation galopante d'un football qu'il juge «disons, un peu en danger». L'Allemand s'inquiète de voir un calendrier toujours plus chargé, au nom du profit. «Nous ne devrions pas oublier que les joueurs ont besoin de s'entraîner et de se reposer, clame-t-il, avant de s'adresser aux plus hautes sphères. Pourquoi la FIFA devrait-elle avoir plus d'argent qu'elle n'en dépense? Pourquoi l'UEFA devrait-elle avoir de l'argent sur son compte? Pourquoi la Coupe du monde devrait-elle être plus grande? Pourquoi devraient-ils avoir plus d'argent qu'ils n'en ont besoin?»

«Mon père me trouvait meilleur en tennis»

Norbert Klopp, père de Jürgen, était professeur de tennis – il est décédé d'un cancer il y a presque vingt ans. Le fils explique pourquoi il ne pouvait s'imaginer taper coup droit sur coup droit, seul dans son coin, d'où son choix pour le football. «J'ai aimé ce jeu dès le premier jour, parce que je pouvais m'y adonner avec mes amis, ensemble. Le foot, c'est utiliser les qualités de tes amis pour former la meilleure équipe possible – j'adore ça.» La magie de Jürgen Klopp, en un sens, c'est qu'il a été capable d'appliquer une devise de cour d'école au plus haut niveau. Joueur médiocre – il ironise souvent à ce sujet –, Klopp, qui a un temps envisagé des études de médecine, s'est sublimé en tant que coach. Sept ans à Mayence, sept autres à Dortmund, bientôt quatre à Liverpool. Avec cette incroyable faculté à bâtir un groupe, rallier une ville à sa cause. Le tout avec des airs potaches, y compris à l'heure d'aborder une finale européenne.

«La vie est un cadeau»

Croyant, né dans une station thermale de la Forêt-Noire (Glatten), Jürgen Klopp compare souvent l'existence au plus joli des présents qu'on puisse recevoir. Et au risque d'égratigner Bill Shankly, légende liverpuldienne qui aimait répéter que le football représentait «davantage qu'une question de vie ou de mort», le coach allemand met certaines choses au-dessus de la victoire ou de la défaite. Le chemin qu'on parcourt, par exemple, la manière. «Comme nous le savons, nous n'avons qu'une seule vie, philosophe-t-il, donc il faut en tirer le meilleur. La vie est un cadeau, nous devons en prendre soin et nous amuser avec.» Cette troisième finale de Ligue des champions, six ans après celle perdue avec le Borussia Dortmund contre le Bayern et douze mois après celle perdue contre le Real Madrid, s'apparente elle aussi à un cadeau. «Au lendemain de notre défaite (ndlr: contre le Real), je me rappelle tout le monde dans la file d'attente à l'aéroport de Kiev, têtes basses. Je me rappelle m'être dit : je veux revenir, je veux recommencer. Sur le moment, je ne pensais pas que la chance se représenterait aussi vite. C'est cool.» Positif, toujours.

«Je suis calme»

A piles et sur ressorts, ultra démonstratif qu'il s'agisse d'exulter ou de pester, de rire ou hurler, Jürgen Klopp prononce pourtant, au cours de l'interview, cette phrase étonnante dans une bouche aussi vive: «Je suis calme.» Puis il développe sa pensée: «Je ne m'attends pas à ce que ma vie soit parfaite. Ma vie est tellement mieux que ce que je n'aurais jamais imaginé, pourquoi devrais-je me soucier des cinq pourcents qui restent? Ce serait vraiment stupide. Je rentre chez moi, j'ai une famille merveilleuse. Je suis parfaitement heureux. Comment pourrais-je être jaloux de personnes qui ont plus de succès ou qui sont plus intelligents que moi?» Se réjouir ce que l'on a, ne jamais envier un autre, ou comment avancer dans la vie selon Jürgen Klopp.

«Je sais que cela ressortira, cette histoire de finales perdues»

Jürgen Klopp est incontestablement un entraîneur à succès. Mais le paradoxe veut qu'il n'est pas loin d'être estampillé «loser». Outre les deux finales de Ligue des champions susmentionnées, il a perdu les finales de la Ligue Europa et de la Coupe de la Ligue avec Liverpool en 2016, ainsi que deux finales de la Coupe d'Allemagne avec Dortmund (2014 et 2015). Même s'il avait soulevé ce dernier trophée en 2012, une nouvelle défaite samedi face à Tottenham alourdirait le CV. «Je sais que cela ressortira, cette histoire de finales perdues, dit Klopp. Ce n'est pas agréable. Mais je ne peux pas ignorer ni oublier que nous les avons atteintes, ces finales, et que la plupart du temps c'était plutôt une surprise.» La pression d'une malédiction naissante? Nulle trace perceptible: «Tout est possible. Au final, on y va juste pour gagner le match.»

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